Judéophobie, antisionnisme, antisémitisme ... quelques pistes

Publié le par ledaoen ...

395 actes antisémites recensés par le ministère de l’intérieur entre le 29 mars et le 17 avril 2004, 395 en moins de trois semaines, soit 20 par jours. N’en déplaise à ceux qui pensent qu’il « ne faut pas dramatiser », il s’agit d’une flambée. Graffitis, menaces de mort, incendies, tabassages. Durant l’année 2003 il y eu 125 violences antisémites; il y en eu 32 en 2001, une seule en 1998. En 2003 toujours, les juifs constituaient à eux seuls 81% des blessés par violence racistes en France. En d’autres termes, plus de trois quarts des actes racistes violents dans notre pays touchent des individus d’origine juive. Le racisme numéro 1 dans l’hexagone, c’est bien l’antisémitisme. Ces chiffres sont issus du rapport annuel sur le racisme et la xénophobie de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH).

En 2003, les juifs constituaient à eux seuls 81% des blessés par violence racistes en France

Surpris ? Personnellement je le fus lorsque j’ai pris connaissance de ces chiffres, j’étais loin d’imaginer une telle explosion, et encore plus loin de concevoir que ce racisme immonde et irrationnel, qui fut à l’origine de la plus terrifiante tentative de destruction humaine jamais réalisée dans notre histoire, puisse ressurgir ainsi, aussi brutalement, dans notre pays, pays de l’affaire Dreyfuss et de l’Etat français collaborateur, pays où en 2002, un des hommes politiques les plus ouvertement antisémite d’Europe à fait 20% des suffrages après avoir été pendant 15 jours le président potentiel de la France, et tout cela 60 ans à peine après la libération d’Auschwitz.

Mais le plus surprenant était encore à venir, c’est en discutant de ce sujet avec certains proches, ou de vagues connaissances que je me suis aperçu avec stupeur combien, dans des termes plus policés souvent, où en se masquant derrière des adjectifs moins « honteux » qu’antisémite, comme « antisioniste » ou « judéophobe », ou encore derrière le rejet absolu et permanent d’Israël, qualifié d’état fasciste et raciste, que l’antisémitisme français d’aujourd’hui n’était pas l’apanage comme on le prétend souvent d’une jeunesse d’origine musulmane qui, par recherche d’identité ou par absolutisme religieux s’identifierait aux souffrances du peuple palestinien et rejetterait ainsi, souvent par ignorance, tout ce qui se rapporte à Israël. Une fois encore, nos immigrés d’origine musulmane ont bon dos. Non, dans des discussions ordinaires, avec des personnes de tout milieux et de toutes origines, et plus encore avec une certaine gauche alter-mondialiste et antilibérale, celle qui accueille à bras ouverts le prédicateur Tarik Ramadan dans les Forum Sociaux, il m’est arrivé à plusieurs reprises de ressentir un profond malaise en entendant certains arguments.

Fin 2004, Jean Christophe Rufin, président d’action contre la faim, a été chargé par le ministère de l’intérieur de rédiger un rapport sur la question de l’augmentation des actes antisémites en France.

Je vous livre ses conclusions :

« Parmi toutes les formes subtiles d’antisémitisme par procuration, il en est une qui doit être particulièrement distinguée car elle émerge depuis quelques années comme forme de discours dominant : c’est l’antisionisme radical. Pour l’essentiel, cet antisionisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialisation, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes. Il est fortement représenté au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte. Israel, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme état colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du tiers-monde. »

« Ce n’est pas systématiquement la faute de l’autre, totalement, si personne ne peut vous blairer partout où vous mettez les pieds. Parce qu’en gros c’est à peu près ça leur histoire tu vois. Ca fait quand même 2500 ans, où chaque fois où ils mettent les pieds quelque part, au bout de cinquante ans ils se font dérouiller. »
Alain Soral, essayiste de gauche

Quelques citations vous feront je l’espère, prendre conscience de cette vague curieuse et indigeste qui submerge une partie de la classe politique et médiatique française, à gauche notamment :

Mouna Naïm, journaliste au Monde, « les informateurs palestiniens sont des collabos »

Edgar Morin et Sami Naïr, chevenementistes : « le peuple élu agit comme la race supérieure » et plus loin « les victimes civiles palestiniennes sont désormais quinze à vingt fois plus nombreuses que les victimes israéliennes » (plus c’est gros plus ça passe).

