Drogues au volant : « Une étude relativise le danger du cannabis par rapport à l'alcool

Publié le par libération

Drogues au volant : « Une étude relativise le danger du cannabis par rapport  à l'alcool »


Libération :


Matthieu Ecoiffier indique dans Libération que « les conclusions de la première enquête épidémiologique sur le lien entre usage de drogues et accidents de la route provoquent depuis quelques semaines le plus grand embarras en haut lieu. La dangerosité du cannabis au volant, si elle est bien réelle, est bien moins importante que celle de l'alcool », remarque le journaliste.

Matthieu Ecoiffier précise que ces travaux, lancés en 2001, ont été « pilotés par l'équipe de Bernard Laumon de l'Inrets (Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité) et coordonnée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies ». Matthieu Ecoiffier note ainsi que « cette étude, baptisée SAM (sécurité routière et accident mortels), confirme d'abord le rôle écrasant de l'alcool dans les accidents de la route. En revanche, le risque d'être responsable d'un accident mortel sous l'emprise du seul cannabis est faible, mais pas nul. Ce risque n'est en tout cas pas plus élevé que celui engendré par un conducteur avec un taux d'alcoolémie entre 0,2 et 0,5 gramme par litre de
sang », précise le journaliste.
Matthieu Ecoiffier revient sur la « croisade antijoint » de certains députés, et constate qu'« au gouvernement, la gêne est palpable face à des résultats qui rendent incohérent l'arsenal répressif en vigueur ».

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L'usage cumulé de cannabis et d'alcool au volant m 05/12/2005 20:41

L'usage cumulé de cannabis et d'alcool au volant multiplie par 14 le risque d'accident mortel.

L'enquête "Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière" (SAM), parue vendredi 2 décembre dans le British Medical Journal mais dont les premiers résultats avaient été divulgués par la presse (Le Monde du 6 octobre), démontre que la conduite sous l'emprise du cannabis multiplie par deux le risque d'être responsable d'un accident mortel (1,8).

Réalisée à partir de l'analyse de 10 748 accidents mortels, cette enquête, dirigée par Bernard Laumon, chercheur à l'Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité, estime le nombre de conducteurs circulant sous l'emprise du cannabis à 2,9 %, une proportion identique à celle des personnes ayant absorbé de l'alcool (2,7 %).

Le nombre de responsables d'accidents mortels positifs au cannabis est estimé à 8,8 % et à 29,8 % dans le cas de l'alcool. L'étude affirme l'existence d'un risque réel à prendre le volant après avoir fumé du cannabis et confirme le rôle majeur de l'alcool dans la mortalité routière. 2,5 % des accidents mortels sont attribués à une conduite sous l'emprise du cannabis, contre 28,6 % pour l'alcool.

L'enquête rappelle le danger à cumuler alcool et cannabis — le risque accru de provoquer un accident mortel est alors estimé à 14 fois. Les conducteurs sous cannabis sont majoritairement des hommes jeunes.

Chez les moins de 25 ans, près de 10 % des conducteurs auraient fumé du cannabis, 10 % auraient absorbé de l'alcool et 2 à 3 % auraient cumulé les deux produits : au total, un conducteur sur cinq de moins de 25 ans serait sous l'emprise d'un produit, une proportion jugée inquiétante.

Ces résultats s'appuient sur une analyse systématique des accidents mortels survenus en France d'octobre 2001 à septembre 2003. Ils devraient mettre fin aux querelles d'experts et aux batailles de chiffres sur la dangerosité des conducteurs sous emprise du cannabis.

Lors de la présentation de l'étude, vendredi, le professeur Claude Got a rappelé que cette enquête avait été commandée en 1999 par le législateur afin de déterminer dans quelle mesure il convenait de pénaliser ou non la conduite sous l'emprise de cannabis.

