Jimi Hendrix était décidément un guitariste hors normes puisque, près de quarante ans après sa
disparition, on en est toujours à discuter des circonstances de sa mort. C’était le 18 septembre 1970 à Londres, Hendrix avait 27 ans. Officiellement, le virtuose de la distorsion est
mort accidentellement, noyé dans son vomi pendant son sommeil après avoir avalé pas mal de vin et de barbituriques. Or non, pas du tout, il a été assassiné par son manager, prétend aujourd’hui un
ancien roadie, James Wright, qui détaillera ses accusations dans un bouquin à paraître fin juin(Rock Roadie, chez JR Books).
L’auteur tiendrait l’info du manager lui-même, Michael Jeffery. Ce dernier,
en 1971, aurait confié à Wright s’être débarrassé du guitariste parce que celui-ci allait le lâcher et que, grâce à une assurance-vie que Jimi Hendrix avait contractée à son bénéfice, il
avait pu toucher deux millions de dollars après son décès. Selon le manager, cité par le roadie, le crime se serait déroulé de la
manière suivante : «On est entrés dans la chambre d’hôtel de
Monika [Monika Dannemann, une petite amie de Hendrix avec laquelle celui-ci a passé sa
dernière nuit, à l’hôtel Samarkand, ndlr], on a pris une poignée de pilules qu’on lui a
fourrées dans la bouche, et puis on lui a versé plusieurs bouteilles de vin rouge dans la gorge.»
Trouble. Manque de chance, Jeffery n’est plus là pour commenter : il est mort en mars 1973 dans une collision aérienne
au-dessus de Nantes. Il n’est pas improbable que cette «révélation» tardive soit une façon pour James Wright d’assurer le lancement de son livre. Cependant, la thèse d’un assassinat de Hendrix
par Michael Jeffery n’est pas totalement aberrante non plus. Dans un livre paru en 2000, The Covert War Against Rock (Feral House),
traitant des disparitions par mort violente de plusieurs musiciens de renoms, le journaliste Alex Constantine rapportait déjà que, deux jours après la mort de Hendrix, Jeffery avait confié
au producteur Alan Douglas (qui lui succédera à partir de 1975), qu’il était «impliqué» dans la mort de son poulain.
Deux autres éléments ont également contribué à jeter un trouble dans l’affaire. D’une part, Monika Dannemann a fait des comptes-rendus très embrouillés des derniers instants de Hendrix.
Etrangement, elle était absente au moment où l’ambulance est arrivée. Elle s’est suicidée en 1996. D’autre part, le médecin urgentiste qui a réceptionné Hendrix à l’hôpital, John Bannister,
a affirmé dans plusieurs interviews que les voies aériennes du guitariste étaient remplies de vin, mais que l’intéressé avait peu d’alcool dans le sang.
Ajoutez à cela la personnalité très singulière de Michael Jeffery, que l’on disait proche du FBI, lié à la mafia, escroc à ses heures et frappadingue le reste du temps. Ses relations avec Hendrix
étaient plus que houleuses. Leur contrat devait prendre fin en décembre 1970. Agitez tous ces ingrédients et vous obtiendrez une belle théorie du complot, assez charpentée pour résister à un
simple revers de main.
Edouard Launet, pour Libération
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originale
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