Pour sortir renforcés de la crise, par Angela Merkel

Publié le par ledaoen ...



L'Etat fédéral a pris cette semaine la décision d'un ensemble de mesures de relance sans précédent dans l'histoire de la République fédérale allemande : le pacte pour l'emploi et la stabilité. Ce pacte - incluant les mesures déjà arrêtées les derniers mois - s'élève à un montant de plus de 80 milliards d'euros pour les deux années à venir, soit plus de 3 % du PIB allemand annuel.

Dans une action concertée, le Bund, les Länder et les communes engageront des investissements supplémentaires considérables pour l'éducation et la formation, la technologie et les infrastructures. Un plan d'allégement de 18 milliards d'euros environ permettra la réduction des impôts et des cotisations pour les citoyens et les entreprises. Une offensive en faveur de la qualification devra permettre d'utiliser les temps de travail réduit et de chômage à la formation professionnelle pour accroître les chances sur le marché de l'emploi.

Ces interventions directes de l'Etat seront confortées par le Fonds de stabilisation pour l'économie d'un montant de 500 milliards d'euros, et d'un programme de crédits et de garanties pour l'obtention de crédits aux entreprises de 100 milliards d'euros. Ceci permettra d'assurer la capacité d'investissement et d'innovation de l'économie face aux reculs qui restent à surmonter sur les marchés financiers. Il est déterminant dans cette crise d'allier notre plan de redressement à un effort de modernisation qui renforcera les réserves du pays et les capacités futures de l'Europe.

Cette action de l'Allemagne est du même coup une importante contribution dans le cadre du programme conjoncturel européen défini par le Conseil européen en décembre 2008. Car nous le savons tous : cette crise économique ne touche pas seulement certains secteurs d'activités, certaines régions ou certains pays. C'est la première crise économique mondiale à l'ère de la globalisation. Elle nous concerne tous.

L'Europe est une communauté très étroitement liée sur les plans économique et politique. Tous, citoyens et citoyennes de l'Europe, à Stockholm, Porto, Bruxelles, Berlin ou Varsovie, nous partageons les conséquences de l'effondrement de la croissance, et les conséquences de nos réactions. C'est pourquoi maîtriser la crise ne peut être qu'une mission commune. Cela signifie que dans tout ce que nous entreprenons chacun à un niveau national, nous voulons aussi voir l'Europe dans son ensemble sortir renforcée de cette phase difficile.

Par la modernisation des écoles et des établissements d'enseignement supérieur dans le cadre de l'offensive pour la formation et la qualification, et par l'élargissement des subventions à la recherche, nous contribuons à l'accomplissement de la stratégie de Lisbonne. Parce que l'Allemagne est située au centre du continent, nos infrastructures constituent un élément important dans la construction de tous les réseaux européens. Des investissements supplémentaires dans les voies de communication et le développement des réseaux de données comme le haut débit permettront de renforcer l'ensemble des potentiels de croissance européens.

Les encouragements supplémentaires dans notre programme pour la protection du climat et le développement des énergies, les mesures comme la rénovation énergétique des bâtiments ou la recherche pour l'innovation dans les technologies automobiles n'ont pas seulement une portée nationale. Toutes ces mesures doivent permettre à tous les Européens réunis d'atteindre les objectifs de protection du climat que nous nous sommes fixés, et de renforcer notre influence dans les négociations internationales.

La prime à l'environnement déjà annoncée, qui sera versée lors de la mise à la casse d'un ancien véhicule et l'achat d'une nouvelle voiture peu polluante, vaut bien sûr pour toutes les marques automobiles, qu'elles soient ou non de fabrication allemande.

Le gouvernement fédéral a délibérément choisi de ne pas adopter des mesures unidimensionnelles qui miseraient seulement sur des dépenses publiques, ou une réduction des impôts par exemple. Au contraire, à l'ère de la globalisation et de l'ouverture des marchés, il est plus que jamais nécessaire de combiner renforcement, encouragement et allégement de façon intelligente, équilibrée et concertée. C'est la seule façon de susciter une relance rapide et durable en Europe.

Le pacte pour la croissance et l'emploi est un tour de force des budgets publics. Si cette voie est possible, c'est parce que nous avons pris soin, ces dernières années, de mener une politique de stabilisation. Nous nous sommes ainsi assurés une marge financière qui nous donne aujourd'hui les moyens d'une réponse forte. Avec la mise en place de l'euro et du pacte de stabilité et de croissance, l'Europe n'a pas seulement écrit avec succès un chapitre de l'histoire économique. Dans une période de dégradation globale profonde comme celle que nous traversons, la monnaie européenne commune constitue un pôle de stabilité et de sécurité inestimable. Si nous n'avions pas l'euro, la première leçon à tirer de cette crise serait de le créer le plus rapidement possible.

C'est la raison pour laquelle l'Allemagne continue expressément de faire siennes les règles du pacte européen de stabilité et de croissance. Pour répondre ici à notre responsabilité nationale, le gouvernement fédéral a pris la décision, en plus d'un plan de remboursement des dettes, d'ancrer dans la Constitution allemande la réduction à long terme du nouvel endettement.

Dans la crise financière déjà, nous avons suivi une voie commune en Europe. Les Etats membres, la Banque centrale européenne et la Commission européenne ont réalisé ensemble un bon travail. Nous avons décidé d'un cadre commun à l'intérieur duquel les plans nationaux de relance pouvaient s'adapter aux exigences spécifiques de chaque pays. Cette voie est la bonne pour répondre aux particularités nationales tout en avançant ensemble dans le même sens. C'est sur cette base que nous avons présenté en détail notre action à nos partenaires européens ces derniers jours.

Le gouvernement fédéral reconnaît aussi expressément dans la crise les chances du libre marché mondial et de la globalisation. Il s'agit aujourd'hui de donner forme à la globalisation. Nous, les Européens, sommes à même de proposer des valeurs et des principes fondamentaux qui peuvent contribuer de manière importante au nouvel équilibre de l'architecture économique et financière internationale. En Allemagne, nous avons fait de bonnes expériences avec l'économie sociale de marché, et nous pouvons les faire valoir dans la discussion internationale.

Le gouvernement fédéral continuera de jouer un rôle actif dans la formation du nouveau cadre de l'ordre international. Il interviendra de toutes ses forces pour plus de transparence sur les marchés financiers, pour un commerce libre et équitable, pour l'observation des standards de minimums sociaux, et pour une protection de l'environnement effective. Pour ma part, je continuerai de mobiliser tous les partenaires européens pour que nous parvenions ensemble à atteindre ces objectifs et qu'ensemble nous sortions renforcés de cette crise.

Traduit de l'allemand par Monique Rival

Angela Merckel, chancelière de la République fédérale d'Allemagne

 

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