SÉCESSIONISTES DE TOUS LES PAYS, SÉPAREZ-VOUS !, par Maurice G. Dantec

Publié le par Maurice G. Dantec


Dans mille ans, on se souviendra de notre époque, s'il existe encore des cerveaux dotés de mémoire, comme celle de la fin du monde historique tel qu'il s'était constitué depuis la fin du néolithique et l'apparition des premières Cités-États.

Le progressisme humaniste venu des noires « Lumières » de la Révolution française atteint le sommet de sa courbe dominatrice, il étend son règne sans partage d'un bout à l'autre de la planète dont il fait un immense hybris géopolitique, une masse indifférenciée de peuples sans nations, et de nations sans peuples, soumis à la Législature de la République jacobine universelle.

Nous voici face à la victoire globale des idéologies socialistes de tous poils, désormais amalgamées dans le gloubi-goulba universitaire post-soixante-huitard, qui ont fait de l'homme cet animal biopolitique sans identité historique, sans singularité sexuelle, ethnique ou culturelle, sans territoire symbolique, sans « topoï » particulier inscrit dans la physique du monde, sans autres mythologies que celles qui font l'actualité, sans plus le moindre écho de la Présence divine, sans même le souvenir de ses origines, donc sans la moindre idée de son devenir, bref, sans rien d'autre que lui, réduit à sa dimension spécifique et sociale devenue l'horizon indépassable de cet « universalisme » de misère.

Voici l'âge de l'Homme Nouveau réalisé selon les normes mécaniques et fonctionnelles des ingénieurs sociaux internationalistes : un « être » reformaté telle une fourmi ouvrière égale en tous points à toutes les autres grâce à l'arsenal liberticide des « droits humains » qui le confortent sans cesse plus dans son rôle de dispositif ethnoculturel manipulable et commercialisable à volonté, par les commémorations festives, les narcissismes identitaires, et les diverses « fiertés » qui ne vantent les différences qu'à la condition qu'elles soient indifférenciables.

La démolition nihiliste contemporaine ayant déboîté l'individu occidental de sa matrice ontologique, il ne restait plus qu'à pulvériser la-dite matrice, c'est à dire la conception POLITIQUE de l'histoire, et ce faisant s'en prendre directement à son invention fondamentale : LES FRONTIÈRES. Depuis une quarantaine d'années une nouvelle forme d'internationalisme, post-socialiste, écologiste, globaliste, relativiste, est apparu pour finalement s'imposer comme horizon terminal de la pensée humaine au tournant du siècle.

Ce néo-internationalisme entend poursuivre - et dépasser - le projet marxiste-léniniste en proposant à notre époque une sorte d'Hyper-social-démocratie planétaire, universelle, totale, seule capable, selon ses défenseurs, de combattre les effets « néfastes » de la « mondialisation économique » - lire « capitaliste-impérialiste-colonialiste-vachement-pas-sympa » -, en imposant, par la force armée si nécessaire, sa conception anomique et anti-historique du développement des civilisations humaines.

Au développement cosmopolitique et paradoxal de l'humanité, fondé sur les rencontres conflictuelles et les compétitions associatives des souverainetés politiques, on substituera un ensemble de directives humanitaires, d'organismes bureaucratiques chargés de les appliquer, de tribunaux internationaux chargés de punir les contrevenants, afin d'imposer l'idée que toutes les cultures se valent, tous les modèles politico-économiques sont somme toute comparables, que l'histoire singulière des peuples n'est qu'un appendice de l'évolution générale des hommes, alors qu'elle en est le moteur, et que, pour finir, les notions mêmes de frontière/interface et de territoire/histoire sont dépassées, obsolètes, conservatrices, réactionnaires, pour ne pas dire horriblement fascisantes.

Il faut reconnaître que l'histoire du XXe siècle, le siècle du Diable en mille costumes, aura fourni à cet ultime pseudopode de la pensée gnostique/révolutionnaire tous les arguments nécessaires et suffisants pour placer la souveraineté historique des nations au rang des accusées alors que précisément les projets bolcheviques et nazis visaient - déjà - à son élimination au profit d'une bureaucratie supranationale « biopolitique », raciste, ou ouvriériste.

C'est en ce sens qu'il faut comprendre en quoi la seconde guerre mondiale - cette guerre civile européenne, comme le disait Ernst Nolte - ne s'est jamais arrêtée en tant que telle. Elle est parvenue à se transmuter et à se diffuser par capillarité dans les fondations mêmes de la societé-monde pacifiste qui se mettait en place avec l'invention de l'ONU.

