Cantona : quand wall street veut casser la banque

Publié le par ledaoen ...

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Si Robespierre avait su… Aujourd'hui, la Révolution, c'est une vidéo de deux minutes seize secondes postée sur Internet. Très fort. Au niveau de la cyber-subversion, l'ancien King n'était pourtant ni le premier, ni le seul… Sauf que Cantona aura toujours ce petit truc en plus. Le petit col relevé qui fait toute la différence. Parole de Partouche.

 

La vidéo au pull rouge, puis Internet, le bus. Au lieu d'une journée sans électricité, une journée sans attraper le sida ou une journée sans taper sa femme, c'est une journée retrait. Pourquoi le 7 décembre ? Pourquoi  la date anniversaire de Pearl Harbor ? A priori, ça ne vient même pas de Cantona. L'icône de la Révolution est dépassée par sa base… Ou par sa femme, qui fait la pub pour la banque LCL.

Accordons une chose à Cantona : il joue à domicile. Le gros fric, ça le connait, il sait de quoi il parle. Il avait à l'époque du grand Manchester United tourné la pub la plus longue du monde (pour Sharp). Il était des années durant l'incontournable star des pubs Nike, Bic, Renault, L'Oreal, Partouche, Neuf Télécom, SFR, Lipton Ice tea, etc... Ses millions d'euros touchés en club ne suffisaient pas. On oubliait, Cantona a également arrondi ses comptes en banque avec le Cinéma. Ces six derniers mois, notre révolutionnaire n'était-il pas sur tous vos écrans et affiches publicitaires  pour de nombreuses sociétés cotées en bourse ? C'est un peu comme Stéphane Guillon et ses 70000 euros mensuels qui éructe sur son "Président des Riches".

Tout ça fait de lui un anti-capitaliste très cohérent. On se demande d'ailleurs s'il ne planquerait pas une partie de son fric dans les banques des fascistes suisses. Le fric ne suffit pas pour faire de bons coups de pub. Cantona a toujours su y faire, niveau communication. En fusillant du regard ses propres supporters, en leur faisant chanter la Marseillaise, en envoyant paître l'équipe de France. Ou en "pissant au cul" des journalistes et en fracassant un supporter de Crystal palace… Puis, le meilleur pour la fin, en disant aux journalistes que quand les mouettes suivent le chalutier, c'est parce qu'elles attendent qu'on leur jette des sardines.


En voilà un beau, de jeté de sardine. 

 

Voyant que cette affaire prenait de l'ampleur sur Internet (ampleur toute relative, celle d'un gros flashmob), Cantona a déclaré à Libération qu'il allait lui aussi retirer son argent. Ce qui confirme que son argent est dans une ou plusieurs banques. Depuis des années, sa fortune colossale dort dans les banques, à son profit et au profit de ce capital qu'il souhaite tant détruire. Même chose pour l'argent des sociétés qui l'ont choisi pour égérie et auxquelles il a dû rapporter gros. Ne parlons même pas de ses innombrables contribution au système footballistique à gros fric. Pas facile de cracher tout à coup sur un système qu'on a si bien nourri et qui nous l'a si bien rendu.  

 

Que le buteur se rassure, sa foule ne réfléchira pas aussi loin. S'ils se trouve des gens si désemparés pour le croire et pour le suivre, c'est qu'ils ont abandonné toute réflexion en chemin. Une profonde misère matérielle et morale les pousse à suivre le footbaleur, comme ils le suivaient jadis de si près sur l'écran. De si près, mais en réalité de si loin. Cantona a-t-il un point commun avec la misère ? Est-il à la hauteur des désespérés qui vont le suivre ? Que fait-il concrètement de sa fortune ?  Que ne l'offre-t-il pas à tous ses fans, à tous ces gens dont il dénonce la situation, à une association humanitaire ? Non. il garde tout. C'est plus sûr. Et les autres riches, ceux qui représentent la grande majorité des placements bancaires, sont-ils aussi incohérents ? Ont-ils intérêt à ce que l'argent perde toute valeur ? À ce que le système bancaire s'effondre ? Bien sûr que non. Pas un de ceux-là ne bougera le plus petit euro. Ce qui va se passer, c'est que quelques guichetiers vont bien se marrer en voyant débarquer mardi, d'un pas hésitant d'adolescent près de perdre son pucelage, des clients ordinaires venus accomplir leur acte révolutionnaire. "Je veux clôturer tous mes comptes. Mon PEL et mon compte courant". Voilà ce qu'ils diront, d'une voix chevrotante, le regard fuyant.

 

"Ah ! Vous faites la Révolution Cantona ?", rira le banquier. À cet instant, les révolutionnaires ne se seront toujours pas demandé comment leur seront payées leurs futurs salaires et/ou leurs futures allocations. Et la somme des retraits n'atteindra pas le centième des intérêts amassés par Cantona depuis des années. Tout ça pour ça. Mieux valait attendre les maigres intérêts annuels avant de casser son PEL. Les "jeunes" seront aussi de la partie, n'en doutons pas, pour délester vigoureusement les participants au sortir de leur banque, pour participer à leur manière à cette Révolution non-violente. Si les banques sont nos riches, il est bon de ne jamais oublier que nous sommes toujours les riches de quelqu'un. Admettons que ça marche, que les inscrits Facebook du groupe ne se contentent pas "d'aimer ça", qu'ils agissent et qu'ils en entraînent des milliers d'autres dans leur élan. Pendant que Cantona rira devant son grand écran d'avoir encore une fois manipulé tout ce beau monde, qu'est-ce qui se passera, concrètement ? 

 

Admettons que les banques s'effondrent. Que vont-elles faire ? Demander à leurs clients endettés de régulariser immédiatement leur situation (la France compte 1 million de surendettés). Il est probable que les crédits soient suspendus. Qui sera dans la merde ? Les plus pauvres, assassinés par les un peu moins pauvres qui auront suivi un footballeur devenu révolutionnaire. Merci Éric. Au moins Maradona su limiter les dégâts de ses fantasmes révolutionnaires à son seul sport. 

 

Rendons cependant grâce à Cantona, car cette affaire à un mérite non négligeable. Celui qui consiste à faire passer les Arthaud, Besancenot et les Mélenchon pour ce qu'ils sont : des imposteurs inutiles. Arthaud (LO) affirme "qu'on a besoin des banques". Besancenot trouve que c'est une idée "séduisante" mais aussi qu'il faut "aller plus loin", sans préciser où. Fallait y penser et fallait le dire, Olivier. Mélenchon est carrément dubitatif. Faut dire qu'il a sans doute plus d'argent à perdre que vous. "Aller plus loin", "qu'ils s'en aillent tous". Vous parlez de révolutionnaires… Décidément, les masques rouges tombent ! Reste plus que le nez. Et le pull-over de Cantona. C'est pas une Révolution, mais c'est toujours ça.

 

Laurent Obertone, Pour Le Ring

Article dans son édition originale

Publié dans Chasse aux gogos

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