Le pari de l'Otan

Publié le par Christian Makarian

Sarkozy veut rééquilibrer l'alliance au profit d'une Europe de la défense

C'est entendu, le manichéisme fait partie de notre patrimoine national. Mais pourquoi faut-il qu'il s'instille là où le consensus prévalait ? A l'heure où Nicolas Sarkozy essaie, à sa manière, de clarifier la position française au sein de l'Otan, le débat, qui devrait être de haut vol, se trouve diminué, dénaturé par des phrases à courte portée et des drapements hypocrites. Certes, au cours de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s'était déclaré favorable à un retrait des troupes françaises d'Afghanistan, puis il a adopté la position inverse en décidant d'y envoyer moins d'un millier d'hommes supplémentaires afin de renforcer le dispositif de l'Otan. En l'espèce, il n'a pas brillé par son esprit de concertation et s'est défini comme le seul maître à bord - à l'instar de tous ses prédécesseurs. Tout cela est vrai. Mais ne justifie pas le concert de protestations auquel on assiste. Avec un talent de réducteurs de têtes, les ténors de l'opposition ramènent les questions planétaires à des enjeux de politique intérieure dignes des cantonales. Résultat, la discussion fondamentale sur le rôle de la France dans le monde, sur la nature de ses alliances et de sa mission se réduit à ce triste dilemme: «Etes-vous pour ou contre Bush? Etes-vous atlantiste ou gaulliste?»


A mille lieues des grands problèmes internationaux, cette simplification traduit un lamentable aveuglement. D'une part, l'Afghanistan n'est pas une «guerre américaine», contrairement à ce que tente de faire croire le courant antiaméricain français; il s'agit d'un conflit dans lequel toutes les nations libres jouent une partie de leur propre sécurité. Jacques Chirac avait bien établi la différence entre ce pays, où il avait expédié des troupes, et le cas irakien. D'autre part, derrière l'Afghanistan, Sarkozy voit un moyen de modifier en profondeur les relations franco-américaines au profit d'une défense européenne, indissociable de l'Otan mais ayant enfin une existence autonome. A la fois volontariste et pragmatique, il donne des gages en espérant que le retour complet de la France dans le commandement militaire intégré de l'Otan incitera les Américains à accepter un rééquilibrage de l'alliance au bénéfice d'une Europe de la défense dotée de nouvelles marges d'action. L'«européanisation» de l'Otan est un pari, mais qui mérite d'être lancé.

Christian Makarian
Pour l'Express
www.lexpress.fr

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