Maintenant que le Canada lui-même vient de reconnaître cette micronation « kosovare » forgée par le terrorisme islamique et la maffia albanaise d'un côté, par les troupiers génocidaires communistes de l'autre, il faut prendre acte qu'une partie non négligeable de l'Occident « démocratique », avec l'appui du IVe Reich Onuzi, vient d'entreprendre sa propre autodissolution.

Il suffit de lire tous ces communiqués qui s'ensuivent, nous prévenant gravement que cette reconnaissance ne « constitue en aucun cas un précédent » ! C'est à croire que ces pauvres poires pensent sérieusement que l'histoire se décrète entre deux réunions pour la sauvegarde des rhododendrons des Galapagos. L'histoire avance précisément sur ce type d'accidents catastrophiques que tous ces pathétiques « experts » nomment « précédents », c'est à dire par l'action des hommes, et non par les discours d'excuses qu'ils leur arrivent de prononcer devant les charniers conséquents.

Précédent, avez-vous dit ? Je suis sûr que les citoyens de ce monde « sans frontières » vont très vite regretter leur existence face au world-mix immonde qui est en train d'apparaître pour les remplacer.

Il devient donc enfin possible d'envisager une authentique politique du pire qui mettra toutes ces nations coresponsables de leur propre déclin face au fait accompli, à leur tour. Politique du pire, sans aucun doute, car comment proposer quoi que ce soit de « meilleur » quand le « bien » est désormais une institution policière mondiale, et que c'est peut-être de cette leçon fatale qu'une résurrection sera envisageable, une fois que le monde se sera évaporé, que les mouvements migratoires seront devenus à notre échelle l'équivalent - au moins - des grandes invasions du début du premier millénaire, une fois que les populations survivantes recommenceront à penser en termes de politique et de souveraineté civilisationnelle, une fois que les rescapés du désastre onuzi reconstruiront le Royaume.

Dans l'attente de ce jour, la colère divine doit frapper. Pour ce faire, nul besoin d'un autre Déluge. L'Homme sera sa propre catastrophe. Pour ce faire, il suffira de lui tendre un vaste miroir, à l'échelle de son narcissisme, de renvoyer leur image cosmétique à tous les utopistes, ces constructeurs de camps de concentration festifs, ainsi qu'aux « experts » spécialistes de la dénationalisation générale.

Cette colère sera donc d'un calme infini, et glacial, elle doit ainsi nous indiquer la voie à suivre pour assurer la désintégration de toutes ces démocraties finissantes, qui n'en finissent pas de finir, en emportant dans leurs décombres ce qui restait encore de sain en ce monde, c'est-à-dire les valeurs chrétiennes et les principes civilisationnels indo-européens.

Alors, puisqu'il en est ainsi, dansons tous ensemble autour de ce monde sans frontières, que la sarabande commence, chantons avec tous les boys-scouts humanitaires la joie de voir les constructions historiques s'autodétruire, faisons la fête avec tous les Kosovars de ce néo-globe micronisé, autour des feux de camp de la dévolution terminale, crions tous ensemble notre joie à l'idée de revenir à l'ère des féodalités locales, à l'époque d'avant la Grèce, Rome, ou Israël, d'avant Sumer, Babylone, Ur, et Ninive.

Que les Serbes de la Republika Srbska de Bosnie décrètent au plus vite leur indépendance suivie ou non d'un rattachement organique avec la Serbie.

Que les Croates de l'Herzeg-Bosna se séparent de la fédération bosniaque et entreprennent la même opération avec Zagreb.

Que les Serbes de Hongrie, les Hongrois de Voïvodine, les Russophones de Moldavie/Transnitrie fassent de même au plus vite à leur tour.

L'Ukraine elle-même pourrait fort bien être divisée en deux entités. Occidentale et catholique, d'influence polonaise d'une part, orientale, russophile et orthodoxe de l'autre, on peut faire confiance aux serviteurs de l'Assemblée Générale de la Fin de l'Homme pour produire les conditions et les discours qui légitimeront la fin du berceau historique de la Russie elle-même.

À ce titre on ne peut que féliciter la grande Fédération eurasienne pour son soutien inconditionnel à la rébellion abkhaze et aux séparatistes ossètes, menaçant d'implosion la jeune république georgienne. Elle participe, à sa façon, au grand jeu de roulette russe mondial qui vise à détruire les civilisations sous leurs propres libertés, et les hommes qui les composent sous leurs propres « droits ».

Aux confins de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan, le Haut-Karabakh serait bien inspiré de suivre la voie ouverte par le Kosovo, sa situation géographique atypique le lui permet, et il n'y a aucune raison de laisser aux Albanais l'opportunité de changer le tracé d'une nation par la loi des utérus, et des Kalachnikovs.

On peut espérer que cette désagrégation du Nord-Caucase aura des répercussions jusqu'en Turquie et qu'un, voire plusieurs Kurdistans (Irakien, Turc, Iranien, Syrien) se mettront à éclore dans cette poudrière pétrolifère.

