La grande peur du 21ème siècle, par Guy Millière

Publié le par Guy Millière

Philosophe, économiste, professeur d'histoire des idées et des cultures a Paris VIII, passionné par les Etats-Unis, Guy Millière est ce que l'on appelle un homme de l'Ouest. Considéré par la presse de gauche comme un intellectuel "mal pensant", il publiera, entre autres, "Pourquoi Bush sera réélu" deux mois avant les présidentielles américaines de 2004 et la réélection effective du leader républicain. Le lendemain de la victoire, il contacta l'attachée de presse de son éditeur pour un bilan médias. Au bord des larmes, ne supportant pas la terrible nouvelle, elle craque en direct, se laisse aller à quelques insultes et vide son sac anti-Bush. L'affaire en restera là mais reste symptomatique du sort réservé aux défenseurs implacables de l'Amérique dans une France encore et toujours ressentimentale et amnésique. Intime de Georges W. Bush et des faucons, le brillant essayiste Guy Millière organise sa vie entre Paris, son institut Turgot relancé cette année, et les Etats-Unis.

Il nous adresse un premier texte sur l'écologie, édifiant.

 

La grande peur du 21ème siècle

New York. 2022. Un brouillard de pollution a envahi la surface du globe. La végétation a disparu ainsi que la plupart des espèces animales. Les êtres humains mènent une vie misérable et brève. Tel est le point de départ d'un film de Richard Fleischer, Soleil vert, sorti en salle en 1973. A l'époque, certains créateurs et intellectuels prévoyaient déjà le pire dans un futur proche. Rachel Carson avait publié, en 1962, un ouvrage qui avait rencontré un succès immense, Printemps silencieux. Il y était question des dangers des pesticides pour l'environnement. Le DDT (dichloro-diphényl-trichloroéthane) s'y trouvait tout particulièrement incriminé : sa fabrication et son usage furent conduits vers une quasi extinction jusqu'à cette année 2006 où l'OMS a de nouveau prôné qu'on recoure à lui pour combattre la malaria. La nocivité du DDT pour l'être humain, les animaux et les plantes, dans des conditions normales d'utilisation, n'a, dans l'intervalle, jamais été prouvée. Le nombre de gens qui sont morts de malaria pendant ce temps, lui, se chiffre en millions. Printemps silencieux a montré le pouvoir de la rumeur et la possibilité de disséminer de grandes peurs dans les temps modernes au nom de la préservation de l'environnement. Nul ne peut savoir si les scénaristes de Soleil vert ont lu Printemps silencieux, mais il est incontestable qu'ils en ont entendu parler et qu'ils se sont placés dans le sillage du courant qui se dessinait.

En 1973, les thèses développées par Paul Ehrlich dans The Population Bomb (1968) étaient déjà très répandues : Ehrlich y prévoyait avec une certitude « scientifique » une « croissance incontrôlable » de la population, des famines de masse jusque dans le monde développé, une impossibilité de produire davantage de nourriture en raison des dommages déjà causés à la nature. Trois ans plus tard, en 1976, un journaliste appelé Lowell Ponte publiait un autre ouvrage au succès planétaire appelé The Cooling. Il y était question, « rapports scientifiques » à l'appui, d'un refroidissement planétaire global, de l'irruption d'un nouvel âge glaciaire dont l'humanité aurait précipité l'avènement. En 1972, le Club de Rome avait fait paraître son retentissant traité appelé Les limites de la croissance où il était question du risque d'épuisement des ressources rares et de la nécessité d'envisager une croissance zéro, voire une croissance négative. Selon les auteurs, les ressources pétrolières auraient dû être totalement épuisées en 1992. Des dates aussi précises étaient envisagées pour d'autres matières premières.

