Le bushisme après George Bush

Publié le par Patrick Jarreau pour Le Monde

Les trois candidats en lice pour l'élection présidentielle de novembre, aux Etats-Unis, ont au moins un point commun : ils promettent de s'employer à changer les relations de leur pays avec le reste du monde. Si l'on en croit tant John McCain, assuré de l'investiture républicaine, que Barack Obama et Hillary Clinton, qui rivalisent pour la candidature démocrate, le futur président, quel qu'il soit, tournera la page de l'ère Bush.


Qu'en sera-t-il vraiment ? Il est difficile de le prédire. Dans le cas de M. McCain, héritier réticent de la présidence qui s'achève, la continuité l'emporte sur la rupture. Certes, le sénateur de l'Arizona a été, depuis 2001, l'un des parlementaires républicains les plus critiques de George Bush et de son équipe, mais pas en désaccord avec les plus importantes des décisions prises, à commencer par l'invasion de l'Irak.


En réalité, l'attitude de l'ancien rival de M. Bush pour la candidature républicaine a été celle d'un membre du même parti, qui aurait mené la même politique, mais avec d'autres méthodes et d'autres hommes. Lors de la primaire de 2000, M. McCain avait été le candidat préféré des néoconservateurs, qui ne se sont ralliés à M. Bush que quand celui-ci est devenu le candidat républicain et n'ont vraiment influencé sa politique qu'après les attentats du 11-Septembre. A propos de l'Irak, le sénateur de l'Arizona a partagé leurs critiques, reprochant au ministre de la défense de l'époque, Donald Rumsfeld, de ne pas avoir engagé assez de forces dans cette guerre. Il a fallu plus de trois ans d'échecs sur le terrain et de batailles internes au camp républicain pour que M. Bush fasse partir M. Rumsfeld, en novembre 2006, et que M. McCain, avec d'autres, impose une nouvelle stratégie, dite du "surge", l'envoi massif de renforts.


Aujourd'hui, M. McCain dit que sa candidature à la Maison Blanche est indexée sur la réussite de cette stratégie. Le sénateur de l'Arizona exclut tout retrait d'Irak, qui serait, selon lui, irresponsable, livrant le pays à "une violence terrifiante, un nettoyage ethnique et, peut-être, un génocide". Il estime que les Etats-Unis sont voués à y demeurer longtemps - "cent ans", a-t-il lancé, dans le style provocateur qu'il affectionne - comme ils sont restés en Allemagne et au Japon après la seconde guerre mondiale. A ses yeux, comme à ceux de M. Bush, l'Irak reste le "front central" de la lutte contre l'"extrémisme islamique", dans lequel il voit le "défi essentiel de notre temps".


Ancien prisonnier de guerre, torturé à Hanoï (après avoir participé, sans états d'âme connus, au bombardement du Nord-Vietnam), il s'est élevé contre les traitements infligés aux prisonniers des Américains dans la prison d'Abou Ghraib, à Bagdad, en 2004. Il a pris position contre toute forme de torture dans les interrogatoires de la CIA, mais en finassant de façon peu glorieuse, dans ses derniers votes au Sénat, pour ne pas s'aliéner les électeurs républicains les plus à droite. Il a promis de fermer la prison de Guantanamo Bay. Il se démarque aussi de la présidence Bush en annonçant, comme les démocrates, un engagement clair des Etats-Unis dans la lutte contre le réchauffement climatique. De façon générale, alors que la patience n'est pas la qualité qui lui est le plus généralement reconnue, M. McCain affiche la volonté d'écouter davantage les alliés des Etats-Unis. Mais sa position vis-à-vis de l'Iran est celle de la confrontation. Ses détracteurs partagent avec effroi, sur Internet, la vidéo d'une réunion d'électeurs au cours de laquelle il s'est amusé à chantonner "Bomb, bomb, bomb Iran !" ("Bombardez l'Iran !") sur l'air de Barbara Ann, succès pop des années 1960.


Sur l'Irak, les candidats démocrates ont une position opposée à celle de M. McCain. Ils ne croient pas un instant que l'Amérique puisse faire de ce pays une Allemagne ou un Japon du Moyen-Orient. A leurs yeux, le départ des troupes américaines est nécessaire pour le bien des soldats, des forces armées et du budget fédéral, mais aussi pour obliger les factions irakiennes à s'entendre et à prendre en charge les destinées de leur Etat. Quand ils annoncent qu'ils commenceront le retrait dès le début de leur présidence éventuelle, en janvier 2009, Mme Clinton et M. Obama font savoir au premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, et à son gouvernement qu'ils doivent se préparer à se passer des troupes américaines.

 


PROXIMITÉ AVEC LE TIERS-MONDE

 


Face à l'Iran, les démocrates et le républicain défendent des options tout aussi divergentes. M. McCain plaide pour que les pays décidés à affronter Téhéran s'entendent sur une politique de sanctions contraignantes, hors du cadre de l'ONU s'il le faut. Ses concurrents défendent le principe de discussions avec les dirigeants iraniens. Toutefois, seul M. Obama va jusqu'à évoquer la perspective de ce qu'un ancien conseiller de la Maison Blanche, Flynt Leverett, a appelé un "grand marchandage", au terme duquel l'Iran cesserait de progresser sur la voie de l'armement nucléaire en échange d'une réintégration complète dans les relations diplomatiques et économiques internationales et de la reconnaissance de ses intérêts de grande puissance régionale. Le sénateur de l'Illinois s'est dit prêt, s'il entre à la Maison Blanche, à rencontrer le président iranien, M. Ahmadinejad, pour engager une négociation d'ensemble.


M. Obama se présente comme un réformateur de la politique étrangère américaine. Mettant en avant la mixité de ses origines familiales - père kényan, mère américaine - et sa proximité avec le tiers-monde, il dessine une Amérique mieux disposée envers les pays pauvres et les peuples qui ont à se plaindre de la marche du monde. A l'inverse, Mme Clinton, invoquant son expérience des relations internationales auprès de son mari, Bill Clinton, puis comme sénatrice, se veut plus réaliste, mais aussi plus classique. Tous deux s'engagent à faire une priorité de la recherche d'un règlement de paix en Palestine. Les défenseurs de la politique israélienne s'inquiètent davantage, à ce sujet, des initiatives que pourrait prendre M. Obama que de celles qu'on peut attendre de Mme Clinton. Certains d'entre eux mènent, contre le sénateur de l'Illinois, une campagne venimeuse, lui reprochant notamment de compter parmi ses conseillers Zbigniew Brzezinski, collaborateur, il y a trente ans, du président de Jimmy Carter. Il est vrai que les principes que défendait M. Carter, à l'époque de l'accord de paix israélo-égyptien, sont devenus hérétiques aux yeux d'une grande partie de l'establishment de politique étrangère de Washington.


Patrick Jarreau
Pour Le Monde
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