Les Tours du World Trade Center

Publié le par Grégoire Mirou, pour LIRE

Grégoire Mirou dans el Magasine LIRE de Septembre 2007 nous propose une première critique du dernier roman de Maurice G Dantec, Artefact, paru à la fin du mois d'Août.

Dantec étant tellement critiqué et flingué par la presse bien pensante.que je me permets ici de reproduire cet article, plutôt positif.

Quant au roman lui-même, et mes propres impressions, j'y reviendrais après lecture, je suis plongé dedans pour le moment ... et franchement, ça vaut le coup.

Bonne lecture,

ledaoen ...

Les tours du World Trade Center

par Grégoire Mirou
Lire, septembre 2007

Copyright Lire - www.lire.fr
 Avec Artefact, Dantec renoue - en partie - avec la meilleure veine de ses contes fantastiques.

Décidément, Maurice G. Dantec n'est pas un écrivain comme les autres. Réconciliateur de la littérature et de la science-fiction, peintre incomparable des basses actions humaines, il se fourvoie parfois dans un lyrisme ésotérique immodéré. Les fulgurances de son style s'évanouissent alors derrière une irritante griserie de mots. Artefact. Machines à écrire 1.0, qui recueille trois mini-romans, n'échappe pas à ces quelques travers. Les circonvolutions métaphysiques incompréhensibles du deuxième texte y côtoient deux superbes contes fantastiques de la veine des grands classiques de l'imaginaire.

Avec la première nouvelle «Vers le nord du ciel», Dantec propose un remarquable récit de science-fiction. S'arc-boutant sur le drame du World Trade Center, il oppose l'humanisme d'un extraterrestre à la barbarie des hommes. Son écriture, dure et acerbe dans les premiers chapitres, s'adoucit au fil des pages pour faire surgir une ode inattendue à l'amour paternel. Le superbe dénouement final sème le trouble et incite à la relecture.

En revanche, dans le deuxième texte, «Artefact», Dantec s'égare dans un obscur essai de littérature expérimentale sur la condition d'écrivain. Les lecteurs les plus décidés iront jusqu'au bout de cette prose absconse, les autres passeront leur chemin pour aborder l'extraordinaire pièce finale: «Le monde de ce Prince», ou les saisissantes confessions d'un tueur psychopathe hors série. Cette histoire de serial killer diabolique confond l'esprit par sa force de conviction et fascine par son absolue amoralité. L'ambiance et la tonalité générale de ce fantastique récit rappellent naturellement Les racines du mal du même auteur. Dantec excelle dans la description clinique des noirceurs de l'âme humaine. S'il donne souvent le sentiment d'un écrivain démiurge qui ne laisse aucune liberté à ses personnages, c'est pour mieux s'assurer de leur condition de damnés. Pour lui, le mal est en l'homme et l'homme est le mal.

Certes, on pourra reprocher à Dantec une sélection de victimes quelque peu caricaturales et choisies selon ses inimitiés, mais ce qui est indéniable, c'est le talent déployé ici dans la description de l'indicible. Rêvons qu'un jour Maurice G. Dantec trempe sa plume dans l'optimisme et la joie de vivre avec la même réussite...

ACHETER ARTEFACT SUR AMAZON

Commenter cet article