CYCLE 18

Publié le par ledaoen ...

Je courrais dans la nuit noire, affaibli, perdu, à la poursuite d’un chien qui tenait mon bras droit entre ses crocs. Le son du gravier sous mes pieds, fort, trop fort, je glissais, manquais de me foutre par terre à maintes reprises. Mais je devais courir, courir, j’étais à la fois poursuivi et poursuiveur. A mes trousses Alexandra, le visage défiguré, vieilli, hurlant que j’n’étais qu’une mauviette, qu’une fiotte. A mes trousses Béa aussi, sa bouche comme un vagin béant, gluant, gargouillant des obscénités, tenant des bites dans ses mains, dressées, coupantes comme des armes, comme des lames qu’elle cherchait à m’envoyer. A mes trousses, derrière elles, Léo, énorme, un géant, haut comme un immeuble de quatre étages qui beuglait des « PAAAPAAAA » assourdissant, graves, lourds, voix de fantôme, de spectre abominable. Et devant moi ce putain de doberman qu’il me fallait attraper coûte que coûte si je voulais sauver ma peau. Le sang qui coulait de mon épaule à vif de laquelle mon bras avait été arraché d’un coup de mâchoire. J’y voyais une sorte de bouillie informe, mélange de rouge et de blanc, un morceau d’os saillant, dressé, brisé au milieu. Je laissais d’énormes traces de sang derrière moi dans ma fuite-poursuite, des ruisseaux. Me poursuivre était un jeu d’enfant, me pister une rigolade pensais-je. Je ne pouvais pas m’enfuir. A mes côtés, le long de ma trajectoire, mes potes, toute la bande du Tube, tous les musiciens du groupe, ce qui restait de ma famille aussi, tous qui me regardaient en hurlant des encouragements, tous en train de taper dans leur mains. La lune au dessus, rigolarde, se jouant de ma terreur, éclairant le parc dans lequel je détalais à toutes jambes. Les murs d’un château au loin, immenses, infranchissables, vers lesquels je me précipitais comme pour aller m’y écraser. Le chien avait disparu. Tout en haut, en haut des murs, derrière une rangée d’archers près à tirer, quelqu’un agitait mon bras, me faisait signe, m’appelait, je ne pouvais distinguer de qui il s’agissait. La lune qui glissait, vers le bas du ciel, qui tombait, chutait d’un coup pour disparaître derrière les murs infinis, la lumière avec elle. Le noir. Le néant.
-    En gros t’es sa nana quoi …
-    Ha ha ! Tu rigoles ou quoi ? Nous avons passé une nuit ensemble et on n’a même pas baisé.
-    Ah ? Pourquoi ? T’avais pas envie ? Il est chiant hein.
-    Non c’est pas ça, il s’est effondré sur moi, il a pleuré pendant une bonne heure puis s’est endormi contre moi, c’était à croquer, le genre de truc qui te réveille l’instinct maternel à la con. J’allais pas le secouer. Impossible. Il avait besoin de se calmer.
-    Ok t’es sa bonne copine quoi … mais t’as envie de te le choper c’est ça ?
-    Mouais si tu veux, on peut dire ça comme ça, mais je voudrais que ce soit lui qui vienne vers moi. Pas envie d’être une bouche-trou de passage.
-    Un trou de passage du veux dire.
-    Mouarf… t’es con toi … (rires) … Dis voir, au plumard, il est comment ? Il est bon ?
-    Ben pas mal figure toi, ça peut surprendre hein ? (rires) enfin je te dis ça, je ne sais pas ce qu’il vaut maintenant hein, mais à l’époque … pas mal du tout. Un peu trop … doux … parfois … tu sais le mec qui lâche jamais vraiment prise pour te secouer pour de bon. Mais quel lécheur, rien que d’y repenser ça me … (rires). Et passionné, ardent, tendre.
-    (rires plus fort) ah bon à ce point là ? Va falloir que j’essaye dis donc (rires)
-    Un tantinet pédé aussi, il aimait bien que je lui chope le cul comme si j’étais un mec et lui une fille … remarque j’aimais bien aussi … (rires)
-    Ah bon ? Han dis donc je l’imaginait pas comme ça… Jouons carte sur table si tu veux bien. Ca t’emmerde que je veuille le choper ?
(un long silence)
-    Non, en fait non, sur le coup ça m’a fait bizarre, t’étais quand même une sacrée copine, on en a fait des conneries ensemble à l’époque, mais en y réfléchissant, non pas du tout, même, je me dis que ça pourrait être pas mal. P’tet qu’on pourrait se revoir.
-    Ouais on verra ça (rires) ! Faudrait déjà qu’il se relève le gamin là. Dis moi Béa, comment ça se fait que t’es revenue dans le coin ? Ca va pas avec ton p’tit génie là bas dans les pays froid ? Tu t’es sauvée ? (rires) Au fait tu veux une autre vodka ?
-    Ouais vas-y aboule, au point où j’en suis. Ben oui figure toi, je me suis un peu sauvée, en fait j’en peux plus de Georges, il me gonfle terrible, il est d’un chiant. Au départ j’ai pensé que c’était pas grave, que sa gentillesse, l’amour qu’il apportait à Léo, le confort dans lequel il nous avait installé tous ces trucs à la con, je pensais que c’était plus important, que si je m’ennuyais un peu j’aurais juste à me bouger un peu, trouver un job, me remettre à la musique, prendre un amant n’importe quoi tu vois …
-    Oui et ?
-    Ben non, j’ai fais tout ça, j’ai ouvert une galerie d’art, ça m’éclate bien et en plus je gagne du blé, je me suis remise au violon, j’ai baisé une bonne douzaine de mecs parmi mes clients, artistes, potes ou collègues de Georges, hey je me suis même fait Calvin Russel t’y crois ça ? Il était en ville pour un concert et il est passé voir la galerie dans l’après midi, j’exposais un jeune prodige d’Oslo dont il avait entendu parler. Je l’ai retrouvé au concert et j’ai fini complètement allumée à la coke dans sa chambre d’hôtel … Il est beau t’sais, il est vieux mais il est beau. J’aime bien les mecs ravagés comme lui. Il m’a écrit plusieurs fois.
