De la psychose nucléaire au soja bio meurtrier

Publié le par ledaoen ...

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De "sains" germes de soja, issus de l’agriculture biologique (donc "responsable") auraient causé une trentaine de décès en Allemagne. De quoi sortir des projections écologistes binaires entre nature protectrice et progrès scientifiques destructeurs. Et pourquoi pas dégonfler quelque peu la baudruche anti-nucléaire née de l’accident de Fukushima ?

 

L’ironie est mordante. En quelques jours, l’Allemagne a annoncé sa sortie du nucléaire, tirant les conséquences du « risque » inacceptable de l’atome… avant d’assister impuissante aux ravages d’une bactérie tueuse issue d’une exploitation biologique.
« Fukushima nous a donné raison », clamaient non sans une pointe de morgue des anti-nucléaires qui trouvaient dans l’accident nippon un écho inespéré à leurs prêches catastrophistes. La société de la science, du progrès (et des hommes) portait donc bien en elle les germes de l’autodestruction face à une nature idéalisée.

Mais nul besoin de savants-fous pour semer la mort ! Le soja de Gärtnerhof a rappelé à ceux qui l’auraient oublié que l’accident de Fukushima fut précédé d’un tsunami qui a fait 30.000 victimes, et que la Nature sait autrement s’y prendre que les hommes en matière de destruction et de chaos. Pourtant, les victimes du soja bio allemand font moins peur qu’un accident nucléaire à l’autre bout du monde qui, faut-il le préciser, n’a pas fait un seul mort. Pourquoi alors ce double standard dans la gestion du risque collectif ?

Le nucléaire, trop complexe

Avec le nucléaire, les opinions publiques ont à appréhender une source d’énergie complexe et hyperspécialisée, hantée de surcroît par la légende noire de la bombe atomique et des souvenirs terribles de la catastrophe de Tchernobyl. Un terreau idéal pour voir s’épanouir fantasmes et raccourcis. Ou comment le nucléaire s’est transformé dans l’imaginaire collectif en fruit défendu de l’intelligence et du savoir des hommes… prompts à le pervertir en arme apocalyptique et incapables de maîtriser parfaitement sa trop grande complexité. Une image contemporaine du monstre hideux et incontrôlable du professeur Frankenstein.

Face au procès en « prométhéisme » fait à l’atome, les défenseurs de la filière biologique (et au-delà, de l’écologisme politique) privilégieraient au contraire la tempérance et le respect de la « nature » et d’une certaine « tradition » agricole. Des rendements plus faibles, certes, mais une synergie retrouvée avec la terre… et des produits de meilleure qualité pour les consommateurs.

Voilà pour les images d’Epinal qui bon gré mal gré ont largement infusé dans l’opinion publique depuis des années. C’est peu dire que les faits ne collent pas à cette vision naïvement rousseauiste du combat millénaire entre l’Homme et la Nature.

Fukushima est une catastrophe industrielle et écologique d’ampleur, qui laissera des traces environnementales pendant des décennies. Mais les systèmes de sûreté nucléaires japonais n’en ont pas moins fonctionné tout au long de la crise et les effets de l’accident sont demeurés limités pour l’homme. Sans préjuger des conséquences à long-terme de l’accident, et même s’il est de bon ton d’évoquer sans l’ombre d’un élément tangible les tombereaux de cancers qui vont immanquablement apparaître dans les années à venir au Japon, le bilan de Fukushima est à l’heure actuelle de zéro mort et de trois blessés (suite à des contacts avec de l’eau irradiée).

Le parallèle fait avec Tchernobyl ne tient pas la route. Les populations environnantes ont été évacuées selon des plans rationnels et transparents et les soi-disant « liquidateurs » de Tepco ont certes fait preuve d’un sang-froid admirable, mais n’ont pas été les « sacrifiés » présentés par les médias : les 19 techniciens les plus exposés auraient 1% de chances supplémentaires que la population générale de développer un cancer tout au long de leur vie.

Des dangers de l'idéologie du bio

Autre type d’accident, autres conséquences. Les 30 morts (et 3.000 intoxiqués) du soja bio allemand sont-ils moins effrayants parce que plus « naturels » ? Des bactéries dans des germes de soja ; les salades composées de milliers de bobos allemands contaminées… Le risque alimentaire (bio ou pas) n’est pas moins préoccupant que le risque nucléaire. Ni plus facilement gérable.

Même s’il ne s’agit que de l’effet du hasard, c’est un drôle de retour de bâton que de voir l’agriculture biologique (si prompte à faire la leçon aux agriculteurs conventionnels) enquiller les cadavres à l’heure où les écologistes pensaient avoir « gagné la bataille morale » et pris la main sur les consciences occidentales. Mais le soja allemand sera vite oublié. Comme on a fermé les yeux sur le fait, pourtant à peu près établi, que les « bienfaits » du bio tiennent plus de l’acte de foi que d’éléments scientifiques, et comme on évite d’évoquer les scandales agro-sanitaires de l’agriculture biologique.

Exemple révélateur de pratiques dangereuses sur fond d’idéologie. Le refus des traitements chimiques contre la carie du blé (un parasite cancérigène pour l’homme) par certains producteurs bios, a non seulement permis la réintroduction de cette maladie en France (quasi-éradiquée grâce aux traitements), mais a également contraint les agriculteurs conventionnels à effectuer des épandages supplémentaires de pesticides pour protéger les consommateurs !

Faut-il alors sortir du bio ? Ou juste accepter une approche raisonnable, raisonnée et circonstanciée de la gestion du risque dans notre société ?

Par François Tillinac, pour atlantico.fr

Article dans son édition originale

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