Naissance de la « marque » Julien Coupat™, par FX Ajavon

Publié le par ledaoen ...



L'insurrection qui tarde à venir.

N'ayons pas peur de le dire : le journal Le Monde vient de lancer Julien Coupat™ comme un produit culturel ou une nouvelle marque de lessive aux enzymes gloutons. Pour lancer cette « marque », le quotidien du soir s'est livré à une opération de placement de produit particulièrement astucieuse. Sous les oripeaux d'une interview exclusive du principal suspect dans l'affaire des sabotages contre la SNCF, mis en examen pour « terrorisme » et emprisonné depuis le mois de novembre 2008, Le Monde nous a offert mardi dernier une superbe pleine page de promotion publi-rédactionnelle consacrée à Julien Coupat. Aucune trace de véritable journalisme dans cet entretien, par le moindre signe d'impertinence dans les questions posées, nulle particule de scepticisme ou de distance à l'égard du personnage... mais, au contraire, une consternante « carte blanche », qui a permis à l'épicier de Tarnac de donner libre cours à son obsessionnel tropisme anti-système et à ses envolées politico-lyriques dignes d'une vieille revue gauchiste des années 70 moisissant dans la cave du pavillon d'un ancien trotsko devenu notaire - et élu divers-gauche - dans une sous-préfecture de province.

Bref, Le Monde nous a offert un bel exemple de lancement d'une « marque » en politique. Julien Coupat, dans cet entretien fleuve, tenant plus de la logorrhée pathologique que du dialogue cher aux philosophes, cherche bien moins à se défendre des accusations que la Justice fait peser sur lui, qu'à peaufiner son image d'intellectuel cristallisant les luttes « alter » en vogue, et à soutenir - avec un prosélytisme qui ferait pâlir un missionnaire - l'idéologie sclérosée de l'ultra-gauche, défendue notamment dans son livre L'Insurrection qui vient.

Cette « marque » Julien Coupat™ - avec laquelle il faudra certainement apprendre à vivre dans les années ou décennies à venir - repose sur une mythologie relativement compacte mais efficace, que l'insertion publi-rédactionnelle du Monde vient enrichir. D'abord Julien Coupat est un intellectuel. L' « entretien » accordé au quotidien ne laisse aucun doute à ce sujet. Loin des terroristes corses ou palestiniens, Julien Coupat n'est pas avare de références philosophiques dans ses communiqués : il nous assure qu'il est en train de lire Michel Foucault, de relire L'Insurrection qui vient (bible et petit livre rouge) et laisse choir du Hegel lorsqu'on l'interroge sur le paradoxe apparent de son engagement politique et de son enfance dorée. C'est donc là le premier élément de cette « marque ».... Julien Coupat™ a lu, lit, et lira.

Cela nourrira évidemment l'écriture des ouvrages qu'il nous prépare pour les années à venir.

Second élément de cette « marque », Julien Coupat™ et ses amis ultra-gauchistes sont profondément marginaux. Et où vivre mieux sa marginalité - de bande - qu'en province en général, et à Tarnac en particulier ? Lorsque les journalistes lui demandent naïvement « Pourquoi Tarnac ? », Coupat répond « Allez-y, vous comprendrez.... » Le charme rural, et indicible, opère sur l'activiste. Un petit ruisseau. Un bistrot campagnard. La partie de boules avec les anciens. Le soleil couchant sur le clocher du village. C'est beau Tarnac la nuit.

Troisième caractéristique de cette « marque » Julien Coupat™ : c'est un taulard et le martyr d'une cause mal définie. Taulard, il l'est plus que jamais. Lorsque les journalistes lui demandent ce qu'il fait de ses journées, il répond, déjà endurci par sa geôle: « Tractions, course à pied, lecture ». On repense à l'ouverture de Cape Fear, où Robert de Niro, écumant de haine, prépare son corps, à coup de fitness, aux épreuves de la liberté. Par ailleurs, l'épicier de Tarnac lit en ce moment la prose de Michel Foucault sur la question de l'enfermement. Ce qui lui permet évidemment de développer une réflexion élaborée sur l'enfer carcéral. Très fidèle aux exigences de sa « marque », Julien Coupat™ est donc un martyr modèle, dont chaque religion a besoin pour vivre et croître.

Quatrième spécificité de la « marque » Julien Coupat™... son langage. Attention, Julien Coupat™ ne s'exprime pas tout à fait dans la langue de Molière, ni dans celle de Montaigne ou de La Boétie... non, son langage est un indescriptible fatras de sabir militant, certainement emprunté à des tracts de la mouvance anarcho-festivo-punk, de lyrisme débridé calqué sur le parler des syndicalistes étudiants, et de saillies fulgurantes destinées à soutenir la « marque » Julien Coupat™ par d'impérissables slogans snobs. Coupat aime répéter certains mots. Comme le mot « obscène ». Pour Coupat les questions que lui ont posé les policiers étaient « obscènes », autant que l'est le « ballet » de ces salauds de syndicats « vendus » au gouvernement. Jamais avare d'une outrance langagière, l'épicier de Tarnac (qui est autant épicier que Colonna - berger de Cargèse - était berger...) considère que les fonctionnaires qui ont procédé à son arrestation sont une « bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents »...qui se sont « introduits chez [lui] par effraction »... la garde à vue devient évidemment une « séquestration » dans une « prison du peuple »... Vivant dans un monde monté à l'envers, Julien Coupat™ voit évidemment les forces de l'ordre comme ses « ravisseurs ». Mais l'épicier de Tarnac est infatigable dans ce registre... le gouvernement n'est qu'un « gang sarkozyste », ou une « clique », les journalistes sont nécessairement « aux ordres », les arrestations policières sont des « rafles ».... Le lyrisme poussant même Julien Coupat™ à se présenter à nous tel un Jésus en croix, perforé de la Sainte-Lance classique à nombre de Passion du Christ... la peine de prison préventive qu'il endure le « transperçant ». Littéralement. Une telle débauche d'expressions formatées devrait conduire les amis de Julien Coupat™ à le persuader de cesser immédiatement de lire Le Monde Diplomatique. C'est mauvais pour sa santé.

