« Douce France » chantait Trenet, « merde in France » chantait Dutronc - Etat des lieux

Publié le par ledaoen ...

C’est moche un pays qui sombre. Pas beau à voir.


Les derniers faits d’arme de son président bananier, élu en 2002 avec 80% des voix contre un candidat fasciste néo-bardéchien – excusez du peu – est d’avoir amnistié son vieux pote Guy Drut de sa condamnation dans l’affaire des HLM de Paris, haut fait d’arme de la machinerie RPR toute entière à son service. Et ça veut donner des leçons de civisme à des gosses à qui on crache à la gueule à longueur de journée en raison de la coloration un tantinet basanée de leur peau et a qui on dit, la main sur le coeur, "la France, tu l'aimes ou tu la quittes". Fastoche à aimer c'est sur. Le président le plus mouillé de l’histoire de notre République, élu dans un sursaut démocratique par l’ensemble de la France démocrate il y a quatre ans, n’est plus qu’un ectoplasme livide, sourd et à moitié impotent (une attaque cérébrale, quoiqu’un disent les médecins assermentés du pouvoir, ça laisse des traces, et une débilité légère, pour les médias, ça se maquille facilement par quelques artifices de communication bien orchestrés), qui inaugure les chrysanthèmes ici ou là, et use de son droit de grâce avec ses vieux potes de magouille (lui-même n’étant bien sur pas attaquable, il s’en est assuré).Ca rappelle une fin de règne à la Louix XVI ça non ?


Au sommet de l’état, les deux plus importants ministres de l’équipe chargée de l’administration du pays se bagarrent par médias et juges interposés à coup de corbeaux plus ou moins mafieux, plus ou moins barbouzes, plus ou moins liés au marché de l’armement, le tout dans le but d’achever l’adversaire avant la très convoitée élection présidentielle bananière.


Dans l’opposition, deux pétasses post-mitterrandiennes se crêpent le chignon à grands coups de petites phrases assassines pour décrocher l’investiture féminine, pendant que la demi-douzaine de vieux pachydermes tous issus de la vieille garde de la nomenklatura estampillée gauche caviar tente de sortir la tête de l’eau, plus haut que le voisin de préférence, et en s’appuyant sur lui afin de le faire couler.


A leur gauche, les vieux manipulateurs de l’ignominie génocidaire post-marxiste-trotsko-révolutionnaire à trois têtes (le moustachu bovidé, la vieille carne Laguiller et le facteur de Neuilly en chemises Gucci) nous la rejoue grand soir pour la énième fois, avec tout ce qu’il faut de discours négationnistes tentant de réhabiliter le régime le plus meurtrier et le plus destructeur du XXe siècle, comme les autres, de l’autre côté – mais bon sang ce qu’ils leurs ressemblent – tentent de réhabiliter l’ultranationalisme en négationnant à qui mieux mieux les pires massacres industrialisés que l’histoire du Monde ait connue.


Bel état des lieux … Ca nous promet un beau 21 avril encore ça tient.


La rébellion en France, celle des nouveaux moustachus et des petits Trotski de salon, c’est l’école de la louange. C’est, sous les apparences farouches du mécontentement absolu envers toutes les conditions existantes, la forme d’approbation la plus efficace de ces mêmes conditions. C’est le vaudeville des impostures contemporaines où le « non » que l’on entend résonner sans cesse, au milieu des flammes d’une révolution devenue jeu vidéo, est mis au service d’un « oui » tout-puissant et silencieux. La rébellion, c’est le savoir vivre de notre époque où il est de loin préférable, si on ne veut pas se faire remarquer,  de se promener avec un drapeau noir, le poing levé et la bouche écumante de slogans incendiaires trouvés dans le dernier numéro de Technikart. C’est le langage de l’entreprise qui se veut moderne, le ressort du développement qui se veut durable, et la clé de la réussite.


