L’idéologie du marché-roi ne mourra pas d’elle-même, Par Naomi Klein

Publié le par ledaoen ...




On vit un moment intense, de basculement, mais aussi de bouleversement - peut-être positif - dans la lutte contre le fondamentalisme néolibéral. L’évolution de la campagne de Barack Obama le prouve. Au départ, elle est centriste ; elle vire maintenant au référendum contre l’idéologie du tout-marché, pour davantage de régulation. Un changement radical pour les démocrates et surtout pour Obama, qui vient de l’université de Chicago, vivier de penseurs libéraux. Et qui reste entouré de conseillers très libéraux, comme l’ancien secrétaire au Trésor et directeur de Citigroup, Robert Rubin !

Malgré tout, le candidat démocrate se retrouve quasi piégé par la pire administration de l’histoire des Etats-Unis, qui a conduit à son apogée un capitalisme du désastre. Le plan Paulson de sauvetage de 700 milliards de dollars n’est, en ce sens, que la continuation de la politique de spoliation du gouvernement Bush. Il revient à sauver du naufrage les manipulateurs de Wall Street qui ont créé l’apocalypse économique, l’équivalent du 11 septembre 2001. Et la potion proposée par Washington a les mêmes contours que le Patriot Act. La petite élite encore au pouvoir utilise en effet l’atmosphère de peur et de panique pour appliquer d’urgence, sans le consentement de la majorité de la population, une thérapie d’urgence. Le même système d’extorsion, de braquage à grande échelle, a servi pendant plus de sept ans : piocher dans l’argent public pour appuyer une minorité d’acteurs privés. Un déni de démocratie…

Bienvenue dans le no risk capitalism, le capitalisme sans risque (de faillite) pour ceux qui mènent le monde à sa perte. Dans cet univers hallucinant, les pertes sont collectives, les profits vont toujours à une minorité déjà profiteuse. On transfère la bombe des dettes privées dans les comptes publics de l’Etat. Et elle explosera dans les mains du prochain président, qui a toutes les chances d’être Obama. L’actuel gouvernement a donc réussi la prouesse de faire acheter par les Américains une sorte d’assurance-vie contre le prochain gouvernement. Les dettes astronomiques accumulées pour sortir les spéculateurs de la nasse vont en majeure partie se transformer en crise budgétaire. Laquelle servira de prétexte à la réduction des aides sociales de l’Etat. Impossible donc pour Obama, s’il est élu, de faire financer toute sa politique d’économie verte. Impossible d’investir massivement dans l’éducation, les programmes sociaux. Impossible de défendre ce qu’il reste de secteur public… Impossible, pour lui, de proposer une alternative concrète.

Alors, non, la crise actuelle ne signifie pas la mort de l’idéologie du libre-marché. Cette idéologie a toujours été une gigantesque fraude, une sorte de couverture masquant l’accumulation de richesses pour une poignée d’élus. Comme il est passionnant de voir combien ceux qui vantaient les vertus du laisser-faire pendant la bulle immobilière sont les premiers à appeler «le grand gouvernement» et les fonds publics à la rescousse. Les apôtres du marché referont vite l’apologie des baisses d’impôts pour stimuler les entreprises. Regardez Newt Gingrich, l’ex-président républicain de la Chambre des représentants : il vient de proposer 18 idées pour «revenir aux réformes fondamentales»impulsées par le duo Reagan-Tchatcher. Y compris l’abolition de la loi Sarbanes-Oxley, tentative d’encadrement de la responsabilité des dirigeants d’entreprises après le scandale Enron. En fait, ce qu’il se passe, et on le voit avec la recomposition du paysage bancaire aux Etats-Unis et en Europe, c’est l’utilisation de la crise d’un système pour mieux le reconstruire. L’idéologie du marché-roi, porté par la droite et sa croyance en l’individualisme, ne mourra pas d’elle-même…

Celui qui est mort, avec cette crise, c’est le gouvernement mourant de Bush, qui achève d’être discrédité et détesté par la planète entière, du nord au sud. Ceux qui devraient être tous morts, ce sont les Goldman Sachs, J.P. Morgan, Citigroup, qui, en 1998, lors de la crise asiatique, plaidait auprès du Trésor américain pour l’aide zéro… Ces mêmes banques implorent, désormais, le contribuable américain de mettre la main à la poche pour voler à leur secours. Je note que le Fonds monétaire international, si prompt à donner des leçons, n’a même pas pu donner d’avis sur ce plan Paulson avant qu’il ne soit voté… Je ne plaide pas, comme Nicolas Sarkozy, pour un nouveau Bretton Woods, où le FMI aurait un rôle central. Je milite pour sa destruction pure et simple et la réinvention d’un autre FMI pour un autre Bretton Woods.

Naomi Klein Journaliste canadienne, activiste altermondialiste dernier ouvrage paru : la Stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud.

Pour Libération
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David C. 10/10/2008 23:55

Est-ce que la marchandise correspond à l’étiquette ! C’est la première question qu’on doit se poser avec la nouvelle expression très à la mode : Le Nouveau Bretton Woods.

Pour connaître la différence entre le VRAI et le FAUX Nouveau Bretton Woods, je vous propose de lui les documents de l’homme qui le propose depuis plus de 10 ans, Jacques Cheminade.

Nous avons fait le bon diagnostic, en regardant la réalité en face l’hiver dernier. Maintenant, soutenez avec nous ces mesures : c’est le médecin qui fait le bon diagnostic qui rédige la meilleure ordonnance.

David C.
david.cabas.over-blog.fr