En ce début de vingt-et-unième siècle où nous sommes, trois décennies ont passé depuis tout cela. La « croissance incontrôlable » de la population n'a pas eu lieu. Pas davantage que les famines de masse, le refroidissement global ou l'épuisement des ressources rares. Rumeurs et grandes peurs n'ont, pour autant, pas cessé. Depuis une vingtaine d'années, on parle, plutôt de réchauffement global, de la nécessité d'assurer un « développement durable » et de préserver la « biodiversité ». Le « Sommet de la terre » organisé à Rio de Janeiro en 1992 a incarné et concrétisé le passage des anciennes aux nouvelles thématiques. Il a été suivi par l'élaboration du protocole de Kyoto en 1997, le sommet de Johannesburg en 2002, le sommet de Nairobi qui vient de se tenir. Des films ont été réalisés. Le jour d'après en 2004, où il est question (variation intéressante) d'une glaciation qui serait provoquée par le réchauffement. Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim où l'ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore explique en détails que le temps est compté si nous voulons échapper à l'ultime désastre. Des séries télévisées ont vu le jour dont la plus récente, en France, porte la signature de Yann Arthus-Betrand, talentueux photographe. Des livres sont publiés. Des discours sont tenus. Des rapports sont rédigés, tels celui présenté voici peu par Nicholas Stern, ancien économiste à la Banque Mondiale, à l'attention du gouvernement britannique. Des célébrités médiatiques comme Nicolas Hulot s'engagent, disent elles aussi que le temps presse, parlent de candidature à l'élection présidentielle, et elles sont écoutées, voire courtisées. Une forme de terreur intellectuelle s'installe : Claude Allègre, pourtant éminent scientifique, a provoqué un tollé médiatique en osant s'interroger à haute voix sur tel ou tel point du discours ambiant. Margaret Beckett, ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, a, dans une interview, procédé à une comparaison entre ceux qui doutent du «réchauffement » et les terroristes islamistes.

Je ne doute pas un seul instant de la bonne volonté de tous ceux qui, de bonne foi, pensent que l'heure est grave. Et précisément, au vu de la gravité des affirmations de ceux qui tiennent des discours apocalyptiques, au vu de l'ampleur des transformations économiques et sociales proposées par ceux qui parlent aujourd'hui d'apocalypse pour demain, au vu aussi de ce que sont devenus des discours apocalyptiques à peine plus vieux, il me semble nécessaire de faire preuve d'autant de rigueur intellectuelle que possible.

D'abord : est-on certain que l'on assiste à une phase de réchauffement ? La réponse est oui. Dire que ce réchauffement est le fruit des activités humaines est, par contre, très loin d'être établi. Comme tous les historiens le savent, le climat a beaucoup varié sur terre au fil des siècles et des millénaires. Il y a eu des périodes très froides où l'Europe et l'Amérique du Nord étaient couvertes de glaciers. Il y a eu des périodes plus chaudes, d'autres un peu plus froides. Voici un millénaire, le Groenland était vert et cultivé. Au temps de Louis XIV, il pouvait geler en été à Versailles. Les années 1850-1940 ont vu un réchauffement s'opérer. Trente cinq années de refroidissement ont suivi. Vint ensuite un léger réchauffement qui se poursuit aujourd'hui. Aucune donnée ne montre que ces diverses fluctuations ont été provoquées par l'activité des hommes.

L'obnubilation sur le dioxyde de carbone (CO2) pourrait conduire, par ailleurs, à oublier que le principal gaz à effet de serre est la vapeur d'eau, dont la quantité dans l'atmosphère connaît d'amples fluctuations sur lesquelles les hommes n'ont, là encore, pas de prise. La part de dioxyde de carbone venant des activités humaines représente, quant à elle, 25% du total seulement. Un doublement de la quantité de CO2 dans l'atmosphère au cours du siècle qui commence (et si elle devait être d'origine humaine, cela représenterait bien davantage qu'un doublement des émissions de CO2) déboucherait, selon les données scientifiques disponibles, sur une augmentation moyenne de température inférieure à un degré centigrade. Comme le démontre Lord Monckton dans un article du Sunday Telegraph du 5 novembre dernier, une telle variation de température aurait un effet négligeable. Lord Monckton ouvre, comme d'autres chercheurs, une autre piste pour expliquer les fluctuations climatiques : l'activité du soleil. Et force est de constater que les êtres humains n'ont aucune influence sur le soleil.

Que les activités humaines puissent entraîner de la pollution, voire des catastrophes, est exact. Qu'elles soient essentiellement responsables du réchauffement actuel ne peut, à l'évidence qu'être mis en doute. Qu'elles fassent courir un risque grave en ce domaine dans le futur proche ne repose sur aucun fondement sérieux. Le niveau de la mer, dont on parle beaucoup, s'élève depuis des décennies, quoi que fassent les hommes, au rythme d'environ deux millimètres par an et le rythme n'a subi aucune modification récente. La température des océans semble avoir baissé au cours des deux années écoulées. L'Antarctique a connu un processus de fonte régulier au cours des six derniers millénaires, mais s'est refroidi au cours des trente dernières années. Les prévisions énoncées par les Nations Unies et reprises par divers groupes écologistes reposent sur des modèles mathématiques étroitement dépendants des données qu'on y inclut, et qui sont loin d'être exhaustives.