En retour, les USA pourraient fort bien susciter un beau retour de flammes en Tchétchénie et dans les républiques musulmanes voisines. C'est tellement beau une ville qui brille la nuit. La Russie actuelle est un laboratoire ethnique conçu à marche forcée par les crânes d'oeufs du communisme, il ne sera pas très difficile de susciter le « progrès des droits humains » au sein de cet ordre artificiel, comme toutes les constructions historiques au demeurant. Des dizaines de républiques indépendantes sont déjà en gestation à l'est de l'Oural.

L'Afrique, une fois n'est pas coutume, est pleine d'opportunités inexploitées encore à ce jour. L'histoire spécifique de ce continent, pré-coloniale, coloniale, post-coloniale, nous indique à quels niveaux de complexité les peuples ont été entremêlées au gré de frontières arbitraires. Osons le dire : voici un magnifique terrain d'expériences pour nous, qui nous instituons d'emblée comme l'avant-garde éclairée des Nations Désunies et des droits de l'homme biopolitique matriculé.

Entre-temps, on peut espérer que les Corses et les Basques sauront saisir leur chance. Quelques bombes ne suffisent pas, il faut pousser les États français et espagnols à bout de patience, au bout de leurs ressources répressives, jusqu'à ce que la réprobation internationale soit unanime et que les déclarations d'indépendance soient dès lors soutenues par une poignée de crétins instruits et dûment diplômés venus de Californie, de Londres, de Brasilia ou de Yokohama. Il faut prier de toutes nos forces pour que les Écossais fassent de même en amputant le Royaume Uni d'un quart de son territoire. Un Kosovo avec des Châteaux hantés, des landes brumeuses et du whisky pur malt à volonté, vous avouerez que la communauté internationale ne perdra rien au change.

Il faudrait dans le même temps songer à dire aux Protestants d'Ulster qu'après tout, leur indépendance, de l'Irlande catholique, comme de l'Angleterre anglicane, est leur seule voie de salut, vous verrez qu'ils finiront par le comprendre.

Aux États-Unis, les revendications territoriales des Sioux sur les États du North ou du South Dakota, tout comme l'hispanisation à marche forcée du Texas, du Nouveau-Mexique et de la Californie doivent conduire à un redécoupage général des frontières intérieures, sous les auspices de l'ONU, et des défenseurs d'icebergs.

En votant pour Boubamack, ou pour Nillary, en novembre prochain, les bobos américains ne se contenteront pas - comme toujours - de faire perdre à leur pays une guerre qui est pliée depuis plus d'un an maintenant, ils produiront les conditions d'une balkanisation interne de l'Irak : Arabes Sunnites contre Chiites, Kurdes contre Turcs et Arabes, mais aussi entre diverses factions - d'obédience iranienne probablement selon la complexe rivalité intra-islamique, politique et interethnique qui divisera territorialement et sociologiquement le pays, en créant autant de « précédents » au Liban, au Pakistan, et dans toute l'Asie Centrale.

Remercions les bureaucrates de l'ONU et de l'Union Européenne qui, sans s'en douter, viennent de coller le canon du pistolet contre leur propre tempe. Remercions les gauchismes institutionnels et les post-marxismes pro-islamiques, ils conduisent tous ces peuples au désastre, le sourire aux lèvres, cela nous évitera l'effort de le faire nous-mêmes.

Il est bien évidemment impératif que le Canada se voit amputé, pour le moins, du Québec francophone qui, en retour devra céder aux revendications territoriales des « peuples autochtones » pour leur laisser le contrôle de tout le nord de leur province-devenue-nation ; espérons, pour l'avancée des droits humains, qu'un jour l'Alberta, devenu plus riche à lui seul que l'État fédéral en son entier, proclame son autodétermination, en même temps que certains territoires arctiques dont le centre de gravité politique se sera déplacé vers le pôle magnétique boréal, une république sibérienne onuproclamée, un État libre d'Alaska, voire un Commonwealth du Groenland.

Nous devrons appuyer sans la moindre hésitation les revendications nationales flamandes et plaider pour la dissolution de la Belgique, à qui l'on se doit de faire connaître au plus vite l'expérience que les petites fiottes de Bruxelles ont conduit sur une des plus anciennes nations chrétiennes d'Europe.

Espérons que les tragiques événements en cours aujourd'hui au Tibet s'étendent au plus vite au Turkestan ouighour qui, vu de plus près, semble pouvoir jouer le rôle d'un magnifique Super-Kosovo asiatique.

