Here I am de Groundation : la critique

Publié le par ledaoen ...

 



«  Notre musique ne s'est pas installée dans le confort. Nous la faisons évoluer dans le reggae et le jazz. Si nous ressentons le besoin d'accentuer tel ou tel élément, nous le faisons. Tu ne sais pas ce que tu vas créer avant de le créer. C'est comme savoir si ta journée sera bonne avant que tu te lèves ».
Marcus Urani

Ca y est enfin, après trois ans de tournées interminables et de travail en studio, le nouvel opus de Groundation que tous les amateurs attendaient est enfin sorti des studios. Comme d’habitude, découvrir un nouvel album de Groundation est une véritable expérience, à la fois musicale, émotionnelle et spirituelle.

Les trois musiciens californiens à l’origine du groupe en 1996 (Harrisson Stafford, Marcus Urani et Ryan Newman ) se sont adjoint comme d’habitude les services de quelques pointures, notamment les Congos, Pablo Moses et le percussionniste de tous les grands du reggae (Marley, Tosh, Burning Spear ou les Skatalites, excusez du peu), le très fameux Uziah "Sticky" Thompson.

« Sur cet album, il y a le premier morceau instrumental de l'histoire de Groundation »
 insiste Harrison Stafford. Mais aussi, un morceau exceptionnel, où les 8 voix présentes sur l'album se réunissent pour former une harmonie sur le titre clôturant l'album.

Je viens de le télécharger  (le CD n’est semble t-il pas encore – ou plus (rupture de stock déjà ?) -  dispo sur Amazon ni sur FNAC mais on peut el télécharger pour moins de 10 euros sur Apple Store ou Amazon). Je vous livre mes premières impressions

Dés l’intro de
Run the Plan, le premier titre, le groupe nous entraine dans une rythmique jazzy assumée, aérée malgré un tempo plutôt ardu (du 11/4 excusez du peu !), le Rhodes, l’orgue et les bongos se répondent dans une sorte de sarabande complexe mais terriblement dansante. Puis la voix rentre, incandescente, incantatoire, et le morceau redémarre sur une rythmique lente one drop hyper-classique. Superbe ! Puis le morceau ralenti dés le deuxième couplet, la rythmique est de plus en plus lente, lourde, et Harrisson Stafford pose sa voix, suivi des choristes. Mélange imparable du plus roots des reggae et d’arrangement hyper soignés, envolée du piano cachées, basse qui gronde et les fill-in du batteur jamais démonstratifs, toujours bienvenus. Du pur groove, du pur plaisir.

Every Could Lose
est de facture plus classique, du Groundation pur jus, mélodie tirée au cordeau, efficacité brute, solos légers du Rhodes qui rappellent un certain Stir it Up de Marley. Plus j’écoute cet album plus je me rends compte combien le son du Rhodes participe du son bien particulier de celui-ci. Là encore ils ne peuvent s’empêcher à une minute de la fin de lancer un break qui relance le tout par un léger duo rythmique / Rhodes  complètement jazzy et de conclure ainsi magnifiquement.

So Blind
démarre par une de ces intro de cuivres dont ils ont le secret, pêches synchronisées avec le batteur,  mis en place parfaite, suivi d’une légère intro de flute qui ouvre le chant. Les voix sont plus hautes, perchées comme plaintives avant de se relancer plus gravement dans le refrain. Ligne de basse syncopée minimaliste rappelant les grooves imparables des Steel Pulse. Reggae efficace, pêchu, du bel art. Et puis le trombone qui rentre en solo après le deuxième refrain. On là retrouve les grooves jazzy magnifiques qui firent le succès de We Free Again.

Time Come
, longue incantation de 7 minutes et demie,  commence sur une envolée de chœurs presque mystiques. Les voix là aussi parfois se perchent dans les aigus. Le travail sur les voix est impressionnant, novateur, pointu. Toute la puissance créatrice du groupe se retrouve ici au service des voix. L’Envolée d’un sax ténor terriblement jazz radoucit le côté un peu expérimental du morceau à la fin du premier tiers pour relancer le chant ensuite.

