RDC-Congo: les Nations unies sont débordées par la reprise des combats

Publié le par ledaoen ...

Alors que nous avons tous les yeux rivés sur les courbes affolantes du CAC 40, inquiets pour notre confort quotidien et nos petites économies. Des combats font rages à nouveau au Congo, mais cela n'interesse personne. Pourtant des centaines de morts y ont été dénombrés ces derniers jours.
Les conflits qui déchirent cette région frontalière du Rwanda sont complexes, et nos pays occidentaux n'ont pas les mains blanches, mais tout le monde s'en fout.

C'est pourquoi je vous transmets cet article, écrit par Blandine Flipo, de Mediapart, et qui explicite ce conflit aux multiples facettes, et tente de crier dans le désert médiatique, l'espace étant tout obnubilé par la crise financière, ce méga problème de riches.

Je dédie cet article à mon ami Urbain, dont la famille a été durement touchée par les évenements passés dans cette région du globe.

Bonne lecture.

ledaoen ...



RDC-Congo: les Nations unies sont débordées par la reprise des combats

 

Il est des informations que le monde ne veut pas entendre, parce que trop lointaines, trop compliquées et, surtout, sans espoir. Ainsi en est-il des dernières nouvelles en provenance de la République démocratique du Congo. Mercredi, le pays a saisi le conseil de sécurité des Nations unies pour une réunion urgente sur la situation à l'est de son territoire.

 

La veille, les habitants de cette partie du pays ont été réveillés par des tirs à l'arme lourde. Dans les collines, l'armée nationale congolaise a pilonné toute la journée les forces d'un de ses généraux dissidents, Laurent Nkunda. Mais ce qui inquiète les autorités congolaises, c'est que ces échanges de tirs ne sont guère les premiers.

Depuis fin août, la violence a repris ses droits dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, ces deux régions de l'ex-Zaïre qui portent le nom du lac aux couleurs métalliques qui les sépare du Rwanda voisin. Nkunda, un temps donné pour mort, a repris le sentier de la guerre. On parle de 100.000 réfugiés en fuite et de centaines de morts.

 

MSF-Belgique a appelé à l'aide, ainsi que la mission des Nations unies au Congo (Monuc). Cette dernière, avec plus de 17.000 hommes déployés sur tout le territoire, est la plus importante mission onusienne du monde. Et pourtant, le représentant des Nations unies au Congo, Alan Doss, a demandé des renforts. «Nous entrons dans une phase potentiellement très dangereuse, les tensions montent et nous ne voulons pas voir le Congo plonger de nouveau dans la guerre », a déclaré M. Doss devant le conseil de sécurité de l'ONU, le 3 octobre.

Les événements de ces derniers jours semblent lui avoir donné raison. Les points chauds se multiplient à l'est, entre les milices congolaises et les autorités, aidées par les forces de la Monuc. En Ituri, région située au nord-est, une nouvelle milice a vu le jour, et s'est accrochée avec l'armée congolaise.

 

 

Les habitants ont commencé à fuir devant un autre mouvement, venu de l'Ouganda : la sanguinaire LRA (Armée de résistance du Seigneur). Selon les ONG, ils seraient quelque 5.000 Congolais à s'être réfugiés au Sud-Soudan. Chargée du maintien de la paix, la Monuc se sent dépassée. « Nous ne pouvons pas être partout à la fois », déplore Alan Doss.

Et dire qu'un an avant, la question se posait du retrait de la force onusienne de RDC... Les premières élections démocratiques, organisées en 2006, avaient redonné espoir à toute une nation. Le jeune président de transition, Joseph Kabila, avait remporté le scrutin en promettant de rétablir la paix dans l'est, et de reconstruire le pays.

 

En janvier, les différentes milices encore en activité à l'est avaient signé un protocole baptisé "Amani", qui veut dire paix en swahili. Mais le général dissident Laurent Nkunda a repris les armes. Et il menace désormais, verbalement du moins, de mettre le feu au reste du pays. Il appelle les Congolais à se soulever contre le pouvoir de Kinshasa et à renverser Joseph Kabila.

 

L'ombre portée du génocide rwandais

 

Que s'est-il donc passé pour que cette belle région, jadis célèbre pour son lac et ses gorilles, bascule à nouveau dans une phase de violences qui durent de fait depuis près de quinze ans ? Il faut se souvenir de l'histoire récente de cette partie de l'Afrique, une des plus instables du monde.

 

Le 7 avril 1994, le Rwanda bascule dans l'horreur. Le pouvoir, majoritairement hutu, entame un génocide contre les tutsis et les opposants hutus. Le Front de libération du Rwanda, emmené par le général tutsi Paul Kagame, organise la riposte et prend Kigali. Les génocidaires hutus s'enfuient dans les collines congolaises voisines. Le général Kagame décide de les poursuivre en RDC.

 

 

Les Rwandais prennent pied sur le sol congolais, en compagnie de Laurent-Désiré Kabila, opposant au général Mobutu, dictateur qui règne sur le Zaïre. Il profite de l'aide rwandaise pour conquérir le pouvoir à Kinshasa. Las, une fois le pouvoir aux mains du père de l'actuel président de la RDCongo, les Rwandais ne veulent pas partir. La RDC entre alors en guerre avec le Rwanda, tandis que le pays se déchire entre les différentes rébellions soutenues par des voisins, Ouganda en tête, avides de profiter des fabuleuses richesses minières du pays.

En 2002, les différentes factions signent un accord de paix. Ce qu'on a appelé la "première guerre mondiale africaine" a fait plus de quatre millions de morts. Théoriquement, la RDC n'est plus en guerre contre ses voisins, et le pays entame un long processus de désarmement, avec l'aide de la Monuc. La tâche est ardue, l'armée manque de moyens. Dans les montagnes des Kivus, les troupes de Kagame n'ont pas attrapé tous les génocidaires cachés dans la brousse.