Le Hamas doit diriger au plus vite sa République Islamique de Gaza, l'OLP doit régner sur sa Cisjordanie nationale-socialiste. Ils ne tarderont pas à se faire la guerre - comme toutes les organisations maffieuses - pour s'assurer une domination sans partage sur le « peuple palestinien » et on peut espérer, du coup, voir surgir d'autres subdivisions ethniques, politiques ou religieuses qui à chaque fois feront régresser les entités en questions plus rapidement vers le stade tribal, ce néo-néolithique que les Agences de la Mort de l'Homme veulent voir s'étendre sur toute la surface du globe.

Osons être du côté de la Mort. Cette Mort souriante, pacifiée, démocratique est sans doute notre meilleure alliée. Elle est en train de poser les prodromes de la grande guerre civile planétaire durant laquelle tous les comptes en suspens, parfois depuis des siècles, voire des millénaires, seront réglés une bonne fois pour toutes.

Osons être du côté de cette dénationalisation du monde humain, osons pousser sa logique jusqu'au bout, puisque elle-même ne l'ose pas vraiment, ses thuriféraires nous expliquant d'un air embarrassé leurs diverses théories sur les « droits humains » et les « précédents historiques ».

Soutenons sans tarder la moindre revendication territoriale, une République autonome de Paris-treizième ou de Neuilly-sur-Seine, l'indépendance du Plateau Mont-Royal et du quartier d'Outremont, un Émirat pour Marseille, un autre pour la Seine Saint-Denis, soyons parfaitement décomplexés, poussons avec allégresse la civilisation humaine sur la voie de la balkanisation générale, que chaque ville, région, province, État fédéré, canton, bourgade, bref que chaque sous-entité se sépare de sa matrice et se subdivise à son tour, et ainsi de suite, comme dans le magnifique processus de la division cellulaire, jusqu'à son stage oncologique, inextinguible, irrémissible.

Nous voulons, avec l'ONU, l'administration US, le Canada, les pays islamiques et leurs colonies européennes, nous voulons, je le répète, la multiplication des bantoustans ethniques et des micro-états autodécrétés, il est temps que le monde entier comprenne en quoi le XXe siècle n'était rien d'autre qu'une répétition générale, il est temps sans doute que des centaines de millions d'hommes meurent à la chaîne dans ce monde sans frontières, mais saturé de nations-simulacres chargées de faire croire qu'elles existent encore, sans exister vraiment, tel le rêve éveillé d'un électeur de Ségolène Royal.

Oui, il faut prier pour que les grands nombres prennent les commandes, il faut prier pour que Dieu nous accorde jusqu'au bout la liberté d'opter pour l'ignorance, le révisionnisme et l'anarchie liberticide.

On n'est jamais trop démoniaque contre le Diable, il suffit de le laisser faire, voire de lui donner un petit coup de main, tout petit, en lui offrant un sourire au moment où il s'approche de l'abysse dans lequel lui même ira se perdre. Partout, chaque fois désormais que des revendications de « Kosovars » en mal de reconnaissance internationale se feront entendre, nous devrons les appuyer de toutes nos forces, pétitionner, manifester, contre-manifester, voire plus pourquoi pas, il est temps de donner à ce néo-marxisme encore enfantin ses marques de noblesse, sa masse critique et son slogan fédérateur, il est temps de renvoyer aux « démocrates » de tous poils, siégeant à l'Organisation du Néant Universel ou dans un parlement quelconque, leurs propres mots, leurs propres concepts, leur propre vision, ils doivent comprendre qu'un nouveau totalitarisme se lève sous leurs auspices et que nous nous offrons de précipiter un peu le mouvement vers la catastrophe. Nous aimerions que ce monde sans frontière vachement sympa assume enfin sa vocation et proclame en toutes lettres, sur chaque t-shirt révolutionnaire-humaniste en vente libre partout à la surface de son globe unifié par sa propre atomisation :

SÉCÉSSIONNISTES DE TOUS LES PAYS, SÉPAREZ-VOUS !



Nul doute que nous trouverons très vite un groupe de rock québécois ou une actrice made-in-France engagés, prêts à devenir au plus vite les « haut-parleurs » des nouvelles formes du progrès et des droits humains.

C'est peut-être ce qui, au fond, sera retenu de notre époque : cette fin de l'homme se déroulera dans une ambiance de Club Méditerranée revisité Rwanda 1994.

Radio Mille Conneries diffusera des airs de Diam's et de Cali, accompagnant la versification érudite de Marion Cotillard ou de Thierry Meyssan.

Je crois que nous l'aurons bien mérité.

Maurice G. Dantec
Montréal, Amérique du Nord
30 mars 2008

Publié Sur le Ring : www.surlering.fr

Le site officiel de Maurice G. Dantec :

http://mauricedantec.com/

 
ACHETER ARTEFACT LE DERNIER ROMAN DE DANTEC SUR AMAZON

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article