Du Communisme, par Maurice G Dantec

Publié le par Maurice G Dantec

Lecture du Monde du 24 mars : Daniel Ben Saïd, trotskiste de la première heure qui manifesta aux côtés de Megret et de Le Pen  pour soutenir la  Serbie de Milosevic, essaie visiblement, dans un "essai" nommé de manière  involontairement comique "nouvel esprit du communisme", comme si ce résidu  idéologique de matérialisme et de dialectique post-hegelienne en avait jamais  possédé la moindre trace, de nous refaire le coup du "communisme réel"  versus le " communisme utopique", manœuvre habituelle et usée jusqu'à la corde qui consiste à nous faire croire que le communisme n'a pas encore été réalisé dans les faits, et que jusque là "tout fut perverti et faussé" par on ne sait quelle étrange maladie qui a affecté absolument TOUTES les expériences socialistes marxistes, sous TOUTES les latitudes et à TOUTES les époques. Cette manoeuvre à pour but de protéger par l'absurde les responsables de la plus fantastique opération de décervelage idéologique et de destruction des cultures jamais produite dans l'histoire humaine de tout procès exemplaire, analogue à celui qui jugea les bourreaux nazis que le sacro-saint "devoir de mémoire" nous oblige à sans cesse clouer au pilori, tandis que croupissent encore dans les charniers et les fosses communes de
l'histoire les victimes du socialisme bolchevique qui commirent l'erreur funeste de mourir pour le compte d'une "utopie" et non d'un vulgaire racisme.

Le néant de cette pensée de cacochymes humanistes devrait nous arracher une larme de commisération si elle n'était aujourd'hui le signe de ralliement de tous ces vieux et jeunes crétins qui, comme il y a un siècle, ont décidé d'en "finir avec le libéralisme marchand" et qui polluent sans discontinuer l'espace médiatique de diatribes convenues et ineptes contre une soi-disant pensée unique, dont ils sont les seuls et uniques représentants et ce depuis  toujours. Transférer sur l'autre, sur le "libéral", on dit aujourd'hui "néolibéral" ou "ultralibéral", et généralement les mots "réactionnaire" puis "fasciste" suivent dans la foulée, transférer sur "l'ennemi de classe" les tares les plus visibles de son propre fonctionnement est depuis toujours  l'arme favorite des socialistes de toute obédience. Si l'on s'oppose en quelque terme radical au communisme, si l'on veut en effet l'ouverture immédiate d'un grand procès contre les dictatures socialistes, de Cuba au Vietnam, de la Corée du Nord à l'ex-Yougoslavie, de la Chine Pop à l'ex-URSS, si l'on attend avec impatience, et qu'on s'en ouvre publiquement, qu'un juge espagnol, ou latino-américain poursuive Fidel Castro le Caudillo comme on a poursuivi Pinochet (20 000 morts et disparus contre 3000), contre tous ceux - universitaires collabos et journalistes décérébrés - qui se drapèrent dans leur bonne conscience outragée en nous pondant cet affreux pathos rococo pleurant la mort de "l'âme" du communisme, ou en accusant les riches Ouest-Allemands d'êtres plus riches (et pour cause) que leurs voisins de l'Est, et ce en dépit qu'ils allaient dépenser sans barguigner environ 1000 milliards de dollars pour une réunification qui fut regardée avec le plus total mépris depuis les ors mitterrandiens de l'Elysée, comme par l'ensemble du corps social français, si les grèves de 1995 vous sont apparues telle la simple et éternelle ritournelle syndicratique de la fonction publique, et si les braillements vociférés par les groupuscules de l'ultra-gauche anti-OMC ne génèrent en vous qu'un bâillement d'ennui caractérisé, si vous restez convaincu que l'économie de marché est un processus majeur et fondamental de l'hominisation sur cette planète et si la globalisation actuelle ne vous semble pas plus "dangereuse" que l'incroyable mutation de la Renaissance, bref, si vous ne croyez pas plus aux pleurnicheries de Günter Grass qu'à celles d'un Peter Handke, si les beuglantes déjections de Harold Pinter au sujet de l'impérialisme américain vous paraissent sorties d'un vieux film de propagande datant de la Révo.Cul. dans la Chine Pop, ou des discours d'un des nouveaux mentors antisémites de l'actuelle Douma, si la vision de Robert Hue, ou d'un quelconque apparatchik national-bolchevique, ou pseudogaulliste, vous contant la "fantastique utopie de libération qu'a représentée le communisme dans le coeur de millions d'hommes et de femmes" vous hausse le coeur, alors n'en doutez pas, vous êtes un dangereux fanatique d'extrême droite, un odieux fasciste réactionnaire vendu à la Trilatérale, et donc bon à fusiller, en quelques lignes, ou d'une balle dont la facture sera ultérieurement envoyée aux parents qu'il vous reste.

