Lost : La déception

Publié le par ledaoen ...

ATTENTION : SI VOUS N’AVEZ PAS VU LE DERNIER ÉPISODE DE LOST, NE LISEZ PAS CET ARTICLE !!!

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 Avertissement (bis) : ceci n’est qu’un point de vue, celui d’un fervent supporter de Lost, pas une vérité universelle.

 

 On le savait, mais on ne voulait pas y croire. Lost finirait mal. Lost ne pouvait pas bien finir. Trop de mystères, trop de mythologie, trop de rebondissements, trop de questions, trop d’attentes… On ne pouvait qu’être déçu par le dernier épisode de la série, diffusé dimanche soir aux Etats-Unis. On se doutait que beaucoup d’interrogations n’auraient pas de réponses, mais on l’acceptait. On se pliait au constat ô combien existentiel des scénaristes de la série, qui nous expliquaient depuis des mois que la vie elle-même est un mystère. Soit. Au moins avions-nous l’espoir que le double épisode intitulé “The End” nous laisse sur les fesses, nous embrouille encore plus, nous surprenne, nous provoque, quitte à ne pas être une vraie fin. Nous voulions du trouble pour répondre au trouble, de l’émotion brute, du surnaturel, du génie narratif, bref tout ce qui nous avait fait croire queLost est une merveille de série, malgré ses faiblesses. Après visionnage de “The End”, ne reste que de l’amertume. De la déception. De la colère. Et une infinie tristesse, celle d’avoir vu mourir sous nos yeux une grande série, d’une mort indigne de son rang.

 

 Les novices me pardonneront, je ne prendrai pas le temps de résumer les épisodes précédents. D’ailleurs, je serais bien incapable de le faire. Au moment de lancer le visionnage de ce “finale”, disons que nous attendions au moins deux choses : comprendre, enfin, ce que l’île peut bien être (et Jacob et son frère, et pourquoi il faut la protéger, et pourquoi elle bouge, pourquoi on ne peut s’en échapper, etc.) et saisir le sens de la “vie parallèle” des héros depuis le début de la saison 6. Seule cette seconde question aura une réponse, bidon à souhait. Pour ceux qui seraient encore là et qui redouteraient un spoiler, il est encore temps de partir. Cette seconde vie était en fait une création de l’esprit des personnages, tous morts (non pas dans le crash du vol Oceanic 815, mais au fur et à mesure de leurs existences, dans le passé pour Boone, Libby et quelques autres, dans le futur pour Sayid, Hurley, etc.), et dans le besoin de se retrouver outre tombe. En gros, un super meeting fantasmé de feu nos héros préférés. Mouais. Et tout ce petit monde de se retrouver où ? A l’église, bien entendu. Amen.

 

 Et comment font-ils tous pour se “retrouver” ? C’est Desmond, en Cupidon/Faucheuse, qui leur fait réaliser qu’il faudra bien “y aller” un jour ou l’autre. Du coup, “The End” se transforme en une interminable suite de rencontre “fortuites” entre anciens disparus (dans leur forme fantasmée, dans “l’autre vie”, en fait une sorte d’antichambre de la mort). Et à chaque rencontre, on se souvient qu’on a vécu sur l’île. Et on se souvient qu’on s’est aimé. Et on se tombe dans les bras. Et on s’embrasse. Une vraie machine à faire pleurer la ménagère, efficace le temps d’une “réalisation”, celle des Kwon, puis de plus en plus agaçante. On aurait volontiers proposé un sponsoring à Meetic ou Match.com. Ralentis, flashbacks, sourires béats, “I love you” en cascade, les fans desFeux de l’Amour ont du adorer. Ceux de Grey’s Anatomy aussi (avec tout le respect que je porte à cette série). Ceux de Lost, en revanche, auraient raison d’avoir la télécommande au travers de la gorge. Plus cul-cul, cul bénis et petit joueur, comme fin, on ne pouvait pas faire (pardon, je perds contenance). L’amour comme solution au problème ? Avec plaisir, mais pas comme ça ! Pas avec autant de sirop ! Pas avec autant de clichés et de niaiserie !

 

 Donc, ce sera “ils se retrouvèrent et moururent heureux.” Et l’île dans tout ça ? Ça a servit à quoi de s’écraser, de marcher des kilomètres, de se faire tuer, de voir les Autres, l’initiative Dharma, les “stations”, les femmes qui meurent en couche, les sauts dans le temps, les “déplacements”, les propriétés magiques, et les 26.352 autres trucs dingues de ce maudis caillou ? A rien. Toute cette histoire, c’était la faute de Jacob et de son frère en noir, l’un voulant protéger l’île et sa source magique, l’autre la détruire et s’en aller. Et Jacob a choisi un avion et l’a fait s’écraser, parce que tous les gens qui étaient dedans étaient seuls dans la vie, et n’avaient donc rien de mieux à faire que de jouer au berger allemand sur une île déserte. C’est sans doute le plus énervant dans ce final : il n’a aucun rapport avec la mystique de l’île. Tout se qui s’y passe (d’ailleurs affreusement produit, comme si le budget avait été épuisé à l’avant-dernier épisode — les tremblements de terre sont à pleurer de rire) est assez simple à résumer : “Locke” meurt (trop facilement), Jack sauve l’île et meurt, Hurley et Ben deviennent ses gardiens et les autres survivants se font la belle dans un avion (réparé avec du gros scotch, ehehhehehe). Ah et, si, encore une chose : Jack et Kate s’embrassent (moche pour Sawyer).

 

 J’admets que ma colère me fait peut-être rater quelque chose. Peut-être avec le recul réalisera-t-on que cette fin avait un peu plus d’épaisseur… mais j’en doute fortement. Carlton Cuse et Damon Lindelof, autrefois géniaux, y enchaînent à peu près tout ce qu’on redoutait : de l’action fauchée, des répliques qui sonnent faux (les acteurs, visiblement fatigués, sont à côté de leurs pompes, à commencé par Josh Holloway, caricature de Sawyer enchaînant les “son of a bitch”), une bonne dose d’imagerie religieuse (Jack essayant de marcher sur l’eau…), un grand pardon final qui efface d’un coup toutes les aspérités des héros (même Ben devient un chic type !) et, comble du prévisible, l’ultime plan que tout fan avisé avait prévu : l’œil de Jack qui se ferme…

 

N’y passons pas la nuit. Lost s’est mal fini. Sans génie, sans inspiration, sans folie, en pariant à fond sur le pouvoir lacrymal de ses violons et de ses embrassades. Ratés. On savait qu’on serait déçu, mais pas à ce point là. Ça n’enlève rien à tout le plaisir qu’on a pris par le passé, aux épisodes géniaux, aux rebondissements impossibles, aux personnages attachants, à six saisons (disons quatre, moins la 2 et la 6) à sauter sur son canapé. Malheureusement, il faut l’admettre. Lost aura été la plus géniale arnaque de l’histoire de la télé.

 

Par Pierre Langlais, Journaliste spécialiste des séries télévisées, il collabore avec Télérama, Générique(s), Canal+ et Le Mouv'. 

Son blog : http://blog.slate.fr/tetes-de-series/

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