"La machine Clinton est cabossée" Interview de Guy Millière

Publié le par ledaoen ...

Il est l'auteur de "Pourquoi Bush sera réélu" et publie dès le 17 janvier prochain la première enquête non autorisée sur l'imposture Michael Moore. Cet homme est le plus grand spécialiste français des Etats-Unis et possède un avantage indéniable sur toutes les cravattes pensantes d'I-télé et de LCI : il pense en Américain.
En exclusivité Guy Millière interviewé brièvement par The Community pour Ring à l'instant crucial des primaires américaines dans la course à la Maison Blanche.

 

1- Que pensez-vous de la percée de Mike Huckabee chez les républicains, et selon vous, cela aura-t-il une incidence sur la suite de la campagne ?

 

Au fil de la campagne, Mike Huckabee s'est révélé et est venu combler un manque. Aucun des candidats républicains ne satisfait pleinement l'électorat républicain et aucun d'eux ne s'est donné les moyens de combler ses lacunes. Mitt Romney a des difficultés à expliquer ses changements de position sur des dossiers importants. Fred Thompson n'a pas réussi à s'imposer. John McCain a, sur certains dossiers comme l'immigration et la santé des positions jugées trop à gauche. Rudy Giuliani n'a pas vraiment su jusqu'à présent aborder des thèmes autres que la sécurité et la nécessité de continer à mener la guerre contre le terrorisme islamique. Huckabee est venu combler une sorte de manque. Il répond aux attentes de l'électorat conservateur et religieux. sur de nombreux dossiers, cela dit, ses positions restent floues ou ambigues: socialement, il semble être tenté par des idées "sociales" de gauche. Il est de surcroit très inexepérimenté en politique étrangère. Les semaines à venir montreront très vite s'il sait dissiper le flou et les ambiguités. Si c'est le cas, il peut s'imposer. Thompson devrait abandonner la course très vite. Romney apparait en difficulté. Giuliani aussi. Resterait, par défait, McCain. Aucun candidat n'a su incarner pleinement la coalition que Reagan a su rassembler en son temps et qui s'est ralliée à George W. Bush. C'est un fait. Tout ou presque de décidera dans le mois qui vient avec les primaires de Floride, puis le 5 février, le "super mardi" où des primaires sont organisées dans vingt deux Etats.

 

2-Le facteur religieux/culturel sera-t-il réellement le plus important de la campagne ?

 

Je pense que ce sera un facteur très important. Le Président aux Etats-Unis est entouré d'une équipe de conseillers, et on ne lui demande pas essentiellement d'être un expert maîtrisant à fond tous les dossiers. L'important est sa personnalité, ce qui se dégage de lui en termes de force, de détermination, d'amabilité, d'intégrité morale. La force d'Obama est qu'il parle de Dieu comme un prêcheur, et qu'il se dégage de lui tous les ingrédients d'une personnalité présidentielle. Ses faiblesses sont son manque d'expérience et un passé en contexte musulman. Hillary Clinton semble forte et déterminée, mais manque de sincérité et d'intégrité morale. Huckabee a, comme Obama tous les ingrédients d'une personnalité présidentielle. Romney a des lacunes du côté de la sincérité et du contact humain : son appartenance au mouvement mormon pourrait aussi être un handicap. McCain a les ingrédients nécessaires lui aussi. Giuliani les a presque tous : son handicap est d'avoir divorcé deux fois.

 

3-Que pensent réellement les américains de la guerre d'Irak? Est-ce pour eux un sujet primordial dans le cadre des élections ?

 

La guerre d'Irak n'est plus du tout au centre de la campagne. Pour une raison très simple: chacun, à gauche comme à droite, voit que la stratégie mise en oeuvre par le général Petraeus a été un succès (ce qu'on ne dit jamais en France), et que la guerre est très vraisemblablement gagnée. Le thème de la politique étrangère, lui, restera important dans la campagne. Les républicains continuent à parler de la guerre contre le terrorisme islamique. Les démocrates parlent sur le ton de l'apaisement, à l'européenne. La campagne, cela dit, ne se jouera pas sur la politique étrangère, mais sur l'économie, l'immigration ou le système de santé américain, donc sur des thèmes de politique intérieure.

 

4 - Les candidats républicains ont-ils un projet atlantiste qui redonnerait toute sa dimension à une réelle complémentarité France/USA, notamment dans le cadre de la lutte anti-terroriste et d'une reprise de la civilisation occidentale ?

 

Il n'y a pas, à proprement parler, de projet global. Il existe une volonté affirmée de voir les liens avec l'Europe maintenus, voire resserrés. Le discours de Sarkozy en politique étrangère est bien reçu aux Etats-Unis, et l'appui de la France sur certains dossiers, tels le Liban, est reçu très positivement. Mais la vision de l'Europe qui prédomine aux Etats-Unis est celle d'un continent vieillissant, faible, tenté par l'apaisement en raison de sa faiblesse, et en voie d'islamisation. Dans ces conditions, les Républicains ne se font pas d'illusions: il vaut mieux une Europe qui se préoccupe encore de la survie de la civilisation occidentale qu'une Europe anti-américaine et suicidaire, mais l'Europe n'apparait pas comme une puissance du futur. Les projets réglementaristes de Bruxelles, de surcroit, inquiètent beaucoup aux Etats-Unis. Du côté démocrate, bien sûr, on ne voit pas les choses de la même façon : on rêve d'une amérique qui prendrait davantage modèlesur l'Europe.

 

5 - Savent-ils qu'il existe encore des cerveaux en activité en Europe et au Canada ?

 

Il existe une fuite des cerveaux, ou importation du capital intellectuel depuis l'Europe. On sait qu'il existe en Europe des gens de qualité, mais on sait aussi que le contextene leur est pas propice. Les chercheurs scientifiques européens sont considérés comme des recrues possibles pour des centres de recherche américains, et c'est un fait que les Etats-unis offrent des conditions matérielles de recherche bien meilleures. Les intellectuels européens apparaissent comme très "provinciaux" pour la plupart: fort peu d'entre eux paraissent capable de penser le monde lucidement. La gauche américaine des grandes universités, elle, aime les intellectuels de gauche à l'européenne, mais l'influence de cette gauche se limite aux grandes villes universitaires et aux bobos.

 

6 - Le judéo-christianisme, selon eux, est-il soluble dans une société civile en lutte contre tous les intégrismes quelle que soit leur provenance, y compris le territoire américain ?

 

Le judéo-chistianisme reste très puissant aux Etats-Unis : le pays est d'ailleurs à mes yeux le seul pays occidental véritablement judéo-chrétien. Un candidat à la présidentielle qui dirait ne pas croire en Dieu et ne pas prier n'aurait aucune chance d'être élu. A partir de là, la lutte contre l'islam radical et le terrorisme islamique reste une priorité pour des millions d'Américains. La notion d'intégrisme appliquée à d'autres que les islamistes n'est pas très utilisée aux Etats-Unis, sauf dans la gauche universitaire.

 

7 - Les Américains ne sont-ils pas en train d'exprimer des doutes quant à la candidature d'Hillary Clinton, ou bien doit-on attendre le résultat des primaires en Californie, Floride et dans l'Etat de New York afin de mieux dégager une tendance?

 

Hillary clinton n'a jamais eu une cote de popularité très haute. Bien des Américains lui reconnaissent des compétences, mais considèrent qu'elle est arrogante, hautaine, peu aimable, calculatrice, ouverte au mensonge. Elle garde une chance de l'emporter dans les primaires démocrates parce qu'elle a beaucoup d'argent et un appareil de campagne très efficace, mais Barack Obama apparait comme un candidadat neuf, plus aimable et plus sincère, et c'est pour cela qu'il séduit. Une vague en sa faveur est en train de se dessiner. On saura d'ici trois semaine si la vague dure et si elle est irrésistible. Pour le moment, le fait est que la "machine Clinton" est cabossée.

 

8 - Obama est-il un arriviste ou un homme sincère ?

 

Obama apparait comme un homme sincère. Je pense qu'il y a en lui un réel charisme et des convictions de gauche. Je pense aussi qu'il veut arriver, bien sûr. Il faut avoir en soi de l'arivisme pour mener une camapgne présidentielle. On ne peut, cela dit, pas ariver à la position de Président des Etats-Unis sans convictions et sans une "vision" du monde. Les questions posées ne cessent pas. Les caméras sont omniprésentes. Les journalistes d'investigation aussi. Un candidat qui serait seulement arriviste serait vite démasqué, bien plus vite qu'en Europe. Le passé d'Obama va être scruté intensivement à mesure que la campagne avancera.

 

9 - Ces derniers mois, les médias français nous ont abreuvés de papiers et de reportages sur la montée du créationnisme aux Etats-Unis, opposant systématiquement deux visions caricaturales de l"intelligent design" et du "darwinism" comme explication de nos origines (cf http://news.nationalgeographic.com/news/bigphotos/21329204.html). Il me semble cependant que ce thème ne semble pas polariser les électeurs américains et que les positions des candidats soient relativement flous à ce sujet sans que cela ne gêne les dits électeurs. Qu'en est-il ? (David Fréon)

 

Le débat en question n'est pas du tout au centre de la campagne pour les élections présidentielles et n'y est pas abordé. Il ne préoccupe pas les électeurs. Outre les questions économiques, sociales et géopolitiques, ceu-ci s'intéressent plus à des problèmes tels que le droit à l'avortement (quand commence la vie d'un être humain?), la peine de mort ou le droit de porter des armes à feu, qui est inscrit dans la Constitution sous la forme du deuxième amendement.

 

Lorsque le darwinisme est questionné aux Etats-Unis, c'est en général d'une manière bien moins simpliste qu'on ne le dit en France. On parle, en ces débats, effectivement, d'"intelligent design", dessin intelligent. Ceux qui parlent d'"intelligent design" ne nient pas l'existence d'évolutions, ils disent que les choses sont plus complexes que ne le dit Darwin, que la théorie darwinienne laisse de nombreuses questions sans réponses, et qu'il est difficile de tout expliquer sans recourir à l'idée que tout n'est pas le simple fruit de processus naturels et matériels(l'expression qu'ils emploient est irreductible complexity, complexité irréductible). La théorie de l'"intelligent design" pose davantage de questions qu'elle n'apporte de réponses. Ses tenants sont loin d'être des abrutis. On compte parmi eux des scientifiques, mais aussi des penseurs importants comme George Gilder, principal penseur de la révolution informatique.

Interview réalisée par le site www.surlering.fr

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