La crise vue par : Daniel Cohn-Bendit

Publié le par ledaoen ...

Daniel Cohn-Bendit : "Il faut redonner à l'écologie politique la dimension qu'elle mérite"

Daniel Cohn-Bendit, les rencontres internationales se multiplient. Peut-on sortir par le haut de cette crise financière ?

On peut en sortir à une condition : que M. Bush, M. Sarkozy et tous les autres se mettent autour d'une table et disent : "On s'est trompé pendant des années ; le capitalisme, tel que nous l'avons organisé, nous conduit tout droit à la catastrophe." Pour l'instant, ce n'est pas le cas. J'ai lu le discours de M. Sarkozy à Toulon. On aurait dit les premières pages du manifeste d'Attac sauf que ses propos auraient été beaucoup plus crédibles s'il avait reconnu : "Je me suis trompé avec mes copains du CAC 40 quand j'ai fêté mon élection." Aujourd'hui, il affirme avec le même aplomb le contraire de ce qu'il disait il y a encore quelques mois. Il n'est pas crédible.

 


Que faudrait-il faire ?

Nous sommes au carrefour de plusieurs crises : financière, économique, écologique. Nous devons relancer l'activité en nous appuyant sur des critères écologiques et sociaux et en agissant au niveau européen. La Communauté du charbon et de l'acier avait cimenté l'Europe à la fin de la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, il faut bâtir une Communauté européenne de l'énergie renouvelable et des économies d'énergies. Cela suppose d'investir plusieurs centaines de milliards d'euros dans la rénovation de l'habitat et de faire une révolution dans les transports. Si nous n'agissons pas aujourd'hui, l'industrie automobile subira, je le crains, dans dix ou quinze ans le même sort que la sidérurgie.

Si vous aviez été député en France, vous seriez-vous abstenu, comme les socialistes, sur le plan de sauvetage des banques ?

Non, j'aurais probablement voté pour.

Comme François Bayrou ?

Oui, car lorsque l'on s'abstient, on ne compte pas. J'aurais dit à Nicolas Sarkozy : d'accord, je vote le plan mais à condition d'avoir mon mot à dire sur le contenu de la relance. J'aurais défendu le "Green New Deal" et j'aurais exigé des engagements pour qu'on ne commette plus les erreurs du passé. C'est ça, le vrai débat.

Vous trouvez les socialistes français nuls ?

Pas nuls mais en deçà de ce qu'ils pourraient faire. Notamment sur l'écologie. Ou sur leur présence au Parlement européen. Sur 30 députés élus, 23 ne s'intéressent pas à l'Europe. C'est pour cela que nous lançons le "rassemblement Europe écologie". Les élections européennes de juin 2009 nous donnent la possibilité d'obliger les autres forces politiques à nous répondre.

Comment allez-vous mettre d'accord des personnalités aussi diverses que José Bové, Eva Joly, Antoine Waechter, les amis de Nicolas Hulot, les Verts ?

La magie de cette initiative, c'est le rassemblement. Qu'on arrête de se couper les cheveux en quatre, de dire : "Moi je suis pour lutter contre la dégradation climatique mais à la troisième virgule de la deuxième phrase, je mettrais un autre mot". On n'est pas là-dedans.

Vous dites cela pour les Verts ?

Je dis cela pour tout le monde.

Avec cette liste, n'êtes-vous pas en train de tuer les Verts ?

Non, ils ont une histoire importante, des personnalités qui comptent comme Dominique Voynet ou Noël Mamère. Ils aspirent à devenir une formation politique importante dans le paysage politique français. Cette liste nous donne une chance de redonner à l'écologie politique la dimension qu'elle mérite

Quel score visez-vous ?

Aux élections européennes de 1999, la liste que nous conduisions avait réalisé un score de 9,30 %. Cette fois je vise 10 % + x.

Vous êtes fan de foot, comment réagissez-vous aux sifflets contre La Marseillaise ?

Je comprends que les gens soient choquées mais Platini a raison : interdire un match, c'est n'importe quoi. Vous faites évacuer 70 000 personnes par la police et vous avez des bagarres dans les rues pendant six heures. Qu'on arrête de proposer des mesures qui n'entreront jamais en application ! Certains proposent qu'on arrête de jouer l'hymne national pour les matchs amicaux. C'est une bonne idée. Pourquoi ne pas envisager aussi des matchs internationaux sans hymne national ? Pourquoi ne pas faire une belle musique pour tout le monde ?

Les Verts français dénoncent la politique d'immigration menée par Brice Hortefeux.

Cette politique qui consiste à faire du chiffre, à dire : "Il faut expulser tant de sans-papiers chaque mois" est indigne de La Marseillaise, de ce pays qui a défendu avec honneur les droits de l'homme.

Quel est votre pronostic pour l'élection américaine ?

Je crois qu'Obama va être élu. Ce qui se passe dans ce pays est extraordinaire. Il faut se remémorer ce qu'était l'Amérique dans les années 1960, le racisme, l'apartheid. Si aujourd'hui, elle donne une majorité à un métis, si elle place une famille noire à la Maison Blanche, je dirai "chapeau ! extraordinaire !". J'aimerais bien savoir quand la France sera capable d'installer une femme maghrébine à l'Elysée.

Comment réagissez-vous aux ennuis de Dominique Strauss Kahn au FMI ?

Cela ne m'intéresse pas. Tout le monde sait que les Français aiment les femmes. Qu'est-ce que cela peut faire ?

Propos recueillis par Jean-François Achilli, Michel Dumoret et Françoise Fressoz pour Le Monde

Article dans son édition originale

 

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