INTERNET - Après
la lutte contre la loi Création et Internet, le Web se mobilise contre un projet de loi sur la cybercriminalité...
Après l’Hadopi, voici la Loppsi. C’est le nom du dernier projet gouvernemental qui provoque la colère
des internautes. Depuis l’adoption de la très controversée loi sur le téléchargement, Twitter a trouvé de quoi éponger sa gueule de bois post-Hadopi. Alors que la loi Bachelot sur l’hôpital n’a
suscité qu’une dizaine de twitts, la Loppsi culmine déjà à plusieurs centaines, avant même d’avoir été
présentée par la ministre de l’Intérieur.
Mais ça
veut dire quoi, Loppsi? On dirait le nom d’un bonbon mais c’est en fait l’acronyme du projet de Loi d'orientation et de programmation pour la
performance de la sécurité intérieure. Un texte un peu fourre-tout que va présenter mercredi en conseil des ministres Michèle Alliot-Marie. Au côté de dispositions sur le terrorisme, la
délinquance routière ou la réorganisation territoriale de la police, le projet de loi prévoit d’installer des mouchards sur les ordinateurs soupçonnés de cyberdélinquance et d’établir une liste
de sites pédophiles à bloquer.
Guillaume Champeau, rédacteur en chef du site Numerama, qui a mené la bataille de l’Hadopi, concentre ses critiques contre cette dernière disposition: «la liste des sites à filtrer sera établie
sous la seule autorité du ministère de l’Intérieur et ne sera pas rendue publique. Il y a un vrai danger, on ne sait pas du tout comment un gouvernement pourra utiliser cette mesure: c’est la
porte ouverte à la censure».
Les records d’Hadopi seront durs à battre
Mais comme
le souligne dans un article Marc
Rees, rédacteur
en chef de PC INpact, l’autre grand site sur l’actualité numérique, «toute démarche critique marque un risque; celui-ci de vouloir sous-évaluer les atteintes à la dignité de la personne
humaine, ici de l’enfant, sous des prétextes technico-juridiques qui ne pèsent pas lourds». L’importance des menaces visées par la Loppsi – pédophilie et terrorisme – a en effet de quoi
refroidir ceux qui refusaient la surveillance du web au profit des maisons de disques.
Sur
Internet, le combat contre la Loppsi atteindra-t-il les sommets de la lutte anti-Hadopi? Numerama et PC INpact sont déjà sur le pont. Numerama a repris son dispositif sur Hadopi en créant
une page spéciale
Loppsi, qui
agrège tous les articles et les twitts publiés. Il sera quand même difficile d’atteindre les sommets de la loi Création et Internet, quand certains articles recueillaient plus de 2.000
commentaires sur PC INpact comme celui-ci, ou enregistraient plus de 240.000 lectures, comme celui-là. Son confrère de Numerama Guillaume Champeau a pourtant l’impression que le sujet «mobilise encore plus» qu’Hadopi.
«Effet miroir»
«Hadopi a provoqué des pics de lectures et provoqué des réactions par milliers, parfois épidermiques, souligne Marc Rees, de PC INpact interrogé par 20minutes.fr. Mais la froide comptabilité de
l’audimat ne m’intéresse pas. Je ne réalise pas d'étude de marché avant de rédiger quoi que ce soit, préférant me fier à l'actualité des nouvelles technologies, aux choix de société dans cet
environnement numérique, à ma formation et mes sensibilités.»
Avec Hadopi s’est constituée une communauté d’internautes soucieux de défendre les libertés sur Internet. «Hadopi et la Loppsi forment un ensemble cohérent, estime Guillaume Champeau. La loi
d’Alliot-Marie est une pièce que Sarkozy rajoute dans son puzzle du filtrage du net». Pour Marc Rees, «l’intérêt pour Loppsi s’explique aussi par la proximité des deux lois dans l’agenda
législatif. Du coup, il est indéniable que, dans la tête des internautes comme dans celle des journalistes, il y a un effet de miroir entre les deux».
Alice Antheaume et Vincent Glad
Pour 20minutes.fr
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