Oui, Freud avait un goût pour le fascisme, par Michel Onfray

Publié le par ledaoen ...

 

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En dehors de l’insulte désormais convenue qui consiste à criminaliser la lecture critique de Freud et de la psychanalyse pour en faire une «réactivation des thèses d’extrême droite», un plaidoyer antisémite, on n’aura rien vu, lu ou entendu de sérieux contre les arguments que je développe dans les six cents pages de mon Crépuscule d’une idole. Ces analysés qui soignent (!) assimilent ma personne à Hitler, s’adonnent à une psychanalyse sauvage et traînent ma mère dans la boue, ridiculisent mon père et crachent sur mon enfance, sans parler du mépris affiché pour le «penseur du bocage normand»… Sinon quoi ?


Je souhaiterais consacrer un bref développement à une seule question : la politique de Freud. Car, je trouve pour le moins étonnant que des gens qui ont eu recours ad nauseam à l’argument fallacieux du compagnonnage avec l’extrême droite fassent de moi, dont on connaît l’engagement théorique et pratique à gauche, un suppôt du fascisme…


C’est pourtant Freud qui rédige cette dédicace de Pourquoi la guerre ?«A Benito Mussolini, avec le salut respectueux d’un vieil homme qui reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture. Vienne, 26 avril 1933.»Ce texte, qu’il fait parvenir au dictateur en main propre, via un ami italien commun, explique que, puisqu’on n’en finira jamais avec la pulsion de mort, il vaut mieux composer avec et faire confiance au chef (Führeren allemand, Duce en italien) pour mener les masses qui, sinon, s’abandonnent aux pulsions les plus délétères. Cette thèse est développée dans Psychologie des masses et analyse du moiIronie, disent les marchands de légende - genre Dieudonné probablement… Qui a des sympathies pour l’extrême droite, Freud ou moi ?


C’est Freud qui écrit dans une lettre à Jeanne Lampl-de Groot (le 10 février 1933) qu’il travaille à Pourquoi la guerre ?, un bref échange de lettres avec Albert Einstein, puis affirme que les thèses pacifistes de son interlocuteur sont des «sottises»… Qui défend le bellicisme, Freud ou moi ?

C’est le même Freud qui écrit à plusieurs reprises contre le communisme, le marxisme, le bolchevisme, pour les critiquer, sans jamais consacrer un seul développement critique d’une égale longueur au fascisme ou au national-socialisme qui sévissent autour de lui. Lire ou relire Malaise dans la civilisation et l’Avenir d’une illusion. Qui manifeste un antimarxisme agréable aux oreilles fascistes, Freud ou moi ?


C’est également le même Freud qui, un an après l’arrivée de Hitler au pouvoir, écrit ceci dans Moïse ou le monothéisme «Examinons d’abord un trait de caractère qui, chez les juifs, prédomine dans leurs rapports avec leurs prochains : il est certain qu’ils ont d’eux-mêmes une opinion particulièrement favorable, qu’ils se trouvent plus nobles, plus élevés que les autres» (page 143, édition Idées Gallimard). Freud développe également la thèse selon laquelle Moïse n’est pas juif, mais égyptien et que, conséquemment, le peuple juif n’a été qu’un peuple d’Egyptiens. Qui flirte avec l’antisémitisme, Freud ou moi ?


C’est une fois de plus Freud qui propose dans Pourquoi la guerre ?d’«éduquer une couche supérieure d’hommes pensants de façon autonome, inaccessibles à l’intimidation et luttant pour la vérité, auxquels reviendrait la direction des masses non autonomes» (chap. XIX, p. 79). Le même écrit un peu plus loin : «Aujourd’hui déjà les races non cultivées et les couches attardées de la population se multiplient davantage que celles hautement cultivées» (XIX, 80-81). Croit-on que cet éloge d’hommes supérieurs appelés à diriger les masses constitue un plaidoyer démocratique ? Qui est suspect d’élitisme fasciste, qui défend l’aristocratie d’une caste destinée à guider le peuple inculte, Freud ou moi ?