Sans attendre ses résultats, une loi créant une infraction spécifique de conduite sous l'emprise de stupéfiants, passible de deux ans d'emprisonnement et 4 500 euros d'amende, a été adoptée le 3 février 2003 sur proposition du député Richard Dell'Agnola (UMP).

Ce texte se fondait notamment sur des études toxicologiques réalisées sur de petits échantillons de population et démontrant une forte prévalence de l'usage du cannabis au volant. "A partir de là, on a vu se mélanger querelles d'experts et arguments idéologiques, a expliqué le professeur Got. D'un côté, on avait le déni — le cannabis ne tuait personne sur les routes —, de l'autre on avait le discours selon lequel le cannabis était le plus dangereux des produits."

"PHÉNOMÈNE DE MASSE"

Le délégué interministériel à la sécurité routière, Rémy Heitz, a considéré que l'étude SAM venait conforter les orientations des pouvoirs publics. "Avec 3 % des conducteurs ayant pris du cannabis, rapportés aux millions de conducteurs, nous sommes face à un phénomène de masse, a expliqué M. Heitz, qui a rappelé que le cannabis, contrairement à l'alcool restait un produit illicite. Il nous faut donc avoir une attitude déterminée, avec l'exigence d'améliorer les conditions de dépistage."

La question du cannabis devrait à nouveau faire débat au sein du gouvernement. Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a transmis à Matignon, un préprojet de loi sur la prévention de la délinquance, dans lequel figure une proposition de réforme de la loi de 1970 sur l'usage de stupéfiants. Il reprend l'idée, déjà soutenu lors de son premier passage place Beauvau mais qui n'avait pas abouti, d'une suppression de la peine d'emprisonnement en cas d'usage de stupéfiants pour la remplacer par une contravention de 5e classe (amende de 1 500 euros et inscription au casier judiciaire).

"Je n'ai pas été saisi par le premier ministre d'une demande de remise en chantier de la loi de 1970", a réagi, vendredi 2 décembre, Didier Jayle, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (Mildt).

LE MONDE | 03.12.05 | 15h21

maillard jm 01/12/2005 23:51

un seul mot ..Bandant !!!

Cristina 28/11/2005 15:28

.... mais ce n'est pas si simple, d'autres études parlent de banalisation dangereuse du cannabis (au volant et au travail). Alors que penser?
Cristina


Cannabis au volant et au travail
Source : PHILIPPE ROY, Quotidien du médecin (25/11/2005/

Une banalisation dangereuse


La banalisation de la consommation de cannabis n'est pas sans conséquence sur le risque routier et les aléas professionnels. Selon deux enquêtes récentes, près d'un conducteur sur trois impliqué dans un accident corporel de la circulation et un travailleur sur dix sont dépistés « positifs ». Des mesures de prévention et de dépistage sont à l'étude.


LA CULTURE cannabis, qui s'inscrit dans le paysage national et européen, se traduit par un usage banalisé, mais non systématique, de la toxicomanie dans le monde du travail. Là où des cadres et d'autres catégories de travailleurs sont déstabilisés par des problèmes de restructuration d'entreprise, le stress qui s'ensuit « peut être compensé chez certains par des prises de produits psychoactifs », dit au « Quotidien » Michel Massacret, secrétaire de la 3Commission conduites addictives en milieu professionnel créée par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (« le Quotidien » du 22 novembre).


Développer la prévention et la prise en charge en entreprise.
Une étude de la Société pour les conduites addictives et les aptitudes médico-professionnelles, pilotée par le Dr Fontaine et rendue publique lors du colloque « Drogues et accidents » qu'ont organisé les urgences médico-légales du centre hospitalier de Compiègne (Oise), confirme la tendance chez les chauffeurs routiers. Sur 1 000 tests réalisés anonymement auprès de salariés âgés de 37 ans en moyenne, 8,5 % sont positifs au cannabis, 4 % aux opiacés et 5 % à l'alcool. En 2001, une enquête des Drs Pradeau et Delzenne chez les mêmes professionnels, à Douai, a