Le voila notre pays, oui, celui qui fait le malin pendant des années pour proposer à l’Europe un referendum sur une constitution, et qui une fois le referendum obtenu, vote non … ben oui … logique hein.


Oui, celui où des millions de jeunes et autres manipulateurs révolutionnaires de salons descendent crier dans la rue pour réclamer un emploi à vie … Aujourd’hui les jeunes, soit ils veulent devenir fonctionnaire, soit ils veulent se tirer vite fait en Grande Bretagne ou aux States pour pouvoir bosser et gagner du pognon. La belle jeunesse porteuse d’avenir que voila.


Le voila notre pays, celui qui vote dans son Assemblée Nationale que son voisin et ami la Turquie est génocidaire avant même que les forces progressistes qui y travaillent et qui se battent pour faire reconnaître là bas le génocide arménien ne puissent le faire, joli cadeau que nos parlementaires leurs font à ces historiens turques qui luttent là bas pour la vérité … Et ce sont ces même parlementaires qui hurlèrent pour abroger une loi en disant « ce n’est pas au politique de faire l’histoire » … Y a pas un bug là ? Imaginez la réaction de nos histrions médiatiques si la Grande Bretagne par exemple, votait une loi disant que la France est responsable d’un génocide à Sétif (ce qu’elle fut à peu de choses près) … imaginez un seul instant les réactions outragées …


Ces mêmes turcs devaient être enchantés en parcourant nos affiches électorales lors du référendum sur la constitution européenne, affiches qui clamaient « non à la Turquie » alors même que le scrutin n’avait rien à voir avec eux. Et je ne parle pas des plombiers polonais … quel mépris, quel xénophobie ambiante généralisée, quelle honte … et ça se dit pays des droits de l’homme et de la tolérance (j’y vois plutôt un tollé rance moi).


Toujours pareil la France, faites ce que je dis mais surtout pas c’que je fais. Cette France qui se place à la tête d’une coalition anti-yankee en stigmatisant la guerre en Irak et qui mitraille des manifestations civiles en Cote d’Ivoire, anéantit son armée aérienne et décide de débarquer un président élu par des accords dits « de Marcoussis ». La classe ! Imagine-t-on une armée africaine venant chez nous régler le problème corse à grand coup de bombardements et d’exécutions sommaires, et qui déciderait de débarquer notre équipe gouvernementale pour la remplacer par une bande de nationalistes maffieux corses par des accords signés de force à Tombouctou ?


Et ce sont les USA qui sont colonialistes bien entendu … Ha ha ha !


L’Afrique, le « pré carré » du Président dit-il lui-même … Imaginez Kadhafi parlant de la France comme de son pré carré.


Franchement il y aurait de quoi hurler de rire si ce n’était pas aussi désespérant pour ceux qui gardent encore un fond de passion pour ce vieux pays.


Dehors, à l’étranger, la France est ridicule, je le sais je me promène souvent hors de nos frontières … C’est un pays en déclin, qui se la joue, tente d’imposer son fameux « modèle social français » alors que chez lui, tout ce qu’il a su produire ce modèle, ce sont des banlieues à feu et à sang et le plus fort taux de chômage du monde industrialisé. Et ça donne des leçons …


Eh beh !


La France pays de culture culinaire, alors que n’importe qui ayant poussé les portes d’une brasserie allemande sait qu’on y mange bien mieux, qu’on y est mieux servi, et pour beaucoup moins cher.


Et Paris ! Ah ! Paris ! Ville lumière, ville musée, vaste parc d’attraction illuminé de mille feux, Disneyland chiraquisé puis Delanoïsé, Paris plage, Nuit Blanche, merveilles de festivités institutionnalisées alors même que la ville se meurt, qu’elle n’a plus de cœur, que tous les vrais créateurs, tous les vrais fêtards la fuient comme la peste pour des villes telles que Lisbonne, Prague, Berlin, Londres ou même Reykjavik.


Arrêtons-nous un peu sur cette fameuse Nuit Blanche, dont tous les bobos parisiens (écolo comme il se doit mais tous adeptes du 4x4 japonais) adulent. Il y a tant de choses merveilleuses à en dire.