 

 

Quatorze ans après les événements rwandais, ceux-ci sont toujours là. Les FDLR (Force démocratiques de libération du Rwanda) continuent de semer la terreur sur le sol congolais. La nouvelle armée congolaise essaie sans grand succès de les combattre. Elle-même se rend coupable de nombreuses exactions, souvent attribuées aux FDLR. Ceux-ci, conscients qu'ils ne pourront jamais rentrer au Rwanda, ont commencé à vouloir se mêler à la population, et veulent se faire oublier.

Mais il y a des Congolais qui ne veulent pas oublier. Plus particulièrement la minorité tutsie vivant au Congo depuis des décennies. Au moment de ce qu'on a appelé, côté congolais,"l'invasion rwandaise", ceux-ci ont pris peur. Ils ont senti que leurs efforts, pour être considérés comme des Congolais comme les autres, seraient anéantis. Et l'idée d'être traités de "Rwandais" au même titre que les FDLR, leurs ennemis jurés, les hante.

 

Intégrés au même titre que les autres à la nouvelle armée brassée de la RDCongo, ils ne s'estiment pas assez protégés. Et à l'image d'autres milices d'auto-protection qui perdurent dans les régions très instables comme l'Ituri, le général Laurent Nkunda part en guerre pour protéger sa communauté.

 

Batailles pour le contrôle des zones minières

 

La Monuc, déployée dans les Kivus pour protéger la population, n'avait au départ pas le droit de sortir les armes. Progressivement, les casques bleus ont épaulé, de manière de plus en plus directe, l'armée congolaise. Mais celle-ci, selon plusieurs sources concordantes, s'allie désormais aux anciens ennemis des FDLR pour combattre les troupes de Nkunda.

 

Dès lors, la Monuc est condamnée au retrait. S'attirant les foudres de la population, qui ne comprend pas pourquoi les casques bleus ne les protègent pas. Entre le Rwanda voisin et la RDCongo, la tension est à son comble. Kinshasa accuse ouvertement Kigali d'armer Nkunda. Pour leur part, les Rwandais dénonce l'alliance formée par l'armée congolaise avec les ex-génocidaires.

 

Les Nations unies ont conscience que la crise ne se résoudra pas par les armes. "Nous allons nous attaquer aux racines du problème", a déclaré Alan Doss. En fait de racine du problème, il s'agit plutôt du nerf de la guerre, l'argent. Force armée congolaise, hommes de Nkunda et FDLR contrôlent chacun des zones minières. Le sol des Kivus est riche en or, en coltan (colombo-tantalite, un minerai qui s'est retrouvé au centre de la guerre avec le Rwanda), en tungstène et en cassitérite. Ce dernier minerai bénéficie actuellement des prix les plus hauts sur le marché des matières premières.

Contrairement au cuivre du Katanga et aux diamants du Kasaï, qui pour devenir une affaire juteuse doivent passer par une extraction industrielle, les pépites du Kivu rapportent beaucoup simplement en pratiquant un commerce artisanal. La situation est la même en Ituri, où s'il existe un fantôme d'industrie nationale, Kilo-Moto, l'essentiel de l'or se récupère à mains d'hommes.

 

Kinshasa souhaite industrialiser, à l'image des autres régions, ce commerce qui fait vivre toute une population. Mais les négociations, sachant en outre que les propriétaires des puits miniers sont armés, sont très loin d'être abouties.

La plupart des ressources minières en RDC se situent en zone frontalière, il est donc facile d'écouler la marchandise. Le ministère britannique du développement a diffusé en 2007 une synthèse d'études sur les routes du commerce minier (voir dans "Prolonger"). Elle délimite plusieurs couloirs, dont l'un par le Rwanda, et l'autre par l'Ouganda, d'où sortent les pierres des Kivus et d'Ituri. Le cuivre du Katanga sort en Zambie, et les diamants du Kasaï par l'Angola.

 

 

Au Katanga, le gouverneur Moïse Katumbi, très proche du président Joseph Kabila, se bat pour forcer les acteurs miniers à reverser à l'Etat congolais les taxes d'exploitation des minerais. Faire cesser le pillage du pays, c'était en effet une des promesses de campagne du nouveau président... Tout comme la paix, à l'est du pays.

 

Le président Kabila déstabilisé

 

Dans les Kivus, le mélange entre le business et le financement de la guerre rend cet objectif encore plus ardu. Surtout sachant que tous les protagonistes sont impliqués: armée, FDLR, hommes de Nkunda... Reste que les autorités, si elles s'appuient sur l'aide occidentale pour réguler le trafic minier, ne feront pas l'économie d'un règlement politique de la crise.

 

"Les ressources naturelles ont été un des moteurs du déclenchement de la guerre à l'est", explique Carina Tersakian, responsable de campagne en RDC de l'ONG britannique Global Witness, une des premières organisations à dénoncer ce lien fatal entre minerai et conflit. "Aujourd'hui, elles permettent simplement aux groupes armés de continuer leurs combats."

Durant la campagne électorale, les gens des Kivus ont voté massivement pour Kabila. Ils espéraient que lui, l'homme de la transition pacifique, ferait la paix dans leur région. "S'il ne le fait pas, nous le renverserons", affirmait l'un d'entre eux à l'époque. Le jeune président, dont le père a conquis le pays grâce à l'appui des habitants des Kivus, est prévenu.


Par Blandine Flipo.

Pour Médiapart

 

Publié dans Actualité

Commenter cet article