By All Means
est un morceau court, classique, le rimshot  du one drop bien callé,  toujours ces mélodies bien trouvées, et ces voix très travaillées, solos de trombone jazzy, du Groundation et du bon… Blues Away, petit morceau mélancolique fait à nouveau la part belle aux voix, arrangements simples et efficaces.

Not so simple
commence par une intro purement jazz, où la batterie, la basse et le Rhodes préparent l’arrivée d’un thème de cuivre qui se pose sur la rythmique reggae rapide qui entre. Superbe composition, ce morceau est sans doute le plus ardu de l’album, mais comme toujours, il se laisse aussi écouter comme un bon reggae de facture classique. C’est le génie de Groundation de mêler ainsi pur plaisir reggae sans ostentation et mise en place hyper complexe, réglée comme du papier à musique. La voix de Cristal de Stephanie Wallace, la nouvelle choriste du groupe  s’exprime ici en pleine liberté, seule puis en un contre chant sublime avec le chanteur. Le morceau se poursuit et se termine sur la reprise du thème de l’intro et le développe, on entend les musiciens se lâcher et se faire réellement plaisir, et on rêve de voir tout ça en live le plus vite possible … Aux Eurockéennes de Belfort par exemple en juillet.

Here I Am
, morceau éponyme de l’album, commence par un skunk à l’orgue, rejoint par la basse dans un début sautillant mais détendu. La voix de Harrisson Stafford se fait à nouveau posée, incantatoire. Reggae lent, classique … Un magnifique solo de trompète s’enlace ensuite autour de cette rythmique lente avant de relancer la voix de Stéphanie Wallace qui s’envole dans les airs, portée par la rythmique en béton du groupe avant de laisser au Rhodes le soin de se libérer et  de finir en douceur ce superbe morceau.

You can Profit
nous renvoie aux classiques du genre, et aux classiques de Groundation en particulier. Beating Heart se lance sur une basse lourde et relance à nouveaux ce travail superbe sur les voix, Reggae plus syncopé, plus sec dans la rythmique, mais le nappage des voix radoucit à nouveau la dureté rythmique. Superbe condensé entre le dur et le tendre, une pompe piano sur deux ralentit le rythme pendant que la ligne de basse et celle de la batterie l’accélèrent. Superbe solo de trompète là encore.

Walk Upright
est une surprise, entièrement instrumental, ce qui est une première pour le groupe si l’on ne compte pas l’album Dub War. Le morceau libère d’abord un piano mal assuré, petits thèmes de piano auxquels répondent les cuivres. Ca a l’air d’une pochade sympathique, voire d’un petit bœuf,  mais tout est réglé dans les moindres détails, jusqu’au solo de piano sur des pompes faites par les cuivres, curieux renversement des rôles. Mais comme toujours, c’est tellement bien emmené qu’on ne s’en aperçoit qu’en cas d’écoute attentive.

Golan to Galilee
, qui conclut l’album magnifiquement est à la limite du Dance Hall down tempo. Expérimentation down-ragga, envolée d’orgues et voix de Harrisson Stafford posée comme sur du verre, toujours à la limite, puis l’ensemble des voix qui se lâchent, chorale reggae improbable de plus en plus puissante qui termine le morceau et l’album.

Pour conclure cet album fait sans doute parti des meilleurs du groupe (avec 
We Free Again selon moi), les puristes y trouveront un reggae brut, roots, de très belle facture et les autres une superbe fusion jazz-reggae très aboutie. On sent que les membres du groupe s’entendent à merveille et se complètent magnifiquement. A consommer sans modération, en musique de fond, pour danser ou en écoute attentive au casque pour découvrir toutes les subtilités des arrangements.

Vivement cet été, qu’ils sillonnent les festivals européens pour voir cette superbe formation sur scène.

Bonne écoute.

ledaoen …

 

 

Publié dans Culture

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donzelot nohwenn 25/01/2011 18:39


magnifique description de cet album majestueux. J'aurai pas dit mieux.