L’opération appelée Nuit Blanche c’est un rien embouteillé, du vide engorgé. Avec ses filles d’attente enthousiastes. D’invraisemblables queues pour accéder à des attractions sans attrait dans des lieux désaffectés. Dans la jungle festivisée de la ville, l’inanité, partout, s'est transformée en quantité. Delanoë, Jean Blaise et Christophe Girard, les trois responsables de l’événement, changent le plomb en plomb. Je veux dire qu’ils transforment le virtuel en inexistant. La friche industrielle en terrain vague artisé. Et les embouteillages du samedi soir en super-embouteillage du samedi soir. Ce qui n’est pas un mince exploit de la part de personnes si soucieuses de faire reculer partout les voitures à coups de rollers et de poussettes. Une nuit conçue comme « un parcours initiatique » selon ses organisateurs. Initiatique de quoi ? La question ne se pose pas. Certes, dans des temps reculés, quand on s’initiait c’était à quelque chose, aux mystères d’Eleusis, aux mathématiques, au plaisir sexuel ou à la grammaire. Il n’en est plus de même lorsque les charlatans infatigables de l’événementiel sont au pouvoir et qu’ils n’ont d’autre projet que de vous initier à l’événementiel, qui lui-même n’est rien qu’un démentiel, c'est-à-dire de tester votre obéissance. La nouvelle domination est intransitive. Elle se moque des compléments d’objets d’autrefois. Elle nous initie. Elle n’a pas besoin de dire à quoi. On le saura bien assez tôt. En cette nuit donc, de quête initiatique renforcée par les navettes de la RATP, l’important consiste à tester le degré de soumission des populations à ce qu’on leur disait qu’elles devaient vouloir. Sans que cela ne leur soit jamais venu, bien sur, à l’idée. Mais sans qu’elles puissent non plus, ensuite, dire le contraire. Puisqu’elles y étaient. En somme, pour résumer : nous n’en avions jamais rêvé, Delanoë l’a fait, nous sommes tous venus. Et nous sommes aux anges. Et il est évident que nous n’avons jamais rien souhaité d’autre que de glisser le tête, vers trois heures du matin, aux Galeries Lafayette, dans une bulle translucide pour y baigner dans un environnement sonore et visuel. Ou de traverser des ronds de lumière je ne sais plus où. Et de se prendre pour des poissons rouges dans l’eau colorisée d’un bassin. Ou de déclamer des poèmes grotesques dans une cantine. En réalité toutes ces choses étaient des nécessités vitales, jusque là méchamment refoulées, et que Delanoë libère enfin. Grâce à lui, le malentendu se dissipe aussi entre l’art contemporain et nous. Depuis qu’on nous le sert dans de la bouillie omni-fêtes, nous le digérons bien mieux. Belle éducation culturelle.


Tout cela est Lamentable, triste, et tellement symptomatique de l’état de décrépitude avancée de notre pays qui se prend pour un phare alors qu’il n’est que vieille verroterie avariée que le monde entier moque sans même que nos lumières médiatiques chargées de nous faire l’information ne le voient …


La France, dont le symbole est le coq, parce que, disent les anglais, c’est le seul animal qui chante des conneries en faisant le fier et en ayant les pieds dans la merde.


« Merde in France » chantait Dutronc … ben ouais … je crois qu’on y est pour de bon. Et tout le monde s’en fout, et tout le monde regarde ailleurs.


ledaoen …

Publié dans Idées

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Clara 31/05/2006 10:42

Ah non! pas touche à la nuit blanche (ben oui, j'suis une bobo parigote) sauf que je roule à vélo, jeunesse oblige...

