Les trois contradictions de Besancenot

Publié le par ledaoen ...




Il y a place en France pour une extrême gauche anticapitaliste qui oscille entre 5 % et 12 % des voix. Si les réformistes font bien leur boulot, s'opposent efficacement et proposent intelligemment, les "communistes révolutionnaires" se situent plutôt dans le bas de la fourchette. Dans le cas contraire, ils peuvent crever leur plafond.

Olivier Besancenot et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) présentent trois contradictions, qui limitent leur champ d'expansion. Le plus célèbre facteur de France incarne à la fois l'extrême modernité dans son look, sa communication ; et le plus extrême archaïsme dans son projet et son programme. Tout le vieux logiciel trotskiste s'y trouve conservé. Le NPA veut "abolir l'économie de marché". Il ne peut pas gouverner avec les socialistes, car ceux-ci se contentent de vouloir le maîtriser et l'humaniser. Leur nouvelle "proclamation de principe" n'affirme-t-elle pas : "Nous sommes pour une économie sociale et écologique de marché, c'est-à-dire une économie de libre-entreprise régulée par la puissance publique et les partenaires sociaux ?" Horreur et damnation !

Mais si le NPA est contre l'économie de marché, pour quel type d'économie est-il ? La réponse figure noir sur blanc dans les écrits d'Olivier Besancenot : une économie fondée sur la collectivisation "sans indemnité, ni rachat" des entreprises, la régulation centrale de l'activité par le Plan, la gestion des établissements par des directeurs élus et révocables par les salariés.

On comprend, dès lors, que le programme du NPA ne s'embarrasse pas de réalisme. Ses principales revendications n'ont pas vocation à être appliquées, mais à exacerber les contradictions du capitalisme et à favoriser la prise de conscience révolutionnaire des salariés. Ce programme propose tout à la fois : l'interdiction "de tous les licenciements", l'augmentation immédiate de tous les salaires de 300 euros net par mois, "la réduction du temps de travail à 32 heures hebdomadaires tout de suite, pour toutes les entreprises, et à 30 heures très rapidement" ;"la réunification de toutes les banques, publiques ou privées, dans un seul et même pôle public", etc.

A ceux qui lui objectent que la constitution d'un tel monopole bancaire risque de mettre les particuliers et les entreprises à la merci du pouvoir, Olivier Besancenot répond qu'il ne s'agira pas d'une banque d'Etat, mais d'un service public géré par ses salariés et ses usagers. Aucun journaliste, malheureusement, n'a la curiosité de lui demander comment fonctionneraient cette auto- et cette cogestion. Ni dans quel état sortirait la société française si on lui appliquait ce remède de cheval.

La principale faiblesse du NPA réside dans l'inconsistance de son programme, qui n'apporte aucune réponse sérieuse pour sortir de la crise et réformer en profondeur nos sociétés. Ces réponses sont de nature sociale-démocrate, non de facture "communiste révolutionnaire". Comme après la crise de 1929, il nous faut un New Deal, écologique et continental, un nouveau modèle de développement et un nouveau type d'économie de marché, non une économie étatisée et administrée. La démocratie directe des conseils de salariés et de citoyens, l'économie étatisée et administrée sont des réponses d'un autre âge. Leur dramatique inefficacité est démontrée.

Seconde contradiction : le NPA se veut le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy, mais il ne veut pas exercer le pouvoir avec les partis de l'ex-gauche plurielle, et pas davantage les soutenir "sans participation" dans la reconquête des responsabilités. Comme le NPA ne peut pas gouverner tout seul, ni même avec le seul renfort de Lutte ouvrière, ce double rejet revient à un refus de gouverner. Le NPA renoue là avec une vieille tradition de l'anarcho-syndicalisme, qui refusait l'exercice du pouvoir politique, au motif que le pouvoir corrompt et que seules les luttes syndicales et associatives sont pures.

Mais, on le sait, la politique a horreur du vide : refuser de gouverner avec la gauche, c'est laisser gouverner la droite. Je doute que la majorité des électeurs du NPA le suivent dans ce sectarisme débouchant sur l'impuissance. Je ne crois pas à la résurgence de l'anarcho-syndicalisme au XXIesiècle. Les électeurs d'extrême gauche voudront sanctionner la politique de la droite au pouvoir. Ils ne suivront pas des consignes de vote si celles-ci contrecarrent cette aspiration.

La troisième contradiction oppose la nécessité d'unifier dans un front commun et derrière un leader unique, la constellation des partis de la gauche de la gauche (NPA, LO, POI, PG, MRC, PCF...) et le sectarisme de ces formations. Chacune admet la nécessité de constituer un pôle unique, face au PS, mais à la condition d'en être le maître d'oeuvre et d'en fournir le leader. Le NPA est sûr de tenir le meilleur candidat, Olivier Besancenot, et bien décidé à l'imposer. Ces organisations ont plus de talent pour la scissiparité que pour le rassemblement. Malgré l'urgence politique née de la crise, elles se présenteront en ordre dispersé aux prochaines échéances.

L'effervescence à l'extrême gauche de l'échiquier politique, en ces temps troublés, n'est pas une surprise. Elle n'est pas non plus une mauvaise nouvelle : je préfère que les jeunes et les salariés révoltés par les injustices, la déraison, la barbarie du capitalisme néolibéral, mais qui n'adhèrent pas aux solutions avancées par les socialistes, se portent plutôt sur l'extrême gauche que sur l'extrême droite. A nous de les convaincre de la pertinence de nos propositions, à la faveur d'une énergique, mais fraternelle, confrontation.

Par Henri Weber, député européen socialiste, auteur de "Lettre recommandée au facteur" (Seuil, 2004). 

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Clovis Simard 31/07/2012 22:34

Blog(fermaton.over-blog.com),No-19. - THÉORÈME ECKHART. -Les limites de la Modernité.

Clovis Simard 31/07/2012 22:33

Blog(fermaton.over-blog.com),No-19. - THÉORÈME ECKHART. -Les limites de la Modernité.

dr m 06/02/2009 19:24

hé bé ... tu l'aimes pas trop , le facteur , hein ...
l'opposion ..; c'est tout de même important .. non ? dire non à tout ... ça peut être Democratique et amener à la reflexion ...non ?
Mais bon ... c'est vrai qu'il a perdu pas mal de crédibilité avec son affaire d'appart ( je retiens pas ce genre de truc ! )