La crise vue par : Bertrand Delanoë

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Pour un contrat social européen, par Bertrand Delanoë

Déjà, face à la crise, de nombreux pays ont su remettre profondément en cause leur doctrine économique : c’est notamment le cas de la Grande-Bretagne quand elle procède à des nationalisations partielles, là où l’Etat français renonce à entrer au conseil d’administration des banques qu’il soutient, se privant ainsi de peser sur l’affectation précise de plus de dix milliards d’euros.

L’heure exige pourtant réactivité et capacité de contrôle de la puissance publique, comme le confirment les sombres prévisions de croissance du FMI pour l’année prochaine (+ 0,2 % seulement en France, comme pour la zone euro). Or, le budget 2009 de l’Etat traduit jusqu’à la caricature une impasse économique et sociale qui a déjà considérablement affaibli notre pays, avant même que ne se manifestent les premiers signaux de la crise financière mondiale. Inadapté aux enjeux, il sacrifie des secteurs aussi décisifs que l’emploi ou le logement, capitule en matière d’éducation, étrangle les collectivités territoriales et repousse au 1er avril la revalorisation des prestations famille et vieillesse, d’habitude effective le 1er janvier. Plutôt que de petits rafistolages, c’est à une véritable recomposition de ce budget qu’il faut procéder. Le pouvoir a tort de s’y refuser. D’évidence, il faut mettre un terme à l’absurdité du paquet fiscal et à l’injustice du bouclier fiscal, taxer les stock-options et remettre à plat le dispositif des niches fiscales. Il faut aussi refuser le creusement aveugle des déficits publics, spécialité de ce gouvernement, qui discrédite la parole de la France auprès de nos partenaires européens et pèsera sur des générations de contribuables.

Les vraies priorités : privilégier l’investissement stratégique dans l’innovation et la recherche, soutenir le logement social, défendre le pouvoir d’achat et promouvoir le dialogue social, à l’aube d’une période forcément tendue. Nous proposons, par exemple, que toute exonération de charge sociale soit désormais conditionnée par l’aboutissement de négociations sur les salaires et l’emploi.

Autre confirmation de la crise : la France a besoin d’Europe. Et aujourd’hui, opportunité inédite, des gouvernements historiquement rétifs à toute perspective de régulation concertée s’en font les avocats. Mais il nous faut aller plus loin. Dans cette perspective, il serait pertinent de financer un plan de relance par un emprunt européen de 100 milliards d’euros orienté vers des infrastructures non importables de Chine ou d’Inde et dédiées en particulier à la croissance écologique.

Il faudra aussi donner un débouché politique à cette crise lors du scrutin européen du printemps prochain. Chaque électeur pourra exprimer sa volonté de voir enfin l’Europe dotée de cette gouvernance économique dont la gauche française a toujours fait un objectif central. Et parce que le renoncement à moraliser le système financier signerait la victoire du capitalisme le plus cynique, l’Europe devra modifier ses règles prudentielles, désigner un régulateur européen et agir au plan international pour un contrôle public des agences de notation, la réglementation des fonds spéculatifs et la suppression des paradis fiscaux. Jamais, en fait, les thèses sociales-démocrates n’ont été à ce point validées par les faits. Depuis l’origine, la social-démocratie pose la régulation du marché et l’intervention de l’Etat comme des postulats majeurs. En les méprisant, le capitalisme mondialisé a failli. Qu’il me soit permis de rappeler ici les propos de Joseph Stiglitz (1) : «La situation actuelle me rappelle celle d’il y a soixante-dix ans. Quand le monde a sombré dans la grande crise, les partisans du libre marché ont dit : ne vous inquiétez pas, les marchés s’autorégulent. Laissons-leur le temps et la prospérité reviendra.» Plutôt que de prôner le retour au protectionnisme ou la trahison de nos engagements européens, la gauche doit donc au contraire se fixer pour objectif de doter l’Europe d’un nouveau contrat social, alliant mode de développement durable et nouvelles garanties pour les travailleurs, et intégrant un système financier transparent et coordonné, remis au service de l’économie réelle.

Sans filet de sécurité, sans repères, sans exigence éthique, sans compromis social, bref, sans une puissance publique prévoyante et efficace, la période qui s’ouvre sera socialement terrible pour les plus fragiles comme pour les classes moyennes. Entre le repli frileux qui réveille toujours les nationalismes et l’hégémonie d’un marché aveugle, il y a place pour un modèle social-démocrate à l’échelle européenne, que la gauche a le devoir d’affirmer, sans ambiguïté.

(1) la Grande Désillusion, Joseph Eugene Stiglitz, éd. Fayard, 2002.

Bertrand Delanoë, Maire de Paris, pour Libération
Article dans son édition originale

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David C. 31/10/2008 20:21

Vous êtes vraiment pas très sérieux je suis même sur que vous vous êtes jamais donné la peine de lire un seul écrit de Cheminade ou Larouche www.solidariteetprogres.org . Tant pis pour vous!