Bon, je sais pas toi, mais dans mon souvenir quand j'étais petite, la fête de la musique, ça ne ressemblais à rien. trois branquignoles de temps en temps posés sur un bout de trottoir, et puis pas plus. mais la fête de la musique a grandie, et maintenant c'est des gens partout et la fête jusqu'au petit matin.
Les nuits blanches pour le moment, ce sont de petits évènements, mais tu les as faites toi les nuits blanches? parce qu'au milieu du tout, il y a de chouettes choses, même si ça manque encore d'envergure.
par exemple :
un DJ qui mixe de l'electro dans une piscine où les ados du quartier (XVIIIème), en tenue réglementaire (poutre app' et bonnet) nagent en rythme, avec des spot qui te donnent une ambiance soirée mousse,
Des hommes en vert et leurs des voiturettes (nos martiens du quotidien) de la propreté de Paris qui font un ballet chorégraphié sur la place Stalingrad, avec en guise de décor la rotonde de Claude-Nicolas Ledoux et le métro aérien,
Le parc des buttes chaumont ouvert toute une partie de la nuit avec une dizaine de petites scènes disséminés dans les endroit improbables du jardin, sur lesquels des trios font de la musique (classique, vartiet...) le tout éclairé de façon simple mais féérique
Trois exemple pris sur les deux nuits blanches précédentes, où je n'ai pas fait la queue, et où j'ai passé des bons moments.
Et encore, j'ai pas fait la visite en audioguide de la goutte d'or...

Bref, je me fous totalment de quoi ça peut avoir l'air vu depuis ailleurs, mais vu de l'intérieur, la nuit blanche c'est une fête qui ne demande qu'à grandir.

Et puis je trouve un peu facile de réduir Delanoë à paris plage et les nuits blanches, même s'il a un peu fait le con avec le concours des halles (ou plutot beaucoup), il est en train de faire des chouettes choses dans paris qui n'avait pas évolué des masses depuis haussmann.

allez, je m'arrête là.
bises
C.

ledaoen ... 02/06/2006 15:59

Mouais frangine, si tu l'dis ... tout ça (fête de la zique et Nuit Blanche ou Paris Plage) n'est qu'institutionnalisation d'évenements obligatoires décidés dans je ne sais quel politburo, ce ne sont que des animations, des attractions foraines qui font de Paris un parc d'attraction géant. Oui j'y suis passé, en 2002 ... terrible souvenir ... cent mètres de badauds devant la piscine Pontoise.Autant sous les galeries du Palais Royal. Une heure de badauds au Museum. Plus de deux mille devant l'hôtel de Ville. Le Louvre pris d'assaut. Les Pompes funèbres du XIXe à l'agonie... Vers une heure du matin, au fin fond du XIIIe, le long d'une ancienne usine d'air comprimé, on se bousculait pour humer un parfum spécial présenté comme "l'interprétation sous forme olfactive" de l'usine en question. Il fallait deux heures d'attente pour accéder à cette extase. Tu imagines ? Je grillais d'envie d d'approcher ce haut parleur, aux anciennes pompes funèbres, qui "réagit à la présence humaine", de voir "des portraits dansés" quai de Valmy, de regarder dans une vitrine du quartier Beaubourg une trentaine de types tout nus avec une hache à la main, de surveiller la progression d'une Pietà réalisé par un sculpteur sous les serres du parc André Citroën ... Tu penses bien ... Ah oui !On nous demandait aussi de déchiffrer des messages en morse rue Oberkampf. J'en brulais depuis des années de déchiffrer des messages en morse rue Oberkampf, Delanoë l'a fait ... cool ... hypra-bien ! Le pire c'est que les mots les plus employés de ces messages étaient "amour" et "fraternité", ce qui tombait bien puisque cette Nuit était justement placée , selon ses organisateurs, "sous le la convivialité et de la fraternité".
J'en rêvais ! Delanoë l'a fait !
C'est vrai, il fait des "chouettes choses" comme tu dis. C'est exactement ça. Le mec cool et hyper-sympa qui fait "des trucs chouettes"
Mouarf !
Paris ville morte ! Embaumée de lumières et d'évenements "festifs" et "sympa".