Accusé Allègre levez-vous!

Publié le par ledaoen ...

 



Depuis que le nom de Claude Allègre circule, dans la perspective du remaniement ministériel qui devrait suivre le scrutin européen, nous avons droit à un tohu-bohu qui tourne au procès de celui qui fut ministre de l'éducation nationale dans le gouvernement de Lionel Jospin. Parmi les accusateurs les plus virulents,  et les plus fameux, ont pris la parole non seulement Nicolas Hulot et Daniel Cohn-Bendit - «ce serait la cata» a dit ce dernier - mais aussi Alain Juppé, pour qui «il y a d'excellents esprits proches de l'UMP qui pourraient faire le job !» . La place de l'écologie et celle de l'ouverture, voilà en effet les deux sujets rouverts par la seule hypothèse du retour d'Allègre au gouvernement.

Un mot d'abord sur l'intéressé, qu'une telle avalanche de critiques, avant même qu'il ait pu faire mouvement, incite tout bon citoyen, attaché aux droits de la défense, à évoquer. L'homme est sympathique et sait être chaleureux, égocentrique comme le sont beaucoup d'hommes politiques. Sauf que lui est d'abord un savant, un vrai, dans sa discipline - la géophysique - qui lui a valu l'équivalent d'un prix Nobel.

Il est  parfaitement reconnu hors des frontières, notamment aux Etats-Unis qui lui avaient confié l'étude d'échantillons récupérés sur la Lune. Son problème est qu'il s'est un peu vite considéré comme un politique accompli, alors qu'il était sorti complètement grillé au ministère de l'éducation. En cause, pour aller vite, sa triste et célèbre formule: «dégraisser le mammouth» ! Il avait donc pris sa part du divorce naissant entre les enseignants et la gauche. Divorce pour l'essentiel créé par la prise de conscience, par le corps enseignant, d'un véritable déclassement. Paradoxe douloureux pour ce fils d'institutrice, universitaire dans l'âme, plus que d'autres attaché au parcours méritocratique; et convaincu que ce parcours est trop souvent faussé par les grandes écoles, dès lors que celles-ci font que tout se joue, en fait, à vingt ans .

L'écologie, donc. Claude Allègre est réputé son ennemi, au motif qu'il nierait l'existence d'un réchauffement climatique. Sa réponse a toujours été de dire qu'il croit à l'écologie, comme dimension nécessaire d'un développement durable -  pour s'en convaincre il suffit de se reporter à son livre «Economiser la planète», paru en 1993 - écologie qu'il s'oppose aux écologistes, qu'il juge dogmatiques.

Plus tard, dans «Ecologie des villes, écologie des champs», il s'était prononcé pour un grand ministère de l'écologie. Quand Alain Juppé assure que , «pour lui, le réchauffement climatique n'est pas dû à l'activité humaine», et qu'il est «le seul à penser cela» , il va un peu vite en besogne. Claude Allègre n'est pas seul à penser  que le système solaire dans lequel nous sommes est bien plus compliqué, et que beaucoup des éléments qui déterminent le climat nous échappent ; mais il plaide pour des réductions de CO2 liées davantage, pour lui, à des impératifs de santé publique.

En revanche, il est vrai qu'il est résolument, du coté de la science; et qu'il n'est pas loin de penser que le culte moderne du «principe de précaution», appliqué à la science, menace celle-ci de régression. Exemple : la culture des OGM, dont il considère qu'elle est une arme contre la faim. Il se range donc parmi ceux qui, plus nombreux que ne le croit Alain Juppé, croient aux progrès d'une économie qui cesserait d'être prédatrice.

L'ouverture: elle doit «continuer», a dit le porte-parole du gouvernement. Sans doute. Mais il ne faut pas compter sur Claude Allègre pour l'incarner, car il a cessé de «militer» au PS depuis sa rupture avec Lionel Jospin. Martine Aubry a donc raison de considérer que sa nomination n'aurait aucun sens politique. Dans sa phase 1 ( mais peut-il y avoir une phase 2? ) celle-ci avait pour objet et pour effet de souligner les faiblesses du PS. «Celui-là, on vous le laisse!» : proclamation fréquemment entendue à l'Assemblée nationale dès que son nom était prononcé ; avec une fois, même, un début de manifestation de chercheurs qui avaient eu vent du projet : une aubaine pour la gauche, quelqu'un qui provoque des manifs alors qu'il n'est nulle part ! Donc profit politique , zéro ; mais tumulte garanti.

Alors que reste-t-il ? Des idées, car il en a; plutôt beaucoup, dans un domaine, l'innovation et son lien avec l'industrie, qu'il considère comme vital. Pendant la présidence française de l'Union Européenne, il avait organisé des «assises de l'innovation», dans le but de lancer un processus entre les grands pays européens pour qu'ils coordonnent leurs programmes de recherche; il a donc fait le tour des capitales et des programmes de nos voisins, et il en a tiré une idée de ce que devraient être nos priorités communes. Il est aujourd'hui assez sur de lui - ce n'est pas nouveau! Sûr du lien qu'il a su créer avec le chef de l'Etat. Patience donc, et l'on verra si Alain Juppé a eu raison ou tort de sortir du bois.

 

 



Jean-Marie Colombani
Pour Slate.fr

 

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Margareth 27/05/2009 16:52

Claude Allègre n'est pas le seul à supposer que le réchauffement climatique n'est pas dû aux seules activités humaines, loin de là. Malheureusement les débats contradictoires sur le sujet sont exceptionnels. En ce domaine la pensée unique est reine. Envisager d'autres causes au réchauffement climatique ne signifie nullemet rejeter les efforts de protection de l'environnement et de la limitation des déchets.