Les OGM : de la délinquance au ridicule

Publié le par Jacques de Guenin

Il y a hélas beaucoup de gens, en France et même au gouvernement, qui expliquent benoîtement qu'ils ne sont pas a priori contre les OGM : ils demandent seulement que l'on n'en plante pas tant que l'on n'aura pas établi leur absence de nocivité au moyen de recherches appropriées. On se demande alors pourquoi le bouffon violent José Bové et ses acolytes ont commencé par le sabotage des installations de recherche. Le 5 juin 1999, dans notre beau pays de France, dans cet Etat de droit où l'on apprend à l'école qu'il ne faut pas se faire justice soi-même, une centaine de personnes appartenant à la Confédération Paysanne, pénétrèrent par effraction dans une serre du CIRAD, organisme public de recherche agronomique. Devant les journalistes convoqués pour l'occasion, la bande procéda à la destruction d'ordinateurs et de milliers de plans de riz, génétiquement modifiés pour améliorer leur résistance à la sécheresse et la salinité.

Incidemment, elle détruisait aussi l'émulation salutaire qui existait entre le CIRAD et l'université de Cornell, aux USA, laquelle faisait des travaux sur le même sujet. Mais ses chercheurs, eux, n'ont pas « bénéficié » d'un José Bové. Ils ont mis au point un riz à concentration élevée en tréhalose, un sucre qui permet une résistance accrue à la sécheresse et à la teneur du sol en sel. Ce riz est capable de résister à des sécheresses intenses et de renaître à la moindre goutte de pluie. De même, il survit dans des sols contenant 50% plus de sel que les zones de culture considérées comme très salées. Enfin il supporte des températures inférieures de dix degrés à celles que peut supporter la variété non transgénique. Un immense progrès pour les pays pauvres.

L'ignorance ou le refus de savoir


Il y a une dizaine d'années, on pouvait se demander si les OGM ne présenteraient pas de toxicité pour le bétail et pour les humains, et s'ils ne risquaient pas de contaminer d'autres cultures. Certains transgènes confèrent en effet aux plantes un avantage sélectif. Si ces plantes devenaient envahissantes, elles pourraient menacer la flore locale et la biodiversité.

En France, nous avons moins avancé dans l'étude de ces questions que d'autres pays, malgré la qualité de nos organismes de recherche, précisément parce que ces organismes sont constamment menacés par le vandalisme des délinquants intoxiqués par José Bové. Mais d'autres pays ont tellement avancé, qu'ils ont non seulement circonscrit les problèmes, mais prescrit et contrôlé les précautions éventuelles, si bien qu'ils ont pu autoriser la plantation d'OGM à grande échelle. Résultat : il y a aujourd'hui de par le monde plus de 110 millions d'hectares cultivés en OGM (vous avez bien lu, plus de cent dix millions d'hectares !), dont plus de 50 aux Etats-Unis, 16 en Argentine, 5 au Canada et au Brésil, et 4 en Chine. Les variétés cultivées son essentiellement le soja, le maïs, le colza, le coton et le riz. Ces cultures sont pratiquées par 8,5 millions d'agriculteurs dans 17 pays. Comme il y avait déjà 1,7 millions d'hectares en 1996, donc il y a plus de dix ans, on peut dire que cette progression n'est pas récente et qu'on a eu tout le loisir d'en mesurer les effets. On n'a pas encore noté un seul cas d'intoxication ou de conséquence négative sur l'environnement, au contraire, comme nous le verrons plus loin.

L'incohérence doctrinale


L'attitude des Bové et Compagnie sur les OGM est totalement contraire à leur intérêt affiché pour les pays pauvres et l'environnement.

En ce qui concerne le premier point, il est clair aujourd'hui que les OGM représentent un immense espoir pour les pays pauvres, aussi bien sur le plan de la nourriture que sur celui de la lutte contre les maladies. Ils permettent de créer des plantes ayant des propriétés particulièrement utiles aux paysans pauvres qui n'ont pas les moyens de lutter contre les maladies des plantes ou d'acheter des engrais : résistance aux maladies (qui sont responsables de la perte de 30% des récoltes), résistance aux herbicides, amélioration des qualités nutritives et du goût, adaptation aux sols salés ou alcalins, résistance au froid et aux courants d’air, détoxification des sols par captation de métaux lourds, production de molécules utilisables pour fabriquer des huiles, des détergents, des fibres, et même des combustibles pour se chauffer. Les feuilles ou les graines de certaines plantes transgéniques peuvent être une source bon marché de protéines ayant des propriétés thérapeutiques (insuline, hormone de croissance, interféron, anticorps divers, etc.). Certaines plantes transgéniques, comme le riz doré, peuvent contribuer à réduire les graves déficits en vitamine A et en fer qui frappent un nombre considérable d’êtres humains.

