Je suis sioniste !

Publié le par ledaoen ...


Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste
    

« Tu déclares, mon ami, que tu ne hais pas les Juifs, que tu es seulement anti-sioniste. A cela je dis que la vérité sonne du sommet de la haute montagne, que ses échos résonnent dans les vallées vertes de la terre de Dieu : quand des gens critiquent le sionisme, ils pensent Juifs, et ceci est la vérité même de Dieu. L'antisémitisme, la haine envers le peuple juif, a été et reste une tache sur l'âme de l'humanité. Nous sommes pleinement d'accord sur ce point. Alors, sache aussi cela : antisionisme signifie de manière inhérente antisémite, et il en sera toujours ainsi. » 
Martin Luther KINGLetter to an anti-zionist friend, 1967.

Un mot a fait sa réapparition ces dernières années, apparemment disparu depuis la chute du gouvernement de Vichy et l'aliénation de l'idéologie nazie : le sionisme. Il était même devenu honteux et désuet de l'employer, puisqu'il rapportait à un antisémitisme datant de l'affaire Dreyfus, en passant par le 
Protocole des Sages de Sion, pour échouer dans un château en Allemagne entre Laval et Céline. Le terme de « Sioniste » avait survécu dans certaines littératures d'extrême droite, stagnant dans leurs fantasmes de réprouvés et dans le discours des dévots dévoyés de Vatican II. Il signifiait d'une manière quasi obsessionnelle « le juif » intemporel et international, complotant pour l'aliénation de la société occidentale traditionnelle. Il aura fallu attendre le dramatique 11 septembre pour que l' « antisionisme » sorte du placard de l'Histoire, avec son cortège de mensonges et de haine. Aujourd'hui, l'extrême droite se trouve dépossédée de son usage exclusif, le mot est aussi bien employé par les alter mondialistes que par les radicaux religieux. Un retour en force, en Orient aussi, des discours du président Iranien aux programmes télévisuels du Hezbollah, en passant par feu le raïs Saddam Hussein, faisant implicitement partie de la dialectique des Islamistes en Turquie. Cette notion occidentale, par tradition et usage, est en effet aujourd'hui employée aussi bien par les nostalgiques du Baas que par les Islamistes. Une internationale antisioniste ? L'insulte et le soupçon d'amitié sioniste sont rentrés dans les moeurs médiatiques. On doit se dédouaner d'être sioniste, trouver des soutiens afin de se disculper.

Mais qu'est ce exactement que le sionisme ? 

Le sionisme est un mouvement qui affirme le droit à l'établissement d'une nation juive. C'était la volonté légitime de sortir du Ghetto et de ne plus être soumis aux persécutions. Ce projet est né dans la seconde partie du 19éme siècle, durant l'affaire Dreyfus et les pogroms en Russie, mais encore de la ségrégation découlant du statut des non musulmans, la « 
dhimmi », en Terre d'Islam. C'est en 1897 que Théodore Herzl donne la première impulsion à un possible état juif, durant le congrès de l'organisation sioniste internationale de Bâle, suivi en 1917 par la déclaration Balfour, permettant l'établissement d'un foyer juif en Palestine sous mandat britannique. L'idéal sioniste aboutit en 1948 avec la création de l'état d'Israël. Je vais en décevoir certains, mais le sionisme par définition s'est éteint avec la création d'Israël. Le sionisme, en tant que projet, n'a plus de raison d'être. Un état juif existe aujourd'hui, c'est une des rares démocraties du Moyen-Orient, et au risque de vous décevoir encore, sachez que sa population avoisine les 6 millions d'habitants dont, au passage, 20% de la population sont non juifs et bénéficient des mêmes droits que la majorité confessionnelle.

Le sionisme a perdu tout sens avec la création d'Israël, et est aujourd'hui utilisé pour définir le sentiment patriotique vis-à-vis de l'état hébreu. Mais alors pourquoi en parle-t on encore ?