Cinquième trait de la « marque » Julien Coupat™, et de son génie du marketing (n'a t-il pas fait l'ESSEC d'ailleurs ?), une posture anti-système assez ouverte pour être compatible avec toutes les nouvelles formes de luttes chères à l'ultra-gauche. Coupat le dit partout, dans cet encart publi-rédactionnel : il hait le « gang » sarkozyste (qui doit - selon Coupat - sa présence au pouvoir à un « plébiscite » davantage qu'à une « élection »...), mais il exprime surtout son infinie empathie à l'égard de « la rue et ses vieux penchants révolutionnaires ». Ah ! Le mythe de « la rue » ! Comme si les révolutions naissaient du caniveau. Mais cela permet à Coupat de ramener discrètement à sa cause confuse à la fois les agitateurs antillais, les syndicalistes spécialisés dans la séquestration de patrons-voyous™, les « gamins™ des cités », ou encore les meneurs du mouvement étudiant. Ah... la « rue » ! Si pure face au « système », et à ses pseudo contre-pouvoirs d'opérette, dont le facteur Besançenot... que l'épicier Coupat ne porte d'ailleurs pas dans son coeur.

Qui a déjà vu un petit commerçant respecter un petit fonctionnaire ?

Sixième axe de la « marque » Julien Coupat™, son ambiguïté à l'égard du terrorisme. Disons-le tout net : le terrorisme c'est cool. C'est l'arme des opprimés contre les oppresseurs. Autant dire la panacée. C'est la rock'n'roll attitude du moment dans certains milieux intellectuels, jugeant bon de diaboliser davantage les efforts des fonctionnaires occidentaux dédiés à la lutte anti-terroriste, que les terroristes eux-mêmes. D'après Julien Coupat, se prenant certainement pour un Chomsky franchouillard, le principal ennemi est l'anti-terrorisme, réduit à une « technique de gouvernement » scélérate. Haïssable ambiguïté poussant notre diplômé de l'ESSEC à prétendre que la lutte contre le terrorisme n'a d'autres buts que de « produire » un ennemi politique qui - évidemment - serait imaginaire... On aimerait l'entendre évoquer la question israélo-palestinienne...

Le septième et dernier trait caractéristique de cette « marque » Julien Coupat™ est un sens de la dramatisation hors-pair. Coupat a peur du monde dans lequel il vit. C'est palpable. Il y a déphasage. Ce qui arrive souvent lorsque l'on fréquente des femmes qui se prénomment Yldune. Il se croit au bord d'un gouffre, notre épicier, dans les griffes d'un atroce néant, dans l'antre du péril imminent... tout ça de la faute à « l'oligarchie mondiale » et à ses « provocations »... Ainsi, le régime de Sarkozy serait sur le point de « basculer dans le néant »... le diagnostic délirant de L'Insurrection qui vient serait « rigoureusement et catastrophiquement vrai »... Ce qui nous attend, selon le messie Coupat ? Tout simplement... « la fin d'une civilisation » et, sans surprise : « l'implosion d'un paradigme »... celui du pouvoir capitaliste... Le régime sarkozyste n'en devient rien moins qu'une risible « oligarchie vacillante » devenant « féroce » contre ses ennemis imaginaires... On ne rira jamais assez de ce sens de la dramatisation de Julien Coupat™, qui estime sans sourciller qu'une « guerre » se joue entre les « bénéficiaires » du système et les autres. On se gardera bien de demander de quelle côté du « système » il est.... Lui qui bénéficie d'une page entière du Monde pour s'exprimer sans entrave.

Toute cette mythologie, organisée en « marque », accouchera évidemment d'une figure médiatique qui s'annonce assez fracassante. Narcissique. Bavard. Prosélyte. N'est-ce pas là qu'il faut blâmer les fonctionnaires de l'anti-terrorisme - sur le point de se ridiculiser le jour de la remise en liberté de Coupat ? Car leur zèle va accoucher sans aucun doute d'une figure intellectuelle notoire, à laquelle viendront s'abreuver tous les « anti » et les « alter » de la place... sans parler des plaisantins et des parasites... Passée la quarantaine, il ne lui restera plus qu'à épouser une actrice glamour et engagée, à accepter un poste quelconque dans un gouvernement d'ouverture, et finalement à faire le forcing pour rentrer à l'Académie Française, après avoir publié une demi-douzaine d'ouvrages sur son parcours de « sage » et son calvaire de « juste ».

Affaire à suivre...


François-Xavier AJAVON, pour Le Ring
Article dans son édition originale 

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