ET VOILA LA CHINAFRIQUE

Publié le par ledaoen ...

Il y a l’anecdote. Celle par laquelle débute « La Chinafrique », nouvelle enquête illustrant la présence grandissante de Pékin sur le continent noir, fera pleurer les nostalgique de la Françafrique : dans les rues de Brazzaville les enfants ne saluent plus les étrangers par le traditionnel « salut, toubab » mais par « ni hao, ni hao », « bonjour » en chinois. Car, dans l’ancienne capitale de la France libre, étranger rime aujourd’hui le plus souvent avec Chinois, et c’est de plus en plus fréquemment le cas dans les 52 autres nations africaines. Les auteurs, Serge Michel et Michel Beuret, prouvent avec forces statistiques la vitalité actuelle des relations commerciales entre les deux régions : 10 milliards d’euros en 2000, 55 milliards en 2006, et probablement 100 milliards d’ici à 2010.


Au temps de la guerre froide, dans leur volonté de ne pas baisser le flambeau de la « solidarité internationale » et de « l’amitié entre les peuples » aux seuls « révisionnistes » moscovites, les communistes chinois avaient bâti des stades et une poignée de bâtiments officiels dans les quelques pays du continent ayant tenté l’expérience du socialisme réel. On en est plus là depuis que le PCC a opté pour la voie capitaliste de développement et entend faire jeu égal avec l’hyperpuissance américaine. L’Afrique est devenue, à ses yeux, un des moyens de cette ambition : parce qu’elle est riche en matières premières, notamment en pétrole dont la Chine a tant besoin, et qu’elle représente un marché potentiel formidable pour écouler ses marchandises à bas prix. L’intérêt du livre réside d’abord dans des exemples concrets révélant les méthodes made in China pour emporter les marchés et ainsi tailler des croupières aux anciennes puissances coloniales incapables de s’aligner sur les tarifs « discount » des nouveaux conquérants. Mais les auteurs défendent également un point de vue : ils jugent « globalement positive » cette offensive chinoise qui apporterait au continent noir un dynamisme, et des infrastructures renouvelées, que les anciennes métropoles coloniales ont été incapables d’insuffler, uniquement préoccupées de s’enrichir sur le dos des malheureux Africains.

Paris, Londres ou Washington seraient fort peu légitimes pour critiquer un prétendu néocolonialisme chinois et il reviendrait aux Africains eux mêmes de construire un partenariat « gagnant-gagnant » avec le géant asiatique. Est ce vraiment ce qui est en train de se profiler ? C’est l’avenir qui le dira.

 

« LA CHINAFRIQUE »

Grasset

34 pages

19,50 €

 

Par Alain Léauthier, pour Marianne

 

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