Guy Sorman, janvier 2003 « Israël est un accident historique et je ne vois pas comment il va pouvoir tenir plus longtemps que le royaume de Jérusalem en son temps »

Jean Claude Willem, maire communiste de Seclin, ordonne en février 2003 à ses services de restauration de boycotter les produits israéliens et met sur le même plan Jénine et Ouradour sur Glane, notant des ressemblances entre Tsahal et les SS.

Alain Soral, Sociologue essayiste qui se définit comme communiste en 2004 : « Ce n’est pas systématiquement la faute de l’autre, totalement, si personne ne peut vous blairer partout où vous mettez les pieds. Parce qu’en gros c’est à peu près ça leur histoire tu vois. Ca fait quand même 2500 ans, où chaque fois où ils mettent les pieds quelque part, au bout de cinquante ans ils se font dérouiller. »

Et pour finir, notre Dieudonné national qui déclame : "je sais que je ne suis pas invité dans les émissions d'Arthur, parce qu'il soutient l'armée israélienne de Tsahal"

J’en passe et des plus nauséabondes je pense que cela suffit.

Ce modeste texte n’a pas pour but de procéder à une minutieuse analyse de ce nouvel antisémitisme et des liens qu’il entretient avec l’antisémitisme historique du continent européen d’origine religieuse puis nationaliste. Il n’a pas pour but non plus d’analyser quels sont les liens de ce nouvel antisémitisme avec le conflit israélo-palestinien. Il faudrait y consacrer un livre entier. Pour ceux qui souhaitent approfondir ce sujet précis, je renvoie aux deux derniers ouvrages de Pierre André Taguieff sur ce sujet, « la nouvelle judéophobie » et tout récemment « Prêcheurs de haine », ainsi qu’au remarquable petit essai de Finkelkraut « Au nom de l’autre, réflexion sur l’antisémitisme qui vient ».

Je ne développerais pas non plus le problème du terme antisémite, qui est réel car le mot sémite décrit aussi bien les juifs que les arabes, ce qui permit à certains de dire « moi ? antisémite ? Impossible je suis arabe, donc sémite. » Mauvaise foi qui cherche à embrouiller les esprits en confondant volontairement le mot dans sa signification étymologique et dans son usage courant. Il est vrai toutefois que ce mot représente du coup une ambiguïté et c’est pour cela qu’avec Pierre André Taguieff je lui préfère le mot judéophobie pour exprimer aujourd’hui ce rejet spécifique dont est l’objet la communauté juive.

pour la gauche radicale en mal de symbole prolétarien suite à la faillite des idéologies marxistes, le combattant palestinien est devenu le héro d’une nouvelle lutte des classes à l échelle mondiale

J’entends parfois dire que ce sont les juifs qui sont responsables de la nouvelle judéophobie en raison du comportement de l’Etat d’Israël dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza. Ce qui est tout de même d’une terrible malhonnêteté intellectuelle, ou une tentative lamentable de se trouver des excuses sans aucun fondement.

Car enfin, les juifs de France et d’ailleurs, et même une partie des juifs d’Israël ne sont pas responsables, ni même forcément solidaires ou intéressés par la situation au Proche Orient. Et quand bien même le seraient-ils pour certains d’entre eux, ce n’est pas une raison pour dire n’importe quoi au sujet de ce conflit. Car le fond du problème est bien là, au-delà des légitimes reproches que l’on peut adresser à l’administration israélienne dans sa gestion du conflit, il existe, en France surtout, aussi bien dans la plupart des médias dominants et chez les politiques que dans la conscience d’une grande partie de l’opinion publique, l’une étant sans doute la conséquence de l’autre, une vision diablement simpliste, manichéenne et angélique de la situation israélo-palestinienne, une diabolisation quasi-systématique de l’un des belligérants (Israël, soi-disant armée surpuissante aux ordres des Etats-Unis qui impose sa loi militaire en écrasant dans le sang les révoltes palestiniennes), et de l’autre côté un peuple soi-disant fier et désespéré, pauvre et abandonné, dont on a volé la terre et qui lutte avec très peu de moyens contre un pays colonial et une armée sans pitié. Les victimes sont systématiquement palestiniennes et les bourreaux systématiquement israéliens. Les raisons de cette vision manichéenne et quelque peu simpliste de ce conflit en France sont multiples, politique arabe de la France, calculs politiques en raison de l’importance de la communauté musulmane, mauvaise conscience coloniale, et pour la gauche radicale en mal de symbole prolétarien suite à la faillite des idéologies marxistes, le combattant palestinien est devenu le héro d’une nouvelle lutte des classes à l échelle mondiale.

