Pawn Shop de Zenzile : La critique

Publié le par ledaoen ...

Avec leur dernier album Pawn Shop, Zenzile confirme le virage qu’ils ont entamé il y a deux ans avec Living in Monochrome. La Dub, genre qu’ils ont maîtrisé avec talent et qui les a fait connaître, s’efface peu à peu au profit d’une électro-pop de très bonne facture. Personnellement je trouve cela très courageux de la part d’un groupe de se remettre ainsi en question et surtout en danger vis à vis de son public en changeant radicalement les couleurs de ses compositions. Il faut être sacrément sur de soi et de ce que l’on fait pour ainsi se permettre de se renouveler aussi profondément. J’ai souvent pensé que la Dub avait ses limites en matière de créativité (voir les approximations et les répétitions, même talentueuses de High Tone et compagnie). Zenzile, après une bonne dizaine d’année de carrière semble l’avoir compris et c’est tant mieux.

Rassurez-vous les puristes, la dub n’a pas complètement disparue de cet album (voir l’excellent
White Spirit, dub sépulcrale agrémentée d’envolées à la clarinette ou la magnifique National Quota) et le son de Zenzile est toujours présent, on retrouve cette rythmique en acier, basse batterie fusionnées pour le meilleur, et, même dans les morceaux plus rock, des effets de reverb ou d’écho qui font qu’on reconnait immédiatement le son des Angevins.

Les deux premiers morceaux, portés par la voix de Jamika Ajalon renvoient carrément à une pop-rock new-wave des années 80 90, on pense à B-52 et à la période 80ies de Marianne Faithfull, surtout pour Histoire de Papiers, en plus déjanté encore parfois, il y a une véritable recherche sonore sur l’accrochage de la voix à la rythmique (
Life’s a danse) qui bien sur, groupe de reggae-dub oblige,  reste très présente et porte le tout avec force. Life’s a danse renvoie à une Grace Jones magnifiée, carrément, magnifiquement.

The Crooked Man
est une bizarrerie géniale, funambulisme sur les sons bruts qui s’accrochent entre eux harmoniquement, toujours à la limite du craquage, mais ça passe, comme par miracle.

Fire Eater
renvoie à la meilleure new-wave du début des années 80, avec la maîtrise electro en plus, une merveille pour réveiller un dance floor. Vous pouvez y aller sans risques.

Plus on avance dans l’album plus on se laisse envouter par cette alchimie curieuse, à la fois novatrice et inspirée des meilleurs artistes de la culture underground des années 80-90, pop, rock, électro, dub, reggae, tout cela se fond dans une magnifique ambiance très personnelle et une cohérence digne des plus grands groupes de pop. J’avais déjà ressenti cette impression à l’écoute de
Living in Monochrome, plus confusément, sans pouvoir exprimer cette impression avec précision,  cet album confirme que les musiciens de Zenzile savent créer une œuvre, un album complet et cohérent. Zenzile est au sommet de son art, le groupe ne s’est pas laissé enfermer dans le genre qui les a poussés sur le devant de la scène et c’est très rare. Respect.

Le premier morceau, Histoire de papiers, est une excellente introduction à l’album car il synthétise tout ce que vous allez pouvoir ressentir à son écoute avec beaucoup de finesse.

Quand au dernier, Caution Horses, sorte d’envolée post-rock, il redonne la place aux riffs de guitares et à une très grande qualité de composition, 7 minutes et demie de grand talent et d’émotion. Magnifique clôture qui peut être annonce le prochain tournant du groupe.

Décidemment, Zenzile n’a pas fini de nous surprendre, refusant de se laisser enfermer, atteignant le sommet de leur maîtrise musicale, ils avancent, créent, inventent, renouvellent et rendent hommage à leurs influences diverses et variées sans rejeter quoi que ce soit de tout ce qu’ils ont fait jusqu’ici. Un très grand groupe est né.

Si Living in Monochrome était l’album de l’expérimentation des nouveaux horizons, Pawn Shop est sans doute l’album du tournant et de la maîtrise, l’album de la maturité artistique. Il fera date  dans la discographie du groupe soyez en surs,  il est comme un commencement, et ce n’est pas pour nous déplaire puisque cela annonce une suite. Zenzile a encore beaucoup de choses à nous raconter, beaucoup d’émotions à nous transmettre, l’aventure ne fait que commencer.

Et c’est tant mieux.


ledaoen ... 

Pawn Shop de Zenzile , 2009, en vente  à 13,69 € sur Amazon, en téléchargement pour 8,99 € sur Itunes (8,90 € sur AmazonMP3)

 

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