Ce qui différencie à tout jamais l'esprit socialo-utopique, aux origines rousseauistes et positivistes clairement identifiables (Jean-Jacques Rousseau plus Auguste Comte égale Proudhon, plus Hegel et Feuerbach égale Marx) de l'esprit critique expérimental, dit "libéral", c'est que même après qu'une multitude d'expériences de toutes natures, à toutes les échelles, sous toutes les latitudes, dans toutes les conditions, eurent été conduites sans le moindre succès - et même pire, en occasionnant des régressions dévolutives telles aux sociétés en cause qu'elles ne peuvent espérer s'en sortir en quelques années, des générations entières seront encore sacrifiées par la terrible force d'inertie des idéologies totalitaires -, eh bien, tant pis, cela n'indique toujours pas que la théorie est infondée, la méthodologie incorrecte, et l'erreur humaine, passons donc à autre chose. Si le socialisme a échoué, partout, et toujours, qu'il échouera toujours, et partout, la preuve en a été apportée à chaque fois par l'une ou par l'autre de ces expérimentations délirantes basées sur le "socialisme scientifique", qui ont toutes, chaque fois, accéléré la paupérisation et la déculturation ainsi que la corruption généralisée et la criminalisation de toutes les sociétés sur lesquelles elles furent conduites, en les ayant préalablement enfermées dans un corset de type policier/prophétique paranoïde. Mais cela importe peu, il convient pour tous ces nostalgiques, de ressusciter la macabre farce idéaliste que ce pseudo-matérialisme décadent a imposé durant près d'un siècle à quatre-vingt millions (80.000.000 !!!) de cobayes qui en sont morts, et aux quelques milliards qui, on ne sait trop comment, y ont péniblement survécu.

Le communisme et ses partisans - depuis la publication en 1956 par Khrouchtchev lui même d'un rapport évaluant la portée gigantesque des crimes du stalinisme - ont constamment tout fait pour que jamais les fondations de l'expérience socialiste collectiviste ne soient remises en cause par un quelconque éclairage donné sur les crimes massifs commis dés les origines par la révolution des soviets (et non à cause d'une tardive "perversion" due au seul dictateur-très-méchant-Joseph-Staline), ni surtout par la plus simple objectivité scientifique concernant l'étude des faits dans leur ensemble: témoins, archives, textes de propagande.
Jamais, au grand jamais il ne faut permettre que soit établie cette donnée proprement scandaleuse pour un "progressiste" de la fin du XXe siècle : que le communisme a été encore plus meurtrier et totalitaire que son concurrent nazi. En Amérique, le négationnisme rouge a trouvé son plus brillant porte-parole en la personne de Noam Chomsky, linguiste réputé et de grand talent. Chomsky ne se contente pas de défendre le "droit à expression" des révisionnistes pronazis (voir l'affaire Faurisson), il faut aussi se souvenir qu'il fut lui même négationniste, puisqu'il se permit, et se permet encore, en dépit de toutes les preuves accumulées, dont des dizaines de milliers de crânes d'enfants déterrés, de nier l'existence d'un génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge entre 1975 et 1979. En Amérique du nord, la pensée de Chomsky est visiblement l'onde porteuse de toute une "génération" de pamphlétaires à la petite semaine qui tiennent le haut du pavé dans les médias de la contre-culture comme dans la presse "traditionnelle", tout particulièrement on l'aura deviné, aux rubriques politiques et culturelles. Tandis que l'illisible somme de mensonges tchékistes rassemblés par cet histrion de Hobsbawm (Histrion universitaire britannique qui continue de nier la responsabilité soviétique dans le massacre de Katyn alors que les archives du KGB-NKVD sont ouvertes depuis 1990 et que la liste des victimes y est répertoriée, ainsi que l'occurrence de leur exécution.) a été largement, et avec moult variations dithyrambiques, commentée par absolument tous les chroniqueurs littéraires en ville - tous les petits collabos décérébrés de l'ordre rouge y voyant une vision "politiquement incorrecte" des événements du siècle (quelle dérision et quelle infamie) -, le Livre Noir du communisme de Courtois et Werth, et je ne parle pas des travaux de François Furet qui n'est pas "un historien crédible" comme on le sait en lisant la prose réaliste-socialiste du Monde Diplodocus et la consternante platitude des écrits d'Halimi (qui se prend lui pour un nouveau prophète de la Révolution mondiale contre le désordre marchand) ne sont apparus nulle part dans le champ de vision de nos petits kapos intellectuels.