Par ailleurs, comme pour toute situation complexe, nous recevons des images par centaines et nous forgeons des opinions en fonction de ce que nous voyons, de ce que l’on veut bien nous montrer. Du coup, notre vision du conflit, est incroyablement superficielle et bien souvent limitée à la puissance émotionnelle des images.

Or cette nouvelle judéophobie est comme nous l’avons vu, profondément lié à ce qui se passe en Israël et au conflit israélo-palestinien. Et il ne s’agit surtout pas ici de taxer d’antisémitisme toute personne se livrant à une critique objective de la politique de l’état hébreu, ce qui est légitime. Non, il s’agit de confondre ceux qui utilisent ce conflit afin de justifier leur judéophobie, afin de lui donner une soi-disant respectabilité et qui pour cela travestissent les mots et la réalité afin de retourner la responsabilité d’un gouvernement particulier sur « les juifs » en général. Il s’agit là rien de moins que du vieux principe de généralisation qui participe très souvent du racisme quel qu’il soit, quand il porte à dénigrer une communauté en tentant de justifier ce dénigrement en raison d’actes individuels répréhensibles commis par un ou plusieurs membres de cette communauté.
Voila pourquoi ce modeste travail souhaite apporter une tentative d’éclairage sur des termes, des concepts, mais aussi sur un peu d’histoire, dont l’exacte compréhension est primordiale si l’on veut réellement réfléchir à cette question très complexe où se trouvent mêlés le judaïsme, le sionisme et la naissance de l’Etat d’Israël.

« Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour les peuples d'Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu'ils sont Juifs. En un mot, c'est de l'antisémitisme. »
Martin Luther King

1ere réflexion : que vient faire une liste euro-palestine dans les listes françaises des élections européennes ? Pourquoi pas une liste euro-tibet ou euro-tchetchenie ? Quelle est cette manie de se focaliser sur un seul conflit dans le monde dans une élection qui n’a aucun rapport avec ce conflit ? Je ne répondrais pas à cette question, laissant à chacun de vous le soin d’y apporter sa réponse.

2 eme réflexion :  Une citation de Martin Luther King : « Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour les peuples d'Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu'ils sont Juifs. En un mot, c'est de l'antisémitisme. »

Qu’est ce donc que le sionisme ?

Fondé à la fin du XIXe siècle par l’écrivain et journaliste hongrois Theodor Herzl après la vague d’hostilités antijuives qui avait notamment déferlé en Russie, en Pologne puis en France avec l’affaire Dreyfus,  le mouvement sioniste s’est donné pour objectif d’établir un territoire réservé aux Juifs dans la perspective de leur assurer, compte tenu des persécutions dont ils étaient souvent victimes, une sécurité définitive. Ce mouvement, né au milieu des nouvelles idéologies socialistes et marxistes alors en pleine expansion est alors considéré comme un mouvement de gauche, proche du socialisme. Il s’agit de plus d’un mouvement clairement laïque.

Le sionisme signifie le retour à Sion - autre nom de Jérusalem - aspiration qui a toujours existé au sein du peuple juif depuis sa dispersion, suite à la destruction du temple en 70 après l'ère chrétienne et qui a même tenté parfois de se réaliser individuellement, au cours des siècles.