Si, maintenant, et pour un instant, laissant entre parenthèses tout ce que je viens d'écrire, l'on se plaçait dans le cadre des hypothèses selon lesquelles le réchauffement est dû aux activités humaines, resterait à évaluer le sérieux des mesures de lutte proposées. Et là encore, on ne peut qu'être très dubitatif.

Pour ce qui concerne le protocole de Kyoto, autant le dire, d'emblée, il serait d'une efficacité proche de zéro. Les signataires devaient, selon le texte initial, abaisser (par rapport aux chiffres de 1990) leurs émissions de CO2 de 5% à l'horizon 2012. Aucun abaissement significatif n'a été constaté jusqu'à présent. Aucun ne sera vraisemblablement constaté dans les années à venir. Nombre de pays signataires de Kyoto, au delà des discours, n'entendent pas aggraver leurs problèmes de croissance. Et cela n'a aucune importance dès lors que les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, l'Inde et la Chine, refuseront, de toutes façons, de se soumettre à des contraintes absurdes qui signifieraient l'anéantissement de leurs efforts économiques.

Les propositions du rapport Stern coûteraient planétairement plus de 300 milliards d'euros par an à mettre en oeuvre, ce qui serait très cher payé pour suivre des recommandations extrêmement peu fondées. Les propositions de monsieur Hulot en France coûteraient cher, elles aussi, et leur mise en oeuvre serait plus inefficace et dérisoire encore que la mise en oeuvre des propositions de Stern dès lors qu'elles se limiteraient à un seul pays, qui représente une quantité infime des émissions de « gaz à effets de serre » d'origine humaine.

Des solutions permettant de répondre aux très hypothétiques hypothèses catastrophistes énoncées impliqueraient, de surcroît, un gouvernement mondial, une coercition planétaire à laquelle nul ne devrait pouvoir échapper, l'imposition globale de bien davantage que les mesures prévues par le protocole de Kyoto, une croissance globale nulle suivie d'une décroissance, autrement dit, la destruction de la démocratie, de la liberté et du développement économique et social tel que nous le connaissons. Ce qui n'est pas envisageable. Même ceux que le catastrophisme ambiant inquiète ne semblent, à quelques rares exceptions près, pas désireux de changer radicalement et définitivement leur mode de vie. Et c'est logique : les hommes au fil des siècles ont réagi concrètement quand des problèmes concrets se posaient à eux, pas quand les problèmes évoqués restaient de l'ordre de l'hypothèse.

Tous les indices sont là pour montrer qu'on est en présence d'une grande rumeur, d'un mouvement d'inquiétude sans grands fondements, d'une grande peur du 21é siècle qui vient succéder aux grandes peurs qui ont précédé. Les grandes peurs suscitent des mouvements d'opinion, des gens prennent la posture du prophète de malheur, des hommes politiques en tirent des budgets et des moyens de rêver de réglementations planétaires ou de gouvernement mondial. Des scientifiques, ce qui est plus regrettable, se font complices de la grande peur, comme ils se sont fait complices d'autres grandes peurs autrefois. Il reste à souhaiter que la grande peur retombe, comme les autres grandes peurs et qu'on puisse enfin se consacrer aux réels problèmes de la planète.

On peut craindre néanmoins que, pour quelque temps encore, des effets secondaires de la grande peur se fassent sentir. Les plus anodines sont, aujourd'hui, les publicités incitant à faire un « geste » contre le réchauffement en ne laissant aucun appareil électronique en veille ou en renonçant à prendre des bains. Celles qui conduisent à privilégier les transports en commun et à lutter contre le tout automobile sont, elles aussi, d'un impact relativement mineur, quand bien même elles occasionnent des gaspillages de temps et d'argent. Les taxes diverses que plusieurs gouvernements ont fait voter ou entendent mettre en oeuvre ont, elles, un impact plus délétère, tout comme les mesures protectionnistes envisagées en Europe contre les produits issus de pays étiquetés « écologiquement incorrects ». Les phobies qu'on dissémine, elles, peuvent tuer, aussi sûrement que le rejet du DDT a tué et tue encore.

