Dantec : Interview pour le magazine Contre-Feux

Publié le par ledaoen ...



Que vous inspire le concept de rentrée littéraire ?

Maurice. G. Dantec : Très franchement, absolument rien. Ce n'est pas un concept, c'est juste quelques dates, courant sur septembre et octobre, durant lesquelles environ 800 romans paraissent et où de nouveaux "génies littéraires" font à chaque fois leur petit tour de piste. Cela donne aussi l'occasion à quelques "critiques" (de Rinaldi à JF Kahn) de venir répandre leur coprolalie saisonnière.


Quel est selon vous le problème majeur de la littérature contemporaine ?

M. G. D : Qu'elle n'est que contemporaine. Engluée dans le quotidien et ses poncifs. La littérature française est atteinte d'un mal chronique : les autobiographies exposant un microcosme parisien sans intérêt pour le lecteur se multiplient. 


Pour l'auteur de SF, cet abandon de la fiction ne constitue-t-elle pas la racine du mal ?

M. G. D : On ne peut pas créer de fiction si on n'est pas capable de produire du RÉEL. La France vit dans son joli phantasme post-collabo depuis 1945, elle ressasse ses miasmes et rumine son ressentiment tout en faisant la fête (comme le disait fort bien le regretté Philippe Muray). Le RÉEL, après 45, ça a été le Vietnam, l'atome, l'ADN, la conquête spatiale, l'informatique, les neurosciences. Pour faire simple : la Troisième Guerre Mondiale. La France, vous disiez ?


Y-a-t-il tout de même des écrivains français dans cette rentrée pour susciter votre enthousiasme ?

M. G. D : Comme je l'ai dit à un journaliste l'an dernier, j'ai un peu de retard. Pour l'heure, je suis plongé dans Saint Thomas d'Aquin.


210 romans étrangers sont présents dans cette rentrée. Les écrivains anglo-saxons sont-ils au-dessus du lot ?

M. G. D : Je ne pense pas qu'on peut se laisser aller à des généralités d'ordre "national" quand il s'agit de littérature, en tout cas il faut les manier avec précaution. Il est clair que bon nombre d'écrivains anglo-saxons se situent à une stratosphère au-dessus de la production française, mais on peut tomber aussi sur différents types de "faussaires", de Dan Brown à Jonathan Littell.


Avec Les Racines du Mal en 1995, Babylon babies en 1999 et Artefact en 2007, vous êtes, avec Michel Houellebecq, un poids lourd de chaque rentrée littéraire. Ce dernier va finalement faire parti de cette rentrée, puisqu'il est l'un des deux auteurs du projet marketing secret de Flammarion, XXX. Pourquoi avoir programmé la sortie de Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute en janvier et non en septembre ?

M. G. D : J'ai légèrement remanié ce récit, il n'aurait pas été prêt pour la rentrée 2008, et le roman sur lequel je travaille depuis 2007 est programmé pour septembre 2009. De la pure organisation stratégique.


Vous avez remanié cette nouvelle écrite entre les Racines du mal et Babylon babies. Doit-on s'attendre à ce niveau d'excellence, ou s'agit-il d'un avant goût avant la rentrée 2009 ?

M. G. D : J'explique dans un bref avant-propos le pourquoi et le comment de la chose. Quoique remanié, ce récit est écrit avec un style relativement relâché, rapide, sans l'aspect "baroque" qu'on me reproche maintenant. C'était en rapport avec le projet initial (expliqué dans l'avant-propos) et en hommage à certains auteurs de la Série Noire. Ce n'est pas un "avant-goût", c'est un texte qui n'avait pu être publié à l'époque et que je voulais voir imprimé avant la fin de cette décennie.


Le teaser, dans son opacité poétique, est-il fidèle au roman ?

M. G. D : Oui, car il se place d'emblée dans cette dimension "poétique"... Le roman, bien sûr, est plus linéaire sur le plan narratif.