Il en va de même pour la protection de l'environnement. Une bactérie, le Bacillus Thuringiensis (BT), contient une protéine qui tue trois espèces de chenilles meurtrières pour le coton. Le BT était utilisé depuis 1950 sous forme d'insecticide répandu par hélicoptère. En Inde, de tels traitements étaient répétés une dizaine de fois par an, ce qui coûtait évidemment très cher et avait des effets écologiques négatifs. Aujourd'hui le "BT cotton", une variété transgénique dans les graines de laquelle on a introduit la bactérie BT, permet d'éviter ces traitements, donne un meilleur rendement et une fibre de meilleure qualité. Cette bactérie a aussi été introduite dans le maïs. Le maïs BT permet d'éliminer la pyrale et la sésamie, parasites très virulents en France. Il permet de diminuer, voire de supprimer les traitements phytosanitaires et accessoirement d'augmenter les rendements. L'utilisation de deux espèces de riz génétiquement modifiés en Chine a permis de réduire de  80% l'utilisation de pesticides, ce qui a eu aussi comme conséquence d'améliorer la santé des agriculteurs.

La perte de la capacité de réflexion


Un des griefs mis en avant par les écologistes anti-OGM est que le développement des OGM est fait par des compagnies privées pour accroître leurs profits au détriment du tiers monde. C'est faire preuve d'un manque de réflexion qui confine à la stupidité :

- d'abord parce que beaucoup de découvertes utiles sont faites dans des universités et des instituts de recherche publics. Or ce sont celles là que les délinquants détruisent, car les compagnies privées se protègent mieux.

- ensuite parce que les sociétés privées ont une incitation beaucoup plus forte que les organismes publics à ne pas commettre d'erreur sur le plan de l'environnement ou de la santé. Pour elles, c'est simplement une question de survie.

- enfin parce qu'elles sont bien obligées de fabriquer des produits assez bon marché pour que les gens aient intérêt à les acheter.

Un autre grief est que les agriculteurs sont obligés d'acheter les semences chaque année. Cela fait rire les agriculteurs, qui ne cultivent que du maïs hybride depuis plus de cinquante ans parce qu'il a un meilleur rendement, et achètent déjà leurs semences chaque année. Incidemment, ceux qui cultivent le maïs destiné à la semence savent bien comment on en limite la propagation. Pour obtenir des semences de maïs hybride, on "castre" le maïs afin d'obtenir une plante exclusivement femelle, donc qui ne soit pas fécondée par le pollen male des maïs non castrés, qui sont hermaphrodites. C'est pourquoi les marchands de semence imposent une distance de 100 m entre les champs de maïs semence - dont ils achètent les grains aux agriculteurs - et les champs de maïs ordinaire (à une distance de 50 m, la contamination est de 0,1%). Les marchands de semence ont un corps d'inspecteurs salariés qui passent dans les champs pour vérifier que ces conditions sont respectées. Il est donc clair que l'agriculteur qui veut du maïs hybride ne peut replanter du maïs de l'année précédente et doit acheter ses graines au marchand de semence. Cela se fait à grande échelle depuis des dizaines d'années, et l'argument de Bové qu'avec les OGM on devra acheter les graines aux marchands de semence au lieu de les produire soi-même révèle soit une ignorance confondante, soit de la mauvaise foi.

Le ridicule est en train de tuer notre pays


Tant de données ont été accumulées sur les OGM depuis des années, tant de surfaces ont été cultivées en OGM, avec des résultats exclusivement positifs, que notre gouvernement est en train de se ridiculiser aux yeux du monde en remettant le sujet à l'étude chaque fois que José Bové fait des siennes. Puisque Bové nous a empêché de mener nos recherches, qu'on utilise celles qui ont été faites à l'étranger et qu'on en finisse avec cet incroyable obscurantisme

par Jacques de Guenin, le 11/01/08
Pour Liberté Chérie
www.liberte-cherie.com

 

 

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