Mais cette aspiration n'a pu se transformer en mouvement politique qu'à la fin du 19ème siècle, sous l'impulsion de Théodore Hertzl. Confrontés aux différents mouvements nationaux qui se développaient en Europe, les sionistes constatent que le peuple juif, soumis aux aléas des interdits et des différents mouvements de haine des pays où il vit, ne peut s'émanciper que dans le cadre d'un foyer national juif. Ainsi le sionisme s'oriente vers un projet collectif de libération nationale qui tourne le dos à l'orthodoxie religieuse mais s'ancre dans la culture et l'histoire même du peuple juif.

Aujourd'hui, le sionisme est entendu comme le fondement idéologique de la légitimité d'Israël. Comme tout mouvement national, le sionisme depuis ses origines comporte différentes tendances en son sein, du sionisme de gauche au sionisme de droite. Et de très nombreux sionistes luttent pour la Paix en Israël (le mouvement « La Paix Maintenant » par exemple) et reconnaissent la légitimité d'un Etat palestinien, souhaitant sa création dans le cadre des territoires occupés après 1967. Alors Quelle est donc cette manie de vouloir se dire antisioniste, et notamment dans la gauche radicale française ? Que veux dire antisionisme ?

Etre antisioniste aujourd’hui, ce n’est pas être opposé à la politique de Sharon, mais c’est refuser l’existence d’Israël, et franchement, quel Européen pourrait, après la Shoah, contester à Israël son droit à l'existence ?

Aujourd’hui on se prétend antisioniste lorsqu’on est opposé à la politique de Sharon, or cela n’a aucun sens. Le sionisme est le mouvement de libération nationale des juifs, il s’agit du projet politique donnant aux juifs le droit à une nation, et la très grande majorité des juifs d’Israël de gauche comme de droite, sont sionistes. L’existence de l’Etat d’Israël est la conséquence du sionisme. Israël n’existerait pas sans le sionisme. Il est d’ailleurs curieux de constater que parmi les rares partis politiques en Israël qui se définissent comme anti-sionistes figurent des partis ultra-religieux. Se définir aujourd’hui comme anti-sioniste ne signifie rien d’autre que de souhaiter la disparition d’Israël puisque c’est le sionisme qui est à l’origine de cet Etat. Et de la disparition d’Israël à la disparition des juifs il n’y a pas loin non ? Il est dangereux d’utiliser des mots autant chargés d’histoire et de conflits comme ce mot là sans en connaître le sens exact et le cheminement historique. Il ne faut pas confondre les ultra-sionnistes d’extrême droite, ou les ultra-orthodoxes, qui souhaitent donner au sionisme une connotation religieuse ou expansionniste (la lutte des ultra-orthodoxes pour le grand Israël) avec le mouvement sioniste né au XIXe siècle et qui a permit la naissance d’Israël. Je le redis avec force, être anti-sioniste aujourd’hui signifie refuser l’existence d’Israël, et non pas critiquer Sharon, à ces mots la citation de Martin Luther King prend toute sa dimension.

Certes il est une posture intellectuelle antisioniste qui peut être défendue, et qui existe d’ailleurs chez de nombreux juifs, c’est celle de l’antisionisme des origines. En effet face au mouvement sioniste au 19e siècle, de nombreux juifs se sont dressés pour dire que le sionisme allait être une catastrophe pour les juifs, ils étaient opposés au retour en Palestine et même à la création d’un état juif où qu’il se trouve. Aujourd’hui on peut toujours spéculer sur la question de savoir si ça n’aurait pas été mieux sans la création d’Israël, se poser tout un tas de question à ce sujet, mais Israël existe depuis plus d’un demi siècle à présent, et refuser son existence aujourd’hui reviendrait à dénier à tous les juifs israéliens leur droit à une nation, à un pays, à un territoire, alors même que nous le reconnaissons à tous les autres peuples de la planète.

Contrairement à ce qu'on tente parfois de nous faire croire, être antisioniste aujourd’hui, ce n’est pas être opposé à la politique de Sharon, mais c’est refuser l’existence d’Israël, et franchement, quel Européen pourrait, après la Shoah, contester à Israël son droit à l'existence ?

Un sujet complexe

C’est souvent en raison d’une connaissance superficielle sur un sujet précis qu’on peut se laisser abuser par les discours de ceux qui tendent à faire croire qu’ils connaissent eux, la complexité du sujet, alors qu’ils le manipulent dans le but de nous tromper.