Romain Gary, qui méprisait le microcosme littéraire parisien, avait choisi de brouiller les cartes avec le pseudonyme de Emile Ajar. Un tel recours ne permettrait-il pas aux critiques et aux lecteurs d'appréhender vos oeuvres au-delà de la polémique sur votre prétendue islamophobie ?

M. G. D : Je me contrefiche complètement de l'avis des collaborateurs, ou idiots-utiles, de l'islamisme, ce communisme du désert. Si quelqu'un pense que l'Islam n'est pas une idéologie critiquable comme les autres, qu'il me donne l'adresse de sa Police Politique. 


Regrettez-vous ces déclarations qui vous ont catalogué ?

M. G. D : Absolument pas. Je sais ce que je leur ai dit. Je sais ce que les pigistes pravdesques de Libération ont sciemment coupé : à savoir mon opposition non négociable à leur anti-américanisme et à leur anti-sionisme. Ce qu'il y a de drôle c'est que sur plan, le Bloc Identitaire est à l'unisson de l'extrême-gauche qui me traite de nazi parce que j'ose tenter un dialogue avec eux.


Revenons à votre actualité littéraire qui est, pour le grand public, le film Babylon A.D., adaptation de Babylon babies. Mathieu Kassovitz, le réalisateur, considère qu'il n'est que "violence pure et stupidité". Partagez-vous ce diagnostic ?

M. G. D : Ce n'est pas le problème. Le film ne respecte pas les fondations mêmes du roman, il ne pouvait dès lors qu'être raté, tant sur le plan de l'écriture, que sur le plan du casting, ou sur celui des choix de production-réalisation.


Y aura-t-il une nouvelle adaptation plus fidèle au roman ? Si oui, participerez-vous plus activement à la réalisation ?

M. G. D : Une autre adaptation de Babylon babies ? Je serais mort depuis longtemps et par conséquent votre seconde question n' a plus de sens que "mystique".


Vous vous présentez comme un "écrivain combattant, chrétien et sioniste". Pourtant,  vous avez souvent revendiqués l'héritage de la philosophie au marteau. Comment peut-on être chrétien et nietzschéen à la fois ?

M. G. D : J'ai beaucoup écrit à ce sujet, en particulier dans les 3 volumes de mon Théâtre des Opérations. Il me sera difficile de faire ici une exégèse complète du problème. Un homme aussi croyant et savant que Gustave Thibon le pensait aussi, voyez-vous. Dans American Black Box, je me contente de dire que Nietzsche n'est pas un philosophe (ce qu'il revendiquait fortement) mais un prophète. Un Prophète de la mort de Dieu. Donc un "chrétien apophatique". Et par conséquent, le "Théologien du Siècle des Camps".


Vous affirmiez dans Fluctuat (en février 1999) que "les sectes , au sens étymologique et historique du terme, ont toujours été pour [vous] un facteur extrêmement dynamique dans l'histoire humaine." Le 13 septembre prochain, vous serez en Normandie pour une rencontre avec vos fans, mais surtout avec les Babylon Babies, la communauté des lecteurs de Dantec. Comment expliquez-vous cette fascination presque mystique ?

M. G. D : Je ne suis pas d'accord avec vous. Il n'y a pas de "fascination mystique", il y a un intérêt pour un auteur qui ne fait pas où on lui dit de faire. Mes lecteurs ne sont pas des "fans", je ne suis ni Pascal Obispo ni Anna Gavalda. Les Babylon Babies - la Communauté des Lecteurs - n'est pas une secte (au sens moderne) mais un groupe de personnes qui se sont attachées à mon travail et qui essaient de le défendre contre les marées noires du nihilisme. Je leur en suis très reconnaissant. Si c'est une "secte", cela veut dire qu'elle se coupe du "reste du monde", et en effet, il y a dans cette communauté une sorte de volonté séparatrice, disjonctive, d'avec le reste de la littérature française. À la limite, je dirais que c'est bien pire qu'une "secte", pour le petit-bourgeois de gauche bien pensant. Ça ressemble plutôt à une armée.


Propos recueillis par par W. Gardett
Merci au RING

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