Les problèmes essentiels qui se rencontrent sur la planète, déforestations ou pollutions extrêmes, déforestations ou désertifications, résultent du sous-développement et de l'absence de droits de propriété. On ne peut y répondre efficacement que par le développement, les innovations technologiques, la liberté d'entreprendre, pas par des dispositifs bureaucratiques ou des « fonds d'adaptation» qui ne sont que de nouvelles formes des aides d'Etat à Etat, dont l'inefficacité et l'effet corrupteur ne sont plus à démontrer. Deux milliards d'êtres humains ne disposent toujours pas d'électricité, et, devant utiliser le bois, le charbon ou le charbon de bois pour cuisiner ou se chauffer, meurent chaque année par milliers de maladies pulmonaires. Un peu plus d'un milliard d'êtres humains n'a pas accès à l'eau potable, non par manque d'eau, mais par absence de technologies permettant de disposer d'eau ou d'une eau non souillée.
Le relatif échec de la récente conférence de Nairobi découle clairement du refus de pays qui sortent tout juste de la misère ou qui y sont encore enlisés de se voir imposer des restrictions qui ne feraient qu'aggraver leurs problèmes. « Nous devons choisir entre améliorer le sort des plus miséreux au sein de notre population ou réduire nos émissions de CO2 pour satisfaire les pays développés. Nous ne pouvons faire les deux », a déclaré Surya P. Sethi, représentant de l'Inde à Nairobi. Avant d'ajouter que son pays choisissait, au vu des données disponibles, d'améliorer le sort des plus miséreux. Sa parole était celle de l'humanisme et de la raison.

Agiter une grande peur dans le monde développé est déjà une activité vaine et délétère. Imposer les séquelles possibles de cette grande peur à des gens qui ont déjà des difficultés à survivre est un comportement immoral et répréhensible. Plus de quarante ans après la parution de Printemps silencieux, plus de trente ans après les affirmations absurdes du Club de Rome, de Paul Ehrlich et de ceux qui prévoyaient le grand refroidissement, un certain nombre de gens devraient, en tous cas, pour le moins, faire preuve de bien davantage d'humilité.

Guy Millière

Copyright Guy Millière, surlering.fr

www.surlering.fr

Bibliographie de Guy Millière

Pourquoi la France ne fait plus rêver, 2006
Le futur selon George W. Bush, octobre 2005
Pourquoi Bush sera réélu, Editions Michalon, 9 septembre 2004
Qui a peur de l'islam ? Editions Michalon, mars 2004
Ce que veut Bush, Editions La Martinière, mai 2003
Ecrits personnels de Ronald Reagan, Traduction, présentation, et annotations de Guy Millière, éditions du Rocher, janvier 2003
Un goût de cendres..., éditions François-Xavier de Guibert, avril 2002
L'Amérique monde, éditions François-Xavier de Guibert, novembre 2000
Aux sources du modèle libéral français (Ouvrage collectif sous la direction d'Alain Madelin) Editions Perrin, novembre 1997, 477 pages
Mise à mort des "e;cultures populaires"e; Gilles Servat, Syros, 1982 Collection « Combat culturel »
Chansons politiques d'aujourd'hui, Syros, 1981,
Une Torpeur française, Editions Hallier, avril 1979,
Québec, le chant des possibles Editions Albin Michel 1979 collection rock & folk Format
Gilles Servat, Editions Seghers, 1978

Biographie

Guy Millière (né en 1950 à Marseille) est un professeur et un écrivain français.
Guy Millière est titulaire d'un doctorat du troisième cycle en littérature, d'un autre en Sociologie culturelle et d'un doctorat d'État en Philosophie. Enseignant à l'Université de Paris VIII en Licence d'« Information et communication ».
Visiting Professor à la California State University, Long Beach
Conférencier pour la Banque de France.
Enseignant à Sciences po
Éditorialiste à la Metula News Agency
Israël Magazine
FrontPage Magazine
Les Quatre Vérités
upjf.org
Membre du comité de rédaction d'Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman
Rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992.
Vice-Président de l'Institut de l'Europe libre et Directeur délégué
Membre du Conseil scientifique de l'Institut Turgot
Directeur de l'Institut Turgot

Publié dans Actualité

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