La ligne est très fragile et il est important de bien la visualiser afin non seulement de ne pas se faire abuser par des discours de haine déguisés, mais aussi afin de pouvoir en toute liberté critiquer si on le souhaite un régime politique (en l’occurrence celui du gouvernement Sharon), sans craindre à tout moment d’être traité d’antisémite. Et c’est là où la difficulté intervient car bien évidemment, il existe des personnes qui cherchent à vous empêcher toute critique légitime d’une politique en vous taxant d’antisémitisme, ce qui est absurde car de très nombreux juifs, en Israël ou ailleurs, critiquent avec la plus grande fermeté cette politique, parfois avec bien plus de vigueur encore que chez nous, et ce ne sont bien évidemment pas des juifs antisémites.

Mais il est vrai, et c’est regrettable, que pour de nombreux Juifs, toute critique à l'égard de la politique du gouvernement israélien, même la plus timide remarque, constitue de l'antisémitisme. Dès qu'on critique un tant soit peu Sharon et son gouvernement, que ce soit pour leur stratégie absurde à l'égard des Palestiniens, pour leur complaisance à l'égard des colonies, pour l'argent déversé sur les routes de contournement, pour la politique économique incohérente ou la politique sociale désastreuse, certains segments de la communauté profèrent immédiatement l'accusation d'antisémitisme. Cette accusation, qui tient du «Sésame ouvre toi», est d'autant plus grotesque que c'est toute la gauche israélienne, toute la population modérée et libérale d'Israël qui critiquent amèrement le gouvernement Sharon, dans des termes souvent beaucoup plus violents qu'à l'étranger.

Alors critiquez Sharon et son administration si vous le souhaitez et autant que vous le voulez, mais ne vous dites pas antisionistes.

Pour finir je souhaiterais rappeler certains faits historiques concernant Israël, afin que les critiques soient plus empruntes d’objectivité, qu’elles cherchent à approcher la vérité plutôt que de stigmatiser systématiquement. Il est de bon ton, voire politiquement correct, et sans doute en France plus qu’ailleurs en Europe, de critiquer avec beaucoup de violence les agissements de l’Etat hébreu dans le conflit Israélo Palestinien. Il m’arrive de trouver la presse française bien légère dans son exploitation des faits et dans ses analyses et aussi de nous trouver bien rudes dans nos critiques alors même que notre histoire récente devrait nous inciter à plus de mesure. Je m’autorise donc quelques rappels historiques qui rendront peut-être les critiques plus objectives, et donc sans doute plus constructives.

