Interview publiée dans les colonnes de
l'hebdomadaire "Le Point"
Français de plume, il se
dit « nord-américain » d'adoption. Ecrivain déjanté, catholique allumé et rocker habité, perpétuant la tradition des imprécateurs, Maurice G. Dantec est peut-être le dernier défenseur de
George W. Bush.
Propos recueillis par Élisabeth Lévy
Le Point : Le monde entier se réjouit et croit que l'Amérique peut rebondir. Le monde entier, sauf vous. Votre nature, disons malicieuse, vous pousserait-elle à détester ce que la plupart des
gens aiment ?
Maurice G.
Dantec : N'est-ce pas plutôt l'inverse (1) ? Les masses démocratisées ont le don d'opter pour tout ce qui me fait horreur. Quant à Barack Hussein Obama, on voit déjà la realpolitik remplacer
les beaux discours humanistes. Les Américains en avaient juste marre de se faire cracher au visage par tous les bobos de la planète, de l'extrême rien à l'extrême nul, alors qu'ils sont la
forteresse du monde libre et qu'ils le savent. J'attends avec impatience le départ des soldats américains d'Irak : on assistera à une guerre civile interconfessionnelle de grande ampleur,
avec des rebondissements intéressants entre l'Iran et le Pakistan. A côté, Gaza-ville ressemblera à un ball-trap. Lorsque les forces occidentales partiront d'Afghanistan, les talibans seront
de retour au pouvoir en moins d'un mois. Les mêmes qui ont voté (ou auraient voulu le faire) pour Obama pleureront alors à chaudes larmes sur le sort des femmes exécutées ou lapidées
publiquement dans des stades bourrés de crétins barbus.
Vous remarquez que « promouvoir un homme
politique par la couleur de sa peau » a quelque chose de raciste...
Je remarque, une
fois de plus, que voter pour un Noir parce qu'il est noir n'est pas un geste foncièrement raciste. Si j'appelle à voter pour un Blanc parce qu'il est blanc, il est probable que je risque la
prison. Par ailleurs, quand vous connaissez la tradition « politique » de l'Illinois (Etat champion toutes catégories en matière de gangstérisme et de corruption), vous me permettrez
d'émettre un doute sur les « mérites » de l'ami du pasteur Wright, antisémite notoire qui a « formé » le sénateur Barack Hussein Obama.
« On ne voit pas en quoi le taux de
mélanine de Barack Obama va l'aider à résoudre les problèmes de la première puissance du globe », écrivez-vous. Vous ne voulez pas d'un président noir ?
Si un Noir
républicain s'était présenté, j'aurais appelé à voter pour lui. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Personnellement, je porte du noir tous les jours. Son programme ? Postgauchisme
californien + archéo-social-démocratie + culpabilisation du White Anglo-Saxon protestant + politique étrangère sans réelle consistance + mensonges à ses propres partisans + come-back de la
realpolitik avant même son entrée en fonctions + économie portnawak où le protectionnisme se conjugue avec le capitalisme le plus effréné + candidat du gros pognon new wave + valeurs
progressistes eugénistes + foi religieuse étrangement syncrétique + amitiés douteuses de crétins antisémites + incompétence gouverneurale + rhétorique d'avocaillon sorti de Harvard + vendeur
de rêve comme on dit vendeur d'automobiles d'occasion = ? Pas le moindre taux de mélanine là-dedans, je m'intéresse plus à la structuration neuronale. Vous n'avez pas compris qu'il sera amené
à faire bien pis que George W. Bush.
Avec la présidence Bush, vous saluez « la
dernière souveraineté impériale qui menaçait le projet de gouvernement socialiste supranational de l'Onuzie ». Qui menaçait-elle véritablement ?
Elle menaçait,
en premier lieu, la souveraineté des Etats-Unis, celle qui importe pour eux, que les autres se débrouillent, le Grand Satan s'occupe de SES affaires, pour une fois. J'indique, néanmoins, que
cette guerre entre la souveraineté impériale et le supranationalisne onuzi se concentre aux Etats-Unis mais a lieu, évidemment, en tous points du globe.
Ah bon, el-Assad n'a pas compris en quoi la destitution de son frère ennemi du Baas irakien menaçait son propre pouvoir ? J'ai dû rater un épisode. D'où venaient, déjà, tous ces « insurgés »
entre 2004 et 2007 ? Ah, oui, du Costa-Rica, j'oubliais !
Mais je rêve ou quoi ? Vous n'avez pas compris que, depuis le 11 septembre 2001, la récréation est terminée ? C'est la guerre, la IVe Guerre mondiale, celle qui se mène sur tous les fronts à
la fois. Il n'y a eu aucun attentat aux Etats-Unis depuis sept ans justement. En revanche, il s'en est produit en Europe, on se demande pourquoi. Peut-être pas la même conception de la «
sécurité », précisément. Rappelez-moi où se trouve votre Guantanamo Bay ?