Rappelons comment les intelligentsias occidentales, confrontées à la soudaine et terrible vérité que le communisme était si absurde et inefficient qu'il venait de s'effondrer tout seul sur lui-même, entreprirent tranquillement sa réhabilitation posthume après la première guerre du Golfe, puis durant la désagrégation de l'ex-Yougoslavie, qui fut au départ imputée aux méchants nationalistes croates pro allemands. Rappelons les lynchage, presque physique, qu'essuya l'écrivain mexicain Octavio Paz après qu'il eut simplement affirmé en 1987 ce que les archives du KGB nous ont maintenant appris de source sûre : que les sandinistes nicaraguayens, comme les cubains castristes, ou le Chili d'Allende, étaient soutenus directement par les services secrets soviétiques, comme les contras et Pinochet étaient soutenus par ceux des Etats Unis, un propos qui ne témoignait pas d'une impartialité écoeurante mais qui valut à Octavio Paz une campagne de presse haineuse et hystérique de toute la "gauche intellectuelle" latino-américaine, campagne de dénigrement fanatique et stupide d'un tel niveau que les pires éditorialistes du Stürmer ou de la Pravda, n'auraient voulu s'en inspirer."

Le goulag reste étranger au "devoir de mémoire". Aucune commémoration silencieuse n'est annoncée dans un futur proche en souvenir des 80 ou 90 millions de victimes des génocides communistes. Pire encore, les valets de cette idéologie en morceaux, et qui tiennent bon nombre de revues universitaires et culturelles, ont décidé de réitérer sur les victimes de ces crimes passés le geste mille et mille fois répété depuis les origines de cette forme de pensée, il illustrée par une phrase restée célèbre de George Orwell : "Le visage du futur ? Une bouche écrasée par une botte"

Grâce à eux, une nouvelle phase de l'histoire s'écrit comme étant celle où même les morts n'ont plus droit à la parole.

Oeuvrer à la transmutation générale de l'économie humaine avec la boite à outils du marxisme revient à vouloir envoyer un homme sur la lune avec une catapulte.
C'est bien sur THEORIQUEMENT faisable.

Maurice G Dantec, Laboratoire de catastrophe générale

Gallimard,2001

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dr M 11/12/2005 22:07

Yop ... il me semble que Voltaire à voulu créer un des premieres "experience " de communisme en fondant un village ( non loin de Delle , en Suisse ) , ce ,apres avoir écrit " Candide " ... il voulait apparement créer l'Eldorado qu'il à decrit dans le livre .
Il me semble aussi que cette aventure n'a tenu qu'un an !
( J'y pense par rapport au Communsime ... les regles de vie de son Eldorado etaient proche de ce que je me fais de l'ideologie communiste , à savoir le partage egal en tout ... superbement Utopique , et puit sans fin d'injustice .
Par rapport à Dantec , pas lu Villa Vortex , mais Cosmos incorporetid ( ? ) me branche pas mal !
Bien à vous toutes et tous
Dr M

systool 09/12/2005 18:29

merci d'avoir répondu aussi rapidement... en effet c'est respectivement une question de point de vue et de goûts ;-)

A+

Ton blog est en tout cas très intéressant

ledaoen ... 09/12/2005 18:28

Encore une toute dernière précision, si Dantec est née dans une famille de communistes, il n'a jamais été communiste lui-même, et encore moins "communiste invétéré". Cette information est fausse elle aussi.
Amitiés
ledaoen ...

ledaoen ... 09/12/2005 18:23

Merci pour votre commentaire.
Fasciste sioniste ?
Diable. Les grands mots.
Ok pour le sionisme, ce qui n'a rien d'infamant, mais Dantec à toujours combattu le fascisme, ainsi que tous les totalitarismes. Cette accusation est donc sans fondement et injuste, mais très partagée dans les milieux bien-pensants.
En ce qui conserne ses livres Villa Vortex est en effet plus difficile d'accès que tous les autres, et sans doute plus embrouillé, mais un ennui mortel ? Non. Pas d'acc non plus. Mais là c'est une affaire de goût.

Amitiés
ledaoen ...

systool 09/12/2005 18:18

A propos de DANTEC, j'ai bien aimé BABYLON BABIES, par contre VILLA VORTEX est d'un ennui mortel...

Quant aux opinions politiques de Dantec, je n'ai pas beaucoup apprécié sa reconversion en fasciste sioniste, alors qu'il était un communiste invétéré auparavant...