<!--[endif]--><!--[endif]--><!--[endif]--> 
Démocratie et liberté : Israël est la seule démocratie qui existe au Proche-Orient. Des arabes siègent au parlement israélien et on trouve des mosquées sur tout le territoire israélien. La presse y est totalement libre et exprime toutes les tendances y compris les plus radicales. La liberté religieuse y est totale.
Echec des accords de paix de Camp David : C’est le refus de dernière minute de Yasser Arafat de signer les accords de Camp David en 1999 alors même qu’Ehud Barak avait consenti à la quasi-totalité des demandes palestiniennes et que des attentats suicide étaient fréquents en Israël qui radicalisa l’opinion israélienne et permit à Sharon d’arriver au pouvoir non sans avoir déclenché la 2e intifada après sa visite sur le mont du temple. La fin du processus de paix n’est il pas trop généralement imputé aux israéliens alors même que la disparition d’Arafat aujourd’hui semble jouer en faveur d’un apaisement et d’une possible relance du processus ?
Sabra et Chatilah : Ce sont des chrétiens maronites Libanais qui ont perpétrés le massacre de Sabra et Chatilah et non pas les soldats de Sharon et encore moins des Israéliens. Il est vrai que Sharon n’est pas intervenu pour faire cesser le massacre alors qu’il en avait la possibilité, il a d’ailleurs été obligé de démissionner de son poste de ministre en raison de cette passivité cynique et criminelle, mais cela mérite-t-il le surnom de « boucher de Sabra et Chatilah » qu’on lui accole dans toutes les manifestations alors même qu’il n’est pas l’auteur de ce massacre  ?
Le fort contre le faible
 : Israël est un pays de 21000 km² et de 5,5 millions d’habitants entouré de 4 pays hostiles ou en guerre avec lui (Egypte, Jordanie, Syrie et Liban) qui totalisent 1,3 millions de kilomètres carrés et 85 millions d’habitants, et cela sans compter l’Irak, l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Libye, non directement frontalier mais tout aussi hostiles et pour lesquels il faut rajouter 3 millions de km² et 104 millions d’habitants. Parmi ces pays hostiles il s’en trouve de plus au moins un qui est parmi les plus riche du monde en raison de ses ressources pétrolières. Parmi ces pays, il en est dont l’objectif avoué et officiel est l’éradication totale de l’Etat d’Israël. L’image d’Epinal de la puissance Israélienne face à des peuples faibles et opprimés n’en prend-elle pas un coup ? Et on peut se redemander légitimement qui est David et qui est Goliath ? Essayons d’imaginer que la France soit en guerre avec la totalité de ses voisins européens et vous serez dans une configuration proche de ce qui est vécu en Israël. Je ne dis pas que cela excuse toutes les dérives mais sommes-nous vraiment persuadés que dans une situation analogue, le comportement de l’armée française aurait autant de retenue que celui de Tsahal aujourd’hui ? Franchement, comment réagirions-nous si dans notre pays, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, nous étions à la merci de kamikazes qui n’hésitent pas à se faire sauter dans les bus, les écoles, les discothèques, les marchés, les restaurants, les fêtes de famille, les rues bondées de monde ? Comment réagirions-nous si chaque matin en nous levant, on s’attendait à ce que ce soit le dernier jour pour soi ou pour ceux qu’on aime ? Parce que ça fait quand même plus de 50 ans que ça dure, et tous les jours aux infos on apprend qu’il y a eu de nouveau attentats… Vous imaginez vraiment que nous agirions avec l’humanisme à toute épreuve que nos angéliques alter-mondialistes exigent d’Israël ? Nos derniers faits d’armes remontent à la guerre d’Algérie, je ne parle pas de nos gesticulations néo-coloniales en Côte d’Ivoire où notre spécialité est de mitrailler des foules désarmées et d’étouffer des prisonniers en douce comme l’enquête en cours est en train de le montrer, marrant d’ailleurs, on en parle bien dans notre presse que des rares bavures de Tsahal. Franchement je ne suis pas certains que le comportement de notre armée tienne longtemps la comparaison avec celui de Tsahal en matière d’humanisme et de retenue.
<!--[endif]-->

 

Alors soit, critiquons tant qu’il est nécessaire de critiquer, critiquons les implantations juives en Cisjordanie, critiquons la façon suicidaire qu’a eu Ariel Sharon ces dernières années de gérer le conflit israélo-palestinien, même si c’est le premier qui a réellement commencé à redonner des terres aux palestriniens, mais surtout, restons objectifs, et demandons nous à chaque fois que nous critiquons, si nous aurions mieux fait. Demandons nous aussi pourquoi, parmi toutes les guerres d’occupation qui se trament aujourd’hui sur la terre, une seule nous indigne tant et provoque en nous tant de révolte et de manifestations bien-pensantes que ce conflit israélo-palestinien ? Demandons nous pourquoi la simple visite officielle d’un dignitaire israélien provoque immanquablement de très fournies manifestations de rejet alors que nous recevons dans le même temps et en grande pompes avec défilé sur les champs élyséens s’il vous plait, les dignitaires du parti communiste chinois, génocidaire du peuple tibétain. Ces interrogations sont importantes à mes yeux. Cette polarisation sur les agissements d’Israël n’est pas anodine.

 

Pour terminer je veux dire encore une fois que critiquer un pays, fut-il l’état hébreux, n’a rien de répréhensible ni d’antisémite à condition que ce pays ne soit pas le seul objet de nos critiques. Je voudrais dire encore une fois que malgré ce que cherchent à nous faire croire quelques extrémistes juifs, il n’y a pas d’antisémitisme à critiquer la politique de Sharon ou de tout autre gouvernement à la tête d’Israël, toute critique argumentée et objective d’un état et de ses agissements quel qu’il soit est nécessaire mais :

 

Il y a antisémitisme lorsqu'on est prêt à lutter pour l'indépendance nationale de n'importe quel peuple d'Europe, d'Asie ou d'Afrique, mais qu'on nie à un seul peuple au monde, le peuple juif, d'avoir son mouvement de libération nationale, le sionisme, et son Etat, l'Etat d'Israël.