C’est toujours Freud qui dit sa sympathie pour le régime austro-fasciste du chancelier Dollfuss. Qu’on lise, dans la Famille Freud au jour le jour. Souvenir de Paula Fischl, un livre publié aux PUF avec l’imprimatur du psychanalyste Alain de Mijolla, dans la collection qu’il dirige : «Le gouvernement autrichien est certes "un régime plus ou moins fasciste", déclare Freud à Max Schur, son ami médecin ; malgré tout, selon le souvenir que Martin, le fils de Freud, conserve, des dizaines d’années plus tard, "il avait toutes nos sympathies". Le massacre que fait le Heimwehr parmi les ouvriers de Vienne laisse Freud indifférent» (p. 75) - pour preuve, la correspondance avec Eitingon. A Vienne, la répression fasciste du Chancelier contre les sociodémocrates fera entre 1 500 et 2 000 morts mitraillés, bombardés, pendus. Qui est le complice concret du fascisme historique, Freud ou moi ?


C’est encore et toujours Freud qui travaille avec les émissaires de l’institut Göring afin que la psychanalyse puisse continuer à exister sous le régime national-socialiste. Lisons pour ce faire Elisabeth Roudinesco qui écrit dans Retour sur la question juive (p. 136) que cette compromission de Freud avec le IIIe Reich se proposait de «favoriser une politique de collaboration (sic) avec le nouveau régime». Qui manifeste des sympathies pour le nazisme, Freud ou moi ?


C’est pour finir le même Freud (je dois l’information à M. Borch-Jacobsen) qui fait l’objet dans ces termes de la supplique adressée au Duce par Giovacchino Forzano le 14 mai 1938, trois jours après l’Anschluss, afin d’obtenir un visa d’exil pour son protégé : «Je recommande à Votre Excellence un glorieux vieil homme de 82 ans qui admire grandement Votre Excellence : Freud, un juif.» Qui admirait grandement Mussolini, Freud ou moi ?


On peut continuer à me traîner dans la boue, la preuve sera ainsi faite que la haine n’est pas de mon côté et que, aurait-on été psychanalysé, on n’en reste pas moins prisonnier des passions tristes qui conduisent une bonne part de l’humanité. Mais pour ceux qui voudraient débattre, voici ma proposition sur la seule question de la politique freudienne. Je peux aussi envisager d’autres thématiques en cas de besoin…


Michel Onfray

 

Publié dans Culture

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pourquoi ? 04/11/2013 18:32

quel est l'intérêt d'aller chercher ces informations médiocres, faciles à contredire ? salir le travail de Freud ? mais en aucun cas ça ne contredit ses thèses, son travail... un coup d'épée dans
l'eau....

Sigmund Freud 06/03/2012 17:17

Mon pauvre Onfray, tu vraiment encore plus con que je ne l'imaginais. Un pauvre bougre qui a voulu faire parler de lui. Il est quasiment inutile inutile de commenter de tels propos nauséabonds
quand on sait que la famille de freud a été déportée et que Sigmund n'a échappé au wagon qu'à cause de sa notoriété immense mais aussi à un cancer de la mâchoire. Le problème des fifres de ton
espèce c'est que tu penses pouvoir démonter un homme qui est avant tout un médecin spécialiste neurologue dont le talent de surdoué l'aura poussé à "pousser la chansonnette" au delà de son art
comme le font tous ces prétendus "philosophes" de ton genre.Ecrire un bouquin sur la sexualité des grenouilles ou défendre la cause de certains opprimés tout en adoptant une coiffure style "renard
sur la tête" façon BHL est à la portée de tous, même Brigitte Lahaie l'a fait. Mais aller chercher à démonter l'oeuvre titanesque et naturellement ouverte à la critique voire même souhaitée par
Freud dénote une certaine suffisance de son auteur. Mr Onfray, au lieu de calligraphier vos verbiages inutiles, montrez plutôt ce que vous pouvez poropser pour soigner les maladies. Je suis médecin
spécialiste depuis plus de trente ans et je n'ai de cesse de découvrir chaque jour à quel point Freud était un génie et beaucoup plus utile que les conneries d'Einstein ou encore de Marie Curie, cf
la bombe H....

cathy6666 05/05/2010 15:16


En tant que spécialiste, je m'amuse depuis un moment a relever les structures argumentatives des uns et des autres. Et le fait est que, dans le cas des adversaires de Mr Onfray, on est dans un vrai
cas d'école...

Mon sentiment, et que Mr Onfray est assez peu convaincant - au sens polémique du terme - lorsqu'il parle sur le fond, parce que l'assaut d'arguments d'autorité troublera toujours le non
hyper-spécialiste.

Ce qui marche beaucoup mieux, c'est quand Mr Onfray pointe du doigt les contradictions de Mme Roudinesco, citation de ses œuvres à l'appui, comme il le fait parfois...

Si je puis me permettre un conseil, donc, ce serait celui-la..