Idem pour la grande croisade démocratique
promise par les néo-conservateurs. Certes, le régime de Saddam Hussein a cédé la place à... on ne sait quoi, mais, d'accord, c'est un progrès. Pour le reste, les mêmes dirigeants (ou leurs
enfants) corrompus sont en place et, de surcroît, ils sont devenus indispensables à une Amérique affaiblie.
Ah, parce que
vous pensez que démocratie et corruption sont incompatibles ? J'adore votre sens de l'humour.
Indispensables à l'Amérique ? On entre dans le domaine du pur comique. C'est très exactement l'inverse : tous ces pays vivent grâce au pétrole que l'Occident leur achète et aux
mégasubventions que les Etats-Unis leur versent pour éviter leur total effondrement. La destruction comme point préliminaire, disait Ernst Jünger. Je me contretape de ce qui succédera à
Saddam Hussein et à ce gouvernement de transition. Encore une fois, j'ai peur de me répéter, mais c'est la guerre, c'est-à-dire la propagation contrôlée du chaos. Cette guerre a été pliée
militairement dès 2007, ce qui va en sortir sur le plan géopolitique risque d'être fort intéressant. Ce qui comptait, c'était de foutre en l'air Saddam Hussein en tant que tel, parce qu'il
était justement le maillon faible de tout le dispositif. Ce qui arrivera à l'Irak, c'est aux Arabes, et aux Iraniens, de le décider. Connaissant ces pays et leurs principaux voisins, je parie
sur une authentique catastrophe régionale. Il suffira d'attendre que le prix du baril de brut vaille celui d'un bidon d'eau de vaisselle sale.
De même, votre Amérique qui fait peur aux «
bobos du grand Club Med internationaliste » est quand même un peu composée de « born-again » égarés qui pensent qu'il faut brûler Darwin et se faire justice soi-même.
Oui, oui, bien
sûr, tout le monde sait que les 48 % d'Américains qui ont voté McCain sont des crétins de « rednecks » ignares qui brûlent les livres de Darwin et ceux de la Bibliothèque rose, tous les
matins en se levant, après un salut au drapeau devant une croix enflammée. D'autres poncifs typiquement français ?
Quant au deuxième amendement de la Constitution, il est heureusement indéboulonnable et il est ce qui fait de tout Américain un homme libre, c'est-à-dire un homme ayant le droit de porter une
arme, comme à Sparte ou Rome.
La guerre, écrivez-vous, est l'unique forme
pensable du monde. L'âge démocratique et consumériste est sans doute ennuyeux, mais que faire si c'est ce que veulent « les gens » ? Rappelez-vous la conclusion de la lettre aux djihadistes
(2) de Muray : « Nous vaincrons. Parce que nous sommes les plus morts . »
Ce que veulent «
les gens » m'indiffère au plus haut point. Que voulaient « les gens » en 1940 ?
Je cite Muray, certes, que j'estime, mais ai-je le droit d'être parfois en désaccord avec lui ? On ne gagne rien quand on est mort. Il subsistait peut-être une trace de nihilisme dans sa
pensée. Ce sont les Bédouins djihadistes qui sont du côté de la mort (rappelez-vous Madrid 2004), et où est sa victoire ? demandait saint Paul. L'Occident bobo-gauchiste n'en a même plus la
force.
Mais, comme aux Thermopyles-300 contre 10 000-, la civilisation indo-européenne s'appuie toujours sur un petit nombre d'hommes libres (donc armés) contre des myriades d'esclaves.
Vous regrettez que l'Europe ait été
incapable d'accueillir la Russie dans une Alliance transocéanique, mais sur ce point il y a eu une grande continuité de Clinton à Bush, d'Albright à Rice.
Vous êtes dans
l'erreur sur ce point précis : Condoleezza Rice et l'ensemble de l'administration Bush ont multiplié les contacts avec la Russie de Poutine. Rappelez-vous le discours à Moscou en 2003,
lorsque la Russie a laissé l'intervention en Irak se dérouler. De multiples propositions ont été faites, mais le vieil establishment postsoviétique est resté bloqué sur l'époque de l'URSS, et
Zeropa-Land n'a su produire ni le moindre geste significatif ni la moindre proposition concrète. Par conséquent, le projet du bouclier antimissile fut perçu comme une provocation par Moscou.
Si on rajoute l'arrogance « eurodémocratique » des Ukrainiens qui détournent le gaz en provenance de Russie et ne paient pas leurs traites et les Géorgiens qui veulent jouer les gros bras en
Ossétie du Sud, on peut comprendre que les Russes commencent à
s'énerver.