Ce que le chef du Hamas veut obtenir d'Israël par la force, par Marek Halter

Publié le par ledaoen ...


L'essayiste et écrivain juif, qui vient de signer un nouveau roman, La Reine de Saba (Robert Laffont), a rencontré, en Syrie, le chef du Hamas quelques heures avant l'offensive israélienne à Gaza. Khaled Mechaal évoque les conditions d'une éventuelle libération du prisonnier franco-israélien Gilad Shalit, détenu par le Hamas depuis juin 2006. Il affirme, par ailleurs, que son mouvement est prêt à un accord avec Israël, mais sur la base des frontières de 1967. Accord qui ne peut être obtenu, selon lui, que par la force.


«Le soldat franco-israélien Gilad Schalit, le jeune otage franco-israélien, enlevé il y a plus de deux ans par le Hamas, se porte bien. Il est et sera bien traité. Le Hamas, et non l'Autorité palestinienne, représente le peuple. Ce que Mahmoud Abbas (président de l'Autorité palestinienne, NDLR) n'a pu obtenir par la négociation, le Hamas l'obtiendra, lui, par la force. Sa revendication a changé : le Hamas est prêt à un accord avec Israël sur la base des frontières du 4 juin 1967.»

Voilà ce que m'a dit, en substance, Khaled Mechaal, le chef du mouvement islamiste palestinien. Nous étions le 26 décembre 2008, à minuit, la veille des bombardements israéliens de Gaza en réplique aux tirs de roquettes sur les localités du sud d'Israël.

Nous avons rencontré Khaled Mechaal dans une banlieue de Damas. Des amis syriens avaient préparé la rencontre de longue date. Le Hamas figure en bonne place sur la liste des organisations terroristes établies par le département d'État américain et l'Union européenne.

Le Midrach dit que si Abel avait parlé à Caïn, celui-ci ne l'aurait peut-être pas tué. J'ai toujours pensé qu'il fallait parler à son ennemi. La parole est la seule arme qui puisse éviter ou arrêter les guerres. S'il s'agit de sauver une vie humaine, la Bible va plus loin, elle nous permet même de déroger au respect du shabbat.

Avec Khaled Mechaal, nous abordons d'emblée la situation de Gilad Shalit. Le chef du Hamas nous assure que le jeune franco-israélien est en bonne santé. Il comprend l'angoisse de ses parents et tient, par notre intermédiaire, à les rassurer.

Il se justifie : le Hamas, dit-il, aurait pu prendre des otages civils. Il a tenu pourtant à prendre un militaire : le Hamas et Israël ne sont-ils pas en guerre ? Malheureusement cela est tombé par hasard sur Gilad Shalit, un Franco-Israélien.

Khaled Mechaal respecte le «raïs Sarkozy», ainsi qu'il appelle le président français, et comprend l'intérêt que celui-ci porte à cette affaire. Mais Israël garde plus de douze mille Palestiniens dans ses prisons et les Palestiniens n'en ont qu'un seul. Aussi le Hamas est-il prêt à opérer un échange. En attendant, il nous encourage à lui apporter une lettre des parents de Gilad Schalit et promet de la faire parvenir rapidement à leur fils.

La pièce où nous nous trouvons, Clara Halter et moi, ressemble comme deux olives à celle où Yasser Arafat recevait à l'époque de la gloire de l'OLP.

Elle est vaste, plus longue que large, bordée de chaises couvertes de velours vert, les fenêtres cachées par de lourds rideaux de la même couleur, couleur de l'islam. Au bout de la pièce, sous une immense photo de la grande mosquée de Jérusalem, al-Quts, une table basse sépare deux fauteuils. Sur la table, une sonnette avec laquelle l'hôte appelle son aide de camp pour lui demander le thé à la menthe ou le café turc.

Contrairement à Yasser Arafat, auquel Khaled Mechaal reproche d'avoir accepté la paix par étapes, le chef du Hamas n'est pas un acteur et n'essaie pas de séduire. Plus austère qu'Arafat, plus stratège que diplomate, il n'hésite pas à manifester son inimitié à l'égard du président égyptien Moubarak, «à la botte des États-Unis», et à l'égard du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui n'a pas compris, selon lui, que seule la force pouvait obliger Israël à accepter un État palestinien dans les frontières du 4 juin 1967.

Parler des frontières de 1967, pour un homme qui, il y a quelques mois à peine, prônait la destruction pure et simple de l'État juif, c'est une avancée. Comment en est-il arrivé là, tant d'années après el-Fath ? Je pense que l'évolution de Bachar el-Assad, son protecteur, a joué un rôle important dans ce revirement : le président syrien se dit aujourd'hui favorable à des négociations directes avec Israël.

Quelle différence, alors, avec son rival Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, qui négocie déjà avec Israël sur la même base ? La stratégie. Khaled Mechaal sait que, la crise aidant, le monde arabe va tendre de plus en plus vers une paix globale avec Israël sous l'égide de l'Occident. Celui-ci encourage déjà l'Autorité palestinienne à accepter un compromis. Mais, avec la crise, les masses arabes vont s'appauvrir encore plus, protester et se saisir de la première cause juste pour en faire une bannière. Pour lui, c'est la cause palestinienne la meilleure. Aussi, un affrontement avec Israël, à Gaza, ne l'effraie pas. Au contraire. De surplus, il pense avoir la légitimité de son côté. Les dernières élections n'ont-elles pas donné à son parti la majorité au Parlement palestinien ? Cette victoire lui avait été confisquée : c'est pour cette raison qu'il a pris le pouvoir à Gaza.

Et puis il y a Dieu. Khaled Mechaal veut connaître mon opinion sur les religions. Je suis laïque et juif : cela ne le gêne pas. En revanche, je crois qu'à l'avenir les religions seront amenées à jouer un rôle de plus en plus important dans le monde : voilà qui le ravit. Doivent-elles pour autant justifier des guerres ? Il tranche : les guerres justes.

Savait-il au moment où nous nous séparions, vers deux heures du matin, que, le lendemain, cette guerre qu'il n'avait pas l'air de redouter éclaterait ?


Marek Halter est écrivain

Publié dans Histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article