Il y a antisémitisme lorsqu'on nie ou qu'on cherche à occulter les liens historiques, culturels, nationaux du peuple juif avec cette terre de Palestine/Israël, et qu'on essaie de faire passer le retour des Juifs sur ce territoire comme du colonialisme pur et simple.

 Il y a antisémitisme lorsqu'on feint d'ignorer que l'objectif des mouvements islamistes palestiniens, Hamas et Jihad, est de tuer le maximum de Juifs en tant que Juifs, pas en tant qu'Israéliens, et qu'on s'abstient de dénoncer ces organisations comme ce qu'elles sont : des organisations fondamentalement et essentiellement antisémites.

Il y a antisémitisme quand on ne dit pas un mot du style et du contenu de la propagande palestinienne, des caricatures à la Stürmer, ou encore du feuilleton antijuif (Cavalier sans cheval) que l'Egypte a fait passer durant des semaines, ou encore des téléfilms montrant Sharon comme un vampire assoiffé du sang des enfants palestiniens

 Il y a antisémitisme lorsqu'on décrit les soldats de Tsahal comme des SS, lorsqu'on prétend (comme il n'y a pas si longtemps) que les soldats israéliens violent des Palestiniennes, quand on décrit la situation des Palestiniens prisonniers du Mur de séparation comme équivalent à un camp de concentration nazi.

Il y a antisémitisme quand les journalistes que l'on accuse de trop aimer Israël et de ne pas être assez critiques à son égard sont, comme par hasard, des Juifs, quand les intellectuels que l'on accuse de néoconservatisme et de partialité en faveur d'Israël sont eux aussi, comme par hasard, des Juifs. Sans parler, bien sûr, des dénonciations du fameux «lobby sioniste» qui n'est autre que celui des Juifs dégoûtés des attaques portées à l'existence même d'Israël.

Il y a antisémitisme quand le seul pays au monde que l'on dénonce en termes orduriers, et que l'on associe aux «crimes» de Bush en Afghanistan ou en Irak, est... Israël, et qu'Israël se retrouve accusé partout, dans toutes les manifestations de rue, quels qu'en soient leur sujet et leur but.

Il y a antisémitisme quand on se scandalise - avec raison - de la tragédie des réfugiés palestiniens alors que l'exode des Juifs originaires des pays arabes est présenté comme totalement dénué d'intérêt.

Il y a antisémitisme quand on cherche à impliquer Israël dans le combat contre la mondialisation et la globalisation, quand Israël est le seul pays au monde vilipendé par un leader de confédération paysanne, quand Israël est pris comme point de mire d'écologistes chantres des vertus de la Terre, lorsqu'on laisse sous-entendre qu'Israël a quelque chose à voir avec les multinationales et l'oppression des pays pauvres par les pays riches.

Ce soir je vous ai livré mes réflexions quelque peu embrouillées et certainement maladroites parfois sur un sujet difficile auquel je me suis intéressé presque par hasard lorsque j’ai découvert les chiffres dont je vous parlais au début de ce texte. Je ne suis pas un spécialiste, je ne connais ni d’Israélien ni de palestinien, il est certainement des juifs dans mes amis et connaissance mais j’ignore qu’ils le sont, je n’ai aucune raison de prendre parti d’un côté ou de l’autre, mais j’ai réellement senti cette diabolisation systématique d’Israël dans des discours qui avaient souvent un habillage humaniste, j’ai réellement senti également, surtout depuis que je m’intéresse au sujet, un flagrant déséquilibre dans l’information, dans les réactions politique et dans beaucoup de discussions que j’ai pu avoir sur le sujet, je ressens au fond de moi que ces faits ne sont pas innocents, il n’est pas anodin que le seul conflit au monde qui intéresse l’ensemble de l’opinion publique, et jusqu’à une liste politique aux élections européennes dont ce conflit était la seule raison d’être, conflit sur lequel tout le monde à un avis, il n’est pas anodin disais-je que ce soit le conflit qui voit l’état hébreu lutter pour son existence.