-    Non tu déconnes là.
-    Je te promets Alex, Calvin Russel, à poil sur moi, et même en pleine forme.
-    Nooon. Mais t’es une vraie salope toi. Et dire que t’étais mon idole, que je voulais te ressembler. T’as pas changé du tout en fait (rires). Et avec tout ça tu t’emmerdes ?
-    Ouais … C’est insupportable au bout d’un temps de n’avoir rien en commun avec la personne avec qui on vit, de n’avoir rien à lui dire, ni à entendre de lui. Le soir t’as pas envie de rentrer chez toi t’sais. Et avec les mois et les années qui passent ça devient de plus en plus lourd. Au bout d’un moment je ne pouvais plus le supporter. On était deux étrangers qui vivaient côte à côte depuis des années et qui ne se connaissent pas. Ca déprime, ça mine. Alors j’ai fini par péter les plombs, lui ai parlé de quelques unes de ses connaissances avec qui j’avais baisé et comme je l’avais prévu et espéré, il n’a pas supporté. On va s’quitter j’pense.
-    Eh ben … Et t’es revenu faire quoi ici ? Me dis pas que tu voulais retrouver Stef quand même.
-    Lui là ? Ca va pas non ? (rires) C’est pas une poubelle ici hé ! Je t’en fais cadeau bien volontiers. Et pis il est tout abîmé regarde moi c’machin … Fais tourner le joint ste’plait miss. Lève toi un peu que je te regarde. T’es devenu un belle nana dis donc depuis le temps. Quand je suis parti t’avais à peine dix neuf ans, tu faisais encore gamine, maintenant t’es une sacrée poupée. T’es sure que t’as pas mieux à faire que de te gâcher avec ce guignol ?
-    Si sûrement mais bon … (rires étouffés) depuis que tu m’as dit qu’il léchait bien que veux-tu, je suis prise au piège. (rires)
-    Tais toi … Georges c’était une horreur. Le genre dégoûté par une foufoune bien baveuse tu vois, et moi je suis particulièrement, comment dire, abondante (rires). Il s’y mettait de temps en temps, plus pour essayer d’être gentil et de me faire plaisir d’ailleurs … on aurait dit un petit chaton qui lapait son bol de lait consciencieusement tu vois, ou une glace … Je finissais toujours par faire semblant de jouir pour qu’il s’arrête parce que ça ne risquait pas d’arriver tout seul avec son léchouillage à la con.
-    Mouarf arrête j’en peux plus (éclats de rire)
-    Stef c’était autre chose, gourmand et tendre à la fois, explorateur, audacieux, surprenant … vraiment bien … Un artiste quoi. Il savait pas faire grand-chose d’autre mais ça il le faisait vraiment bien. Et puis ses mains en même temps qui savaient se balader là où il fallait … Ah les pianistes … Ambidextres … Oui j’ai le souvenir bien précis de quelques orgasmes avec lui qui furent mémorables, tu vois du genre de ceux que t’as que tu peux compter sur les doigts de ta main, et encore si t’as du bol… Tiens finis le pétard j’en peux plus là.
-    Arrête tes conneries tu vas me donner envie de le réveiller en m’asseyant sur sa figure sans culotte. (rires bruyants)… J’vais l’étouffer… Mouarf… Alors, t’as pas répondu, qu’est ce que t’es venue foutre ici, retour aux sources ? Balade ?
-    J’en sais trop rien en fait, fallait que je me casse de là bas un moment de sur, j’ai un contact dans le sud à Arles pour racheter une galerie, j’avais prévu d’aller la voir. Parait qu’elle est superbe. Pourquoi ne pas vendre la mienne à Copenhague et venir m’installer au soleil ici ? Mais je ne voulais pas traîner Léo avec moi tout ce temps. Alors j’avais prévu de le déposer chez ma mère, et c’est lui qui a insisté pour qu’on passe voir son père. Je ne pouvais pas lui refuser ça.
-    Arles ? Marrant ça mes parents ont une baraque pas loin dont ils ne se servent qu’en été pour les vacances, tu veux que je te file les clés ? T’auras un coin pour te poser quelques jours si tu veux.
-    C’est gentil Alex, mais je me vois pas débarquer dans une grande maison toute seule, je préfère crêcher quelques jours à l’hotel, à pas m’occuper de l’intendance si tu vois ce que je veux dire.
-    Dommage c’est très joli, un mas dans le style de là bas tu vois, la Camargue, bien restauré, tout équipé, piscine et tout et tout. Pis y a une gardienne qui vit là bas toute l’année pour s’occuper de la maison, elle s’occupera de tes affaires, t’auras même pas à faire le lit, je t’assure que tu sera bien Béa. Elle se trouve juste entre Arles et les Saintes Maries de La Mer, sur la route de Vacares. Tu seras au milieu de chevaux Camargais et des flamands roses.
-    Ouais ça à l’air sympa mais débarquer toute seule dans une grande maison vide je sais pas... Et puis c’est un peu gênant, je ne connais même pas tes parents. Si tu venais avec moi oui ce serait différent tu vois … Mais là comme ça toute seule …
-    Hey ! Y a une piscine et un grand parc pour les enfants … tu crois pas que …
-    A quoi tu penses Alex ? Tu délires là ? Et lui ? Son boulot tout ça ? Pis toi ? t’es en plein cours non ?
-    Il est en arrêt de travail, pis faudrait qu’il change d’air un peu. Moi aussi d’ailleurs. Pis tu ne penses pas que Léo serait mieux là bas pour renouer un contact avec son père qu’ici dans sa tanière sans lumière ?

