Ecrivez-moi donc à Dubaï

Publié le par ledaoen ...

Franck est finalement revenu au bout de deux mois. Il a retrouvé Blanche, sa compagne. Son petit garçon, Noé. Et son encombrante belle-mère qui n'en finit pas de simuler des pertes de mémoire. Franck est l'un des nombreux personnages du feuilleton "Plus belle la vie" diffusé sur France 3. Franck ne s'était pas absenté pour le plaisir. Electricien et belle gueule, il avait été embauché durant deux mois sur un chantier à Dubaï. Or il faut prendre au sérieux ce qui se passe dans "Plus belle la vie" : ce sitcom est un bon sismographe de la vie comme elle va, et, en ce moment, elle va bien à Dubaï...

"Plus belle la vie" ne dit pas si Franck a prêté la main à la construction de l'Hôtel Atlantis-The Palm, qui a ouvert il y a quelques jours sur l'une de ces îles artificielles en forme de palmier, mais nous sommes prêt à le parier. C'est un endroit assez fou dont les chambres donnent sur un aquarium géant où batifolent requins, mérous et murènes. Avec 1 500 chambres, 3 000 employés, 65 000 poissons, tout semble grandiose. Les modestes pourront y passer une nuit de rêve pour 700 dollars ; les flambeurs, pour 25 000 dollars.

Dubaï vibre. Dubaï est devenue une capitale internationale et, accessoirement, un eldorado vers lequel convergent les émigrés de toutes conditions, de tous pays et de toutes confessions. Dans un long reportage, publié dans le Herald Tribune du 23 septembre, Michael Slackman raconte l'itinéraire de Rami Galal, un jeune Egyptien de 24 ans, qui a choisi de vivre à Dubaï. Il y travaille beaucoup et démarre tôt le matin. Mais il gagne bien sa vie, se délasse le soir en buvant des bières, et fréquente une jeune prostituée russe qu'il considère comme sa petite amie. Bref, il vit en terre arabe, une terre où l'islam est respecté, mais une terre où un monde nouveau semble naître. Ce qui ressort de ses propos, c'est que Dubaï symbolise le dynamisme et une forme d'équité qui n'existe pas dans son pays d'origine, où il faut des relations et de l'argent pour vivre correctement. "Les Arabes ont un avenir ici, explique son meilleur ami. Où retournerions-nous ? En Egypte ? En Jordanie ? Non, le futur se joue ici."

L'émirat respire l'ambition et la démesure. Ses tours sont les plus hautes de l'univers. L'AFP signale dans une dépêche que "Burj Dubai" culmine désormais à 688 mètres de hauteur (photo), nouveau record mondial. Et ce n'est pas fini : la hauteur finale est tenue secrète, alors que le chantier devrait s'achever dans un an. (En regard, "Taipei 101", à Taïwan, haute de 508 mètres, semble un petit gabarit.) Les embouteillages sont felliniens, énormes, inextricables. On y perd patience, mais dans des limousines de luxe. En trois ans, le nombre de voitures est passé de 350 000 à 850 000. La cohue urbaine atteint son paroxysme avant la rupture du jeûne pendant le ramadan, dûment respecté. Car la religion reste omniprésente. On peut y bousculer les codes, mais certainement pas en public. Un couple libano-russe vient d'être condamné à une amende pour avoir bu une boisson durant le jeûne. Un autre couple, britannique, est poursuivi pour avoir eu des relations sexuelles sur une plage.

C'est là que Cécilia Sarkozy vit sa nouvelle vie avec Richard Attias, depuis le mois d'août. Elle raconte dans La Tribune de Genève son installation. Ne se sent-elle pas isolée, perdue ? " On oublie que Dubaï n'est qu'à deux heures seulement de l'Inde et quelques heures de la Chine,fait-elle remarquer. On peut aller y passer un week-end." Cela mérite réflexion. Franck n'en a rien dit dans "Plus belle la vie". A-t-il seulement réalisé qu'il a passé deux mois dans la plus moderne des Venises, la Sérénissime ?

Laurent Greilsamer
Pour Le Monde

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