J’ai souhaité, en toute humilité, tenter de rééquilibrer la balance.

--
ledaoen ...

Publié dans Idées

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Grenouille de Bénitier 07/03/2006 21:39

objectif, je ne sais pas... Défendre Sharon me paraît à moi indéfendable. Il est quand même à l'origine de la construction d'un mur qui me semble une "solution" tout à fait archaïque et qui a déjà fait ses preuves de barbarie (voir le mur de Berlin). Je ne suis pas une spécialiste de l'histoire d'Israël, mais il est certain que c'était sûrement une erreur au départ. Fabriquer un pays artificiellement et de toutes pièces, l'imposer de force aux habitants qui y vivaient déjà, les expulser ou les transformer en sous-hommes, c'était déjà certain que cela allait mal se passer. On a pas demander leur avis aux palestiniens...On leur a imposé de force l'état d'Israél. Maintenant qu'Israël existe, on ne peut plus le détruire. Mais quand même, il y a des juifs intégristes aussi dangereux que les intégristes musulmans. Le problème dans cette histoire, ce ne sont pas les citoyens israéliens, ce sont les religieux intégristes de tout bord. Ce qu'on peut dire aussi c'est que les nantis ce sont les israéliens, et que les palestiniens sont les déshérités. C'est peut-être aussi pour ça qu'on a tendance à prendre leur parti.

ledaoen ... 08/03/2006 09:27

Bonjour et merci pour votre commentaire.
Sauf erreur de ma part je n’ai jamais défendu Sharon dans mon texte, je précise même qu’il doit être critiqué pour les aspects les plus négatifs de sa politique, qu’il est nécessaire de critiquer son action. Il est tout de même cocasse d’entendre aujourd’hui, apres le coma de Sharon, entendre tant de louanges à son propos … Comme on dit « l’histoire jugera ». Car malgré toutes ses erreurs, il est le premier depuis le désengagement du Golan, à avoir retiré ses troupes d’un territoire palestinien.
Par ailleurs je vous rappelle que Sharon est un laïque. En ce qui concerne l’histoire vous semblez ignorer que de très nombreux juifs vivaient en Palestine bien avant la création d’Israël, et qu’il s’agit tout de même de leur terre d’origine.
Quant à l’intégrisme nous sommes d’accord, ils sont destructeurs, quelle que soit leur origine, mais enfin, Israël est un pays où l’on trouve des dizaines de mosquées, et d’églises chrétiennes … Pouvez-vous m’indiquer où se trouvent les Synagogues en territoire palestinien ou dans les pays arabes voisins ? Le seul pays de la région qui offre une totale liberté de croyance est bien Israël, le reste n’est que littérature, et je ne parle même pas de la démocratie. « Les nantis » ça veut dire quoi ? Les palestiniens sont soi-disant soutenus par leurs « frères » arabes des pays voisins, dont plusieurs d’entre eux sont les plus riches du monde en raison de leurs ressources pétrolières. Les israéliens ont construit un pays à partir de rien, et ils ont réussi en effet à en faire une terre prospère là ou auparavant il n’y avait que déserts et marécages, faut il le leur reprocher ? Pour finir savez vous quel pays a massacré le plus de palestinien ? C’est … la Jordanie. Où sont donc vos reproches à l’encontre de ce pays qui a profité de la situation pour annexer une grande partie de la Palestine ?
Bref encore une fois, critiquons ce qui est critiquable, mais regardons les choses d’une manière plus globale, en analysant l’histoire et les faits, et en comparant avec d’autres situations bien plus terribles dont personne ne parle (le Tibet, Le Soudan, le Timor oriental, où il se passe des événements bien plus graves et dont personne ne vient parler dans les grandes manifs anti-Israël). La critique est saine, à condition d’être honnête et partagée.
Amicalement.
ledaoen …

kickoff 06/03/2006 19:03

évident mais il fallait le dire !
M'autorises tu à faire un lien vers ton article ?

Dan 06/12/2005 07:25

Simple, factuel, objectif... Merci