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Belette 20/01/2007 08:58

OK je suis...

Belette 19/01/2007 18:03

Ouh ouh ! y a quelqu'un ???

ledaoen ... 19/01/2007 18:48

Oui oui y a quelqu'un jeune fille ... Mais on n'a pas toujours l'inspiration ... et puis les fêtes tout ça... Va falloir que je m'y remette sérieux. BOn ok un petit texte arrive juste pour toi hein, un peu triste mais joli. Merci de me suivre en tout cas.Bisousledaoen ...

Belette 19/12/2006 17:38

Tristes nanas! mais plausibles. Il est de bon ton chez certaines filles de traiter les hommes par le mépris le plus total alors que quand ils ne font pas attention à elles, elle en crêvent. En fait elles croient rendre la monnaie de la pièce...

dr M 29/11/2006 11:13

Nan ...pas de decallage ... c'est juste que ... je ressent une pointe de fantasme autobiographique dans l'ecris ... mais ça reste toujours aussi bon ...
evidemment , c'st un exercice delicat ... ... pas eu le temps de le faire lire à ma douce ...
Mais bon ..; je ne pense pas que les femmes soient si deifferentes que ça ds hommes ...
Allez ...à plouche ... Tu es donc né en 67 ...
biz +++ Brother ( :) !!!

DR M 27/11/2006 19:05

Evidemment qu'il y serait mieux , Léo ... et donc ..; bon ...
ça , si je ne m'abuse , c'est de l'ecris recent , ça ... Nan ?
Allez ... la suite ... Faut faire mijoter .., y mettre des ingredient , pis ... des truc sans rapport , pIS Faut 'qu'ça pette comme une omlette norvegienne sur le ventre d'Amanda Leer en peline partouze ... ( flambée l'omlette , bien sur ! )

ledaoen ... 28/11/2006 15:49

salut Dr M ... comme je vois il me reste encore au moins un lecteur :-) ...Oui assez récent en effet... ca se sent tant que ça ? Y a un décallage ? C'est moins bon ? Je suis en attente de tes appréciations, en ai besoin, d'autant qu'un dialogue entre filles c'est un exercice délicat pour un mec ... j'aimerais bien l'avis d'une dame à ce sujet ? Y en a une dans le coin ? ...C'est décidén quoi qu'il arrive, je mettrais le mot fin sur ce texte avant le 22 mars 2007, jour de mes quarante ans ... et pis ensuite j'enverrais à quelques éditeurs ... on verra bien. Bisous copain !