CYCLE 08

Publié le par ledaoen ...

Ces quinze jours à l’hôpital je m’y suis bien adapté finalement, c’est sur que vers la fin j’avais un peu les fourmis dans les pattes, envie d’aller me coller un demi au Be-bop, une bonne biture, et finir dans une cave à jammer avec deux ou trois rescapés de la nuit, réinventer Hendrix ou Miles Davis, chialer un bon coup en me noyant dans le Jack Daniel’s.

La veille de mon départ de l’hosto Alex est revenue avec les messages de mon répondeur, ben oui comme un con j’y avais pas pensé à mon répondeur et elle a du s’envoyer une bonne cinquantaine de messages de tout un tas de gens, musiciens, dealers, compagnons de beuverie, famille et compagnie.

Et puis elle m’a dit que Béa avait laissé un message et qu’elle débarquait dans deux jours.

-      Qui ça ?

-      Béatrice, ton ex-femme, joue pas au con t’as très bien entendu, elle a laissé son numéro de portable t’as qu’à la rappeler.

-         Béatrice ?

-         Ben oui grand nigaud, Béatrice, la maman de ton fils, que tu ferais bien de voir plus souvent d’ailleurs.

Elle avait pas cillé en disant ça. C’était une attaque en règle, j’avais du tellement la faire chier pendant mon séjour de grand malade qui avait besoin de tout un tas de trucs et qu’elle pouvait pas me refuser parce que c’était quand même grâce à elle si j’étais là comme un con, découpé en petits morceaux, qu’elle a saisit cette occasion pour m’envoyer une petite lame, juste sous la poitrine gauche, en plein cœur. Elle savait très bien que c’était un endroit sensible, que si je voulais voir Léo je devais me payer un billet d’avion pour Stockholm et encore c’était pas sur que sa mère me laisse le voir, et puis de toute façon que je m’inventais tout un tas de conneries dans ce genre pour ne pas avoir à le voir ce gosse, tellement il me fichait la trouille, tellement je craignais qu’il me fusille d’un seul regard, tellement je me sentais rien du tout juste en y pensant. Alexandra savait tout ça. Je me suis dit que j’allais garder ça dans un coin. Pour l’instant, j’avais une nouvelle bien plus surprenante et porteuse de problèmes à venir à regarder en face. Béatrice débarquait après demain.

-         Mais, qu’est ce qu’elle a dit ? Pourquoi ? Qu’est ce qu’elle veut ?

J’ai pensé un moment qu’elle venait gueuler parce que mon chèque du mois n’était pas encore parti mais c’était pas son genre à Béatrice, elle se prenait pas la tête avec un voyage pour ça, elle passait un coup de fil et je recevais la visite d’un flic dans les deux jours, et elle attendais en général que j’ai trois ou quatre mois de retard avant de se lancer dans ce genre d’extorsion amicale.

-         J’en sais rien Stef, elle a rien dit, juste qu’elle allait venir te voir et qu’il fallait que tu l’appelles sur son portable.

-         Bordel mais qu’est ce qu’elle veut ? L’appeler sur son portable ? Un portable scandinave ? Mais elle sait même pas ce que ça coûte un coup de fil comme ça. Putain mais elle changera pas cette salope. Elle croit peut être qu’on vit tous sur l’or comme elle.

Je faisais le méchant mais j’en menais pas large.

En fait j’avais surtout pas envie de l’appeler, j’avais envie de retourner dans mon lit d’hôpital, qu’on me remette mes plâtres et qu’on me foute la paix, pour ça j’aurais même refait quelques pas de danse avec le doberman.

-         Ouais, allez, tu me la fais pas à moi s’il te plait hein. Et puis si tu veux, t’auras qu’à appeler depuis chez moi. D’ailleurs j’ai oublié de te dire, mes parents voudraient bien t’avoir à dîner un de ces soirs. Je sais que t’en as pas envie, mais je te demande ça comme une faveur. Le toubib qui te soigne est ok pour te laisser sortir aujourd’hui vu que t’as bien récupéré et qu’il en a marre de te voir fumer des joints dans la chambre de ton pote, alors pourquoi pas ce soir ? T’appelleras Béa depuis là bas, je t’assure que tu pourras rester au téléphone tant que tu veux.

