L'audace d'Obama et la cacophonie de l'Europe

Publié le par ledaoen ...

Où est la réponse de l'Europe au président Obama ? Alors que le président américain fait preuve d'audace dans ses décisions, qu'est-ce que propose l'Europe ? Le dernier exemple en date de la cacophonie de voix contradictoires que fait entendre l'Europe nous vient du président Sarkozy. Dans un entretien télévisé, organisé à la hâte après que des millions de Français mécontents eurent occupé les rues de Paris, des villes et des villages de France pour manifester leur opposition à la politique présidentielle, le chef de l'Etat français a choisi deux cibles : le Royaume-Uni et la République tchèque.

Dans une tirade lancée contre le premier ministre britannique, Gordon Brown, Nicolas Sarkozy a attaqué toutes les mesures choisies par M. Brown pour relancer les économies britannique et européenne.

Les arguments avancés par Sarkozy reposent sur des allégations faussées. Il opère en outre un mélange des temps, entre mesures de court, moyen et long terme. Alors que des économistes de renom, comme Thomas Piketty, ou le groupe de Bruegel, composé d'influents spécialistes, ont salué la réduction des coûts induite par la baisse du taux de la TVA, Nicolas Sarkozy a traité la mesure d'inutile.

Le constat s'impose : à chaque fois qu'un président français est soumis à la pression populaire, sa réponse consiste à invectiver, en forme de réflexe, les Anglo-Saxons. En réalité, Nicolas Sarkozy, qui veut pousser la France dans l'OTAN, choisit de jeter un écran de fumée sur l'économie anglo-saxonne, honnie par tant de représentants de l'élite parisienne. Histoire de lever leur méfiance - y compris celle du Parti socialiste enfermé dans son atlantico-phobie -, et de leur faire avaler l'idée de collaborer au sein de l'organisation militaire régionale.

Mais au moment où Barack Obama appelle à plus, et non à moins, d'unité européenne, l'attaque à l'encontre de M. Brown envoie un message curieux à Washington. M. Sarkozy se trouve néanmoins en bonne compagnie. Les ministres des finances allemand et néerlandais ont, comme lui, critiqué allègrement la réponse de Gordon Brown à la crise. Ils n'ont regardé que l'impact de la mesure fiscale et totalement ignoré la hausse importante du budget consacré aux allocations destinées aux familles les plus défavorisées et aux retraités, comme l'augmentation massive et obamaesque des dépenses d'investissement dans l'infrastructure publique.

Face à l'effondrement abrupt de l'activité économique, toutes les réponses données par les gouvernements en Europe peuvent faire l'objet de critiques quant à leur nature, leur trop grande largesse ou au contraire leur paucité. Aujourd'hui, le taux de chômage en Espagne augmente bien plus rapidement qu'au Royaume-Uni. Des mutineries éclatent dans les Etats baltes pour protester contre l'inaction des gouvernements. Les Grecs voient leur capitale bloquée par des agriculteurs en colère à l'idée de recevoir moins de subventions, considérées comme leur droit divin. Mais il demeure peu utile, pour un chef d'Etat et ses ministres, de se laisser aller publiquement à la critique de leurs homologues européens, alors que les citoyens réclament partout en Europe du leadership et rejettent les controverses stériles. Le président Sarkozy a aussi ouvert le feu sur le gouvernement tchèque. Pourquoi ? Non pas en raison de l'anti-européanisme flagrant du président Vaclav Klaus, mais parce que les Tchèques ont autorisé des compagnies automobiles à s'implanter dans leur pays, alors que M. Sarkozy considère que celles-ci appartiennent à la France. D'où le pitoyable spectacle d'une Europe qui se contredit, contemplé par un président américain qui prépare sa première mission européenne pour assister à Londres à un sommet du G20 d'importance capitale, dans moins de six semaines.

Bruxelles offre encore moins de direction politique claire et de stratégie audible. Pendant que l'Europe ouvre les yeux sur l'avidité et la corruption de ses élites financières, le silence règne à Bruxelles et à Francfort. La Commission et la Banque centrale européenne (BCE) devraient se poser en meneuses, mais on n'entend rien venir.

Pendant ce temps, la vision nationaliste de l'économie rassemble ses forces, et les écrans de télévision britanniques nous montrent des manifestants dont les banderoles revendiquent "des emplois britanniques pour des travailleurs britanniques".

Un slogan protectionniste qui, s'il était appliqué dans chacun des Etats membres de l'Union européenne ou aux Etats-Unis, signifierait la fin de l'économie keynésienne ouverte. Keynes, comme l'explique à juste titre son biographe Robert Skidelsky, appelait de ses voeux une entente sociale démocrate au niveau national et un commerce ouvert au niveau international. La Commission européenne doit en la matière trouver un nouvel équilibre. Sinon, la colère des travailleurs, des syndicats et ce sentiment nationaliste, nés de l'absence d'intérêt manifesté par la Commission à l'égard de l'Europe sociale de Jacques Delors, se transformeront en une politique de fermeture des frontières aux personnes, aux marchandises, aux capitaux et aux idées.

Personne ne parle au nom de l'Europe, alors que celle-ci a plus que jamais besoin de trouver une voix, une vision et une unité pour travailler de concert avec le président Obama. A la place, la discordance créée par le président Sarkozy et les ministres allemand ou néerlandais est amplifiée par des directions politiques à Rome ou à Madrid entièrement repliées sur elles-mêmes.

Londres, quant à lui, traîne toujours son passé d'eurosceptique. Alors que la discussion au sujet de l'euro devrait s'ouvrir librement, maintenant que la livre sterling a perdu de son lustre, les ministres refusent tout débat. Alors que les banquiers pourraient être contraints à limiter leur avidité grotesque, Whitehall refuse de suivre l'exemple donné par Washington, Paris et Berlin en interdisant ou en plafonnant les bonus et indemnités de départ versés aux capitaines des Titanicde la banque. Et le Parti conservateur britannique se prépare à gouverner en annonçant qu'il rompra tout lien avec les partis de centre-droit majoritaires en Europe, ajoutant ainsi l'isolationnisme politique au protectionnisme économique.

De nouvelles voix et de nouvelles valeurs, pour que les citoyens sentent qu'une main tient le gouvernail dirigé par une équipe européenne solide. Mais en attendant, le président Obama, lorsqu'il arrivera, trouvera des dirigeants nationaux occupés à marquer des points et une Commission européenne qui se réfugie loin du pont au fur et à mesure que croît la tempête.

Denis MacShane est député britannique de la circonscription de Rotherham et ancien ministre des affaires européennes.

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Francine Chauvet 11/02/2009 18:25

C'est facile et puéril, niveau maternelle, que de critiquer les autres quand on est soi-même super nul.