CYCLE 13

Publié le par ledaoen ...

On s’est retrouvé au Be Bop, devant une Guiness, il devait être round midnight et y avait toute cette flopée d’abrutis autour de nous qui me chambraient avec mon look de retour de sports d’hiver qui avaient mal tournés. Ballo, bien évidemment au courant de ma mésaventure canine - il avait été un de mes premiers visiteurs à l’hôpital - avait lancé le mouvement et j’ai eu droit à des « allez Stef, raconte nous encore l’histoire du doberman qu’on rigole » environ toutes les dix minutes, dés qu’un nouveau pochetron poussait les portes du bar en fait. Ca m’a fait plaisir de retrouver le Beb Bop, Ballo et tout ces piliers d’abreuvoir. Y avait Jean Yves au piano, il jouait solo, un peu allumé, inspiré, bien …

 

 

-         Bon alors c’est quoi le bin’s avec ton ex ?

 

 

Alex m’avait pas laissé le temps là, elle avait du décider qu’il était l’heure pour moi de sortir de ma bulle en coton et que je me remette à penser.

 

 

-         Ecoute je sais pas ce qu’elle veut, elle a rien voulu me dire, tout ce que je sais c’est qu’elle débarque demain soir, qu’elle veut que je lui trouve une chambre d’hôtel, qu’elle veut me voir et qu’elle est avec Léo.

 

-         Avec Léo ?

 

 

Alex avait pris un air réellement surpris, alors que l’arrivée de Béa jusqu’à présent, ça n’avait pas trop eu l’air de l’étonner, elle avait l’air de trouver ça normal que Béa débarque, mais qu’elle vienne avec Léo, ça, ça avait l’air de lui poser un problème, une petite lueur d’inquiétude dans le regard, presque rien, un truc quasiment invisible pour qui ne la connaissait pas bien, un voile léger, presque imperceptible mais bien réel.

 

 

-         Ben ouais avec Léo, je vais revoir Léo, et tu vois, je suis en petits morceaux et j’ai jamais eu autant la trouille de ma vie.

 

 

Pourquoi je lui racontais ça moi, j’étais pas du genre à étaler mes trouilles sur la table, même mes couilles j’avais du mal à les mettre sur la table alors mes trouilles vous imaginez.

 

 

-         T’es content de le voir non ? C’est normal que tu sois effrayé mais c’est quand même une sacrée bonne nouvelle que tu revoies ton fils après toutes ces années, toi qui pensais que tu ne le reverrais jamais plus.

 

-         Ouais bien sur que je suis content quelque part, mais c’est vraiment planqué derrière une montagnes d’inquiétudes, en plus Béa doit avoir une raison bizarre, il doit s’être passé un truc pas net pour qu’elle débarque comme ça avec lui, je sais pas je la sens pas cette visite, y a du secret dans l’air, elle veut rien me dire, elle est fine speedée, le gamin est avec elle et je sais pas ce qui se trame derrière cette histoire, je sens un coup tordu.

 

-         Allons va ! Fais pas ton petit parano pour qu’on vienne te rassurer.

 

-         Me fais pas chier avec ça Alex, si t’as rien d’autre à foutre que de me renvoyer en pleine tronche mes inconsistances, alors c’était pas la peine de venir me faire chier à l’hôpital. Excuse-moi mais c’est un peu trop facile pour toi de te foutre ainsi de ma gueule.

 

 

Pour joindre le geste à la parole et bien lui montrer que je rigolais pas, qu’elle commençait vraiment à me courir avec son ironie, que le truc qui me tombait dessus c’était du sérieux et que j’étais loin de croire que j’étais capable de l’assumer, que j’avais pas encore complètement digéré le doberman et mon repos forcé, qu’elle ferait mieux de s’estimer heureuse que je n’avais pas passé la soirée chez ses parents à lâcher des caisses entre deux rôts avinés, j’ai levé des yeux noirs pour les planter en plein dans les siens - verts, rieurs -, putain c’était difficile, déposé un peu vite ma clope dans le cendrier devant elle, et attrapé ma pinte de Guinness dans un geste un peu théâtral, ce qui s’avéra être une idée douteuse vu l’état d’incompétence gestuelle, de désarticulation psychomotrice que mon stress et l’alcool ingurgité depuis le début de la soirée après deux semaines de sevrage m’avaient inoculés. L’élan rageur avec lequel j’ai saisi ma chope s’est prolongé légèrement au-delà du raisonnable et une bonne moitié du breuvage et venu s’étaler sur cette putain de pochette de disque de Coltrane dédicacée par le maître himself qui était punaisée au mur à côté de notre table. Le genre de connerie qui allait me mettre tricard au Be Bop pour vingt ans, sans compter que j’avais aussi de fortes chances de prendre la grosse main du proprio dans ma p’tite gueule.

 

Evidemment ça a fait son petit effet, Alex a bien tenté de se retenir pour ne pas m’enfoncer un peu plus mais ça a pas tenu, elle est partie dans un rire abominable, perché dans les aigus, avec des trémolos en fin de route. Vraiment l’air d’une conne. Tous les pochetrons du bistrot y sont allés bien sur de leurs gros rire gras, même Jean-Yves a lâché les touches de son piano pour se fendre en deux quelques minutes.

 

-         Hé Stef ! Y t’faudrait un ch’ti stage de rééducation psychomotrice aussi on dirait !

 

-         Ouais ! Qu’est ce qui t’arrive à balancer ta bière comme ça ? T’as cru voir un doberman ou quoi ?

 

-         Hola machin ! Pas la peine de t’en prendre à Coltrane hein, il  a jamais eu de chien, juré !

 

Le tout avec en musique de fond le rire cristallin et brillant d’Alexandra.

 

La totale quoi …

 

Je me suis levé, j’ai attrapé mon manteau et mes béquilles et je suis sorti en clopinant, l’air méchant et très fâché. Evidemment la chaise sur laquelle j’étais posé en a profité pour se renverser en arrière et s’éclater par terre, ce qui ne manqua pas d’entraîner une hausse du volume des rires qui emplissaient le bar. En gros, j’ai définitivement eu l’air d’un con, et y avait pas moyen de rattraper ça.

 

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Ellybis 05/02/2006 00:51

Merci pour la parlotte de ce soir, même si je ne te connais pas, ça m'a fait du bien, merci encore...

ledaoen ... 05/02/2006 08:25

Je t'en prie Elly à moi aussi ça a fait du bien.
Bon courage pour lundi, et à bientôt
ledaoen ...