Nouriel Roubini même s'il est vrai que depuis 2006 il a une analyse assez juste de la crise, il reste quand même un ouvrier de la 11ème Heure à coté de Cheminade et Larouche. A voir la campagne présidentielle de 1995 de Cheminade. http://www.solidariteetprogres.org/article4696.html Saviez vous que depuis 1997 Larouche et son mouvement demande une réorganisation du systéme monétaire et financier.

C'est il fait faire attention les élites de notre temps risque de se faire ensecter par le grand gourou Cheminade. Je vous comprends quel drame de se battre pour un nouveau bretton woods en période de crise.

En ce qui concerne les calomnie de prévensecte que vous voulez que je vous dise. Beaumarchais disait: Calomniez, calomniez calomniez il en resteras bien quelque chose!!! A vous lire il disait vrai.

En ce qui concerne l'honnêteté des politiciens tout parti confondu elle n'est même plus à défendre.

Je terminerais d'ailleurs par l'éloge de la Calomnie du même Beaumarchais : Bazile . La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens prêts d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville, en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse ! ... D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, on ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil ; elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

David C.
david.cabas.over-blog.fr

ledaoen ... 03/11/2008 08:27


Ce qui n'est pas très sérieux bonhomme, c'est de parler de calmonies lorsque je vous parle de décisions de justice. Si vous ne souhaitez pas voir votre gourou pour ce qu'il est, à savoir un escroc,
libre à vous ... Mais gardez vos idôlatries pour vous même.
Merci. 


David C. 29/10/2008 22:01

Youpi, les cours remontent
No comment !!!

Cette volatilité boursière est l’expression de la peur et la panique qui s’est emparer opérateurs !

Sur le front du Nouveau Bretton woods, les Nouvelles ne sont pas très bonne !!! Les propositions composé en trois points faites par Brown et Sarkozy pour le sommet du 15 novembre ne sont pas bonne du temps. On sent une large inspiration de l’empire financier de la city.

Après le forum Europe Asie et les bons échanges autours d’une nouvelle architecture financier viable et juste. Est-ce que Sarkozy aurait capitulé devant l’empire ?

La bataille n’est pas entre le riche et les pauvres, entre les bon pays et les mauvais ou autres faux débats. La question fondamentale est la bataille contre l’empire de la finance basé à la City de Londres pour sauver les nations et leurs intérêts, leurs populations.

La situation politique est instable, rien n’est décidé !!! Nous pouvons noter énormément de contradiction dans les paroles de nos leaders, il ne faut se laisser emporter par l’impuissance du cynisme !

La question que nous devons nous poser et que nous devons débattre :

Sommes nous en Mars 1933 en Europe avec la monté du fascisme ou en Mars 1933 avec le New Deal de Roosevelt ?

La France doit intervenir dans ce débat qui semble essentiel pour comprendre l’importance de la conférence du 15 novembre 2008 à Washington.

Nous sommes dans le brouillard

Pour vous permettre d’avancer !!! Je vous propose la lecture sur Capital.fr de l’interview de Jacques Cheminade (son analyse et sa solution) à lire sur : http://www.capital.fr/actualite/Default.asp?interview=O&numero=71347&Cat=ACT

Dans cette période révolutionnaire, il faudra que le citoyen profite de cette instabilité pour développer son jugement et aiguiser ses convictions politique et économique pour entrer dans la bataille. Contre la folie de la tyrannie financière, Citoyens lève toi et demande un Vrai Nouveau Bretton Woods.

Tout savoir sur le Vrai Nouveau Bretton Woods : www.nouveau-bretton-woods.com

David C.
David.cabas.over-blog.fr

ledaoen ... 31/10/2008 10:32



Bonjour et merci pour votre commentaire.

Vous me permettrez toutefois de ne pas trop goûter les tentatives de récupérations du mouvement larouchiste concernant cette crise financière.

Cheminade n'est pas ce que je pourrais appeler un interlocuteur fiable concernant ces questions. Ce n'est pas parce qu'il a anticipé la crise financière (d'autres, plus sérieux,
l’ont fait avant lui, voire les analyses de l’économiste Nouriel Roubini) que cela donne des lettres de noblesses à tout ce qu’il avance par ailleurs.

Je rappelle que Monsieur Cheminade est le porte parole avec son mouvement « Solidarité et Progrès » du mouvement semi-sectaire de Lyndon Larouche, conspirationniste parmi les
conspirationnistes, ancien trotskyste américain favorable à la lutte armée.

Sur les dérives sectaires du mouvement larouchiste :

http://www.prevensectes.com/solidarite3.htm
Sur la biographie et les escroqueries de Cheminade :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Cheminade
Dans les périodes de crise, lorsque la peur prend le dessus sur la raison, les prophètes de mauvais augure et les gourous en tout genre ont malheureusement bonne presse. La raison vacille
et la peur nous pousse à chercher du réconfort auprès de ceux qui crient fort et proposent des solutions radicales. On a déjà connu cela à plusieurs reprises dans l’histoire récente.

Certes une refonte globale du système financier mondial est nécessaire, mais certainement pas avec la boite à outil d’une vieille bande de barbons issus du trotskysme et convertis à la pensée
d’extrême-droite conspirationniste et antisémite américaine organisés en mouvement sectaire.

Amicalement.