En Europe, certains critiques d'Israël se dédouanent de tout antisémitisme en se déclarant anti-sionistes, plus politiques et moins raciaux. Avec ce genre de propos on ne peut pas être attaqué pour « incitation à la haine raciale » ou bien d'« apologie de crime contre l'Humanité. ». L'antisionisme, un antisémitisme masqué ? Constatons que nos « ennemis du sionisme » font leur un amas de théories fantasmagoriques, 
complotistes et recyclées, ayant fleuri dans la première partie du 20éme siècle. J'en veux pour preuve l'engouement renouvelé pour le Protocole des Sages de Sion.

En allant plus loin, on peut dire que l'antisionisme se définit aujourd'hui comme la négation de tout état juif en général, et au Moyen-Orient en particulier. Ce qui a pour but de ramener « le juif » à sa conception antisémitique traditionnelle : le juif est apatride, il ne peut rien posséder, ni avoir de terre. Nous sommes bien là dans l'antisémitisme. Nous retrouvons cela dans le discours des Islamistes partisans de la stricte application de la Charia, qui définissent l'Orient comme une terre exclusivement musulmane, ce qui est faux. En réponse, on peut souligner qu'outre l'antique communauté chrétienne, il y eut de tout temps un fort peuplement juif, que ce soit en Egypte, en Palestine, en Syrie, en Iraq, en Iran et à Aden. Et elle y fut persécutée, victime des pogroms ponctuellement perpétrés dans ces pays jusqu'en 1948 - date de la création d'Israël. Ainsi, cette dernière ne se justifie pas seulement comme la conséquence d'un antisémitisme occidental, mais aussi oriental. Le sionisme est la volonté légitime pour le peuple juif de sortir de la ségrégation. Il y a eu sionisme, parce qu'il y a certes eu des Ghettos en Europe, mais également parce qu'il y a eu un statut spécial des non-musulmans régis par la « dhimmi ». C'est ce qui est évacué des propos d'un Mahmoud Ahmadinejad, dans son discours à Durban II, qui voit en Israël le « 
dédommagement » des occidentaux pour la Shoah. Il oublie, sans doute intentionnellement, que l'état hébreu est aussi né d'un anti-judaïsme d'Orient et de la « dhimminitude » régissant certains pays musulmans. La « dhimmi » est un Ghetto. Et justifie par là même, tout volonté d'émancipation, tout idéal sioniste.

L'antisionisme est l'arbre qui cache la forêt. C'est une volonté de replacer le juif dans son Ghetto. Les fantasmes, les peurs qu'il colporte, nous rappellent avec effroi la démence de l'entre-deux-guerres. La banalité de l'ignominie est de retour. L'inadmissible est admis. Être sioniste est devenu péjoratif. Ou bien l'on tente de le rendre honteux, décrétant que le juif doit être cantonné à son Ghetto ou sous un statut particulier. Dans son sens premier, « être sioniste » c'était croire en la Liberté, c'était ne pas accepter la ségrégation, c'était vouloir l'émancipation des peuples de toute terreur et tyrannie. Espérer ! Espérer, comme l'ont fait les pères fondateurs du sionisme : garder Espoir. Pour ces raisons, je ne vois aucun mal à être taxé de sionisme, même primaire ! Au contraire ! Par-delà toute accusation et discrimination, j'en fais un acte de résistance à l'Inacceptable.

«Les longs souvenirs font les grands peuples. La mémoire du passé ne devient importune que lorsque la conscience du présent est honteuse.»
Charles Forbes, Comte de Montalembert, in Mélanges d'art et de littérature


Jérôme Di Costanzo
Pour Le Ring
Article dans son édition originale 

 

Publié dans Histoire

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Clovis Simard 11/10/2012 03:26

Voir Blog(fermaton.over-blog.com).No-9 - THÉORÈME SARTRE. - Pensée moderne ?