Elle rigolait doucement en me balançant tout ça, elle savait bien que j’en avais rien à foutre du coût de l’appel, elle savait bien que je voulais pas appeler. C’était quoi cette journée ? J’étais bien tranquille pour une fois, je m’étais trouvé une bonne planque avec téloche, musique et pétards, et voilà que coup sur coup, je dînais chez les parents d’Alexandra le soir même et Béa débarquait le surlendemain. Elle avait vraiment l’air de s’amuser en me regardant.

-         Dis tu veux pas arrêter de rigoler Alex ? J’vois pas ce qu’il y a de drôle dans tout ça.

-         Moi j’aime assez te voir te dépêtrer dans tes conneries, surtout quand tes responsabilités te reviennent en pleine face et que tu peux pas y échapper. Me gâche pas le plaisir s’il te plaît. C’est pas souvent que t’es mignon comme ça, comme un gosse de 10 ans qui vient de péter la baie vitrée de ses parents avec son ballon et que ceux-ci vont rentrer dans dix minutes.

-         Alex arrête de me brancher, y a vraiment pas de quoi s’marrer. Si Béatrice débarque c’est qu’il doit y avoir quelque chose de grave, peut-être que Léo a eu un accident, qu’il est gravement malade je sais pas moi. On sait pas. Alors rigole pas d’acc ? Tu te foutras de ma gueule plus tard.

-         T’as qu’à appeler rapidement comme ça tu seras fixé. Ecoute il est 16 heures là, tu t’habilles, tu signes la paperasse de sortie, dans une heure on est chez mes parents et tu passes ton coup de fil, après, t’auras juste à t’installer dans un fauteuil, mon père te servira un scotch et vous discuterez entre mecs pendant que j’aiderais ma mère à faire le dîner, tu vois on est encore au XIXe siècle chez mes vieux. T’essayeras d’être gentil, tu fumeras pas de pétards, tu pourras te saouler un peu et t’auras le temps de voir venir avant l’arrivée de ton ex. Elle est si terrible que ça pour que tu en aies une chocotte pareille ?

Et re-sourire mi-narquois, mi-attendri en plein dans les mâchoires.

Nous fîmes donc comme Alexandra l’avait décidé.

Qu’est ce que vous voulez objecter à une fille qui vous prépare le dîner avec sa maman pendant que vous buvez le whisky de son père ? Franchement. A une gonzesse qui vous dépose le programme de vos 24 prochaines heures sur un étal, dans l’ordre, vous avez plus qu’à vous servir. Et puis ces 15 jours de prise en charge totale m’avaient quelque peu ramollis, on s’habitue à ne rien décider d’autre que d’aller pisser, fumer un joint, se branler ou faire un peu de charme à l’infirmière de garde. A l’hôpital, et en ce sens c’est assez proche de la prison, on ne décide rien, tout est organisé, même les gens qui viennent vous voir c’est pas vous qui décidez, ou ce que vous bouffez, ou l’heure à laquelle vous vous réveillez, rien. Alors comme j’étais encore censé être à l’hôpital ce soir mais que le gentil docteur a bien voulu faire une fleur à Alexandra (je suis à peu près sur qu’elle avait déjà tout organisé depuis longtemps, cette sortie prématurée, le dîner avec ses vieux, tout, pas moyen de lutter avec un sumo pareil), donc j’acceptais que ce soir encore une fois, on allait décider pour moi.

Le fait est qu’il était clair que ça me dépannait bien aussi parce que je n’avais aucune idée des décisions que je devais prendre dans les quelques dizaines d’heures qui arrivaient là, tout de suite. Cette prise en charge totale avec demi-pension me laissait un peu de répit.

Mais putain il allait falloir que j’appelle Béatrice et ça c’était un truc qui me faisait pas rire.


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ledaoen ...

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dr M 21/12/2005 15:27

Pis c'est quoi cet Alex qui t'invite chez ses parents ...; ça sent le coup fourré gars ..; à mon avis , elle va te mettre le grapin dessus , vite fait ... pire qu'une portugaise ... au fait , tu connais le petit trou vert ?

Dr M 21/12/2005 15:26

Oui ... bon ...
Qu'est ce que t'as été faire avec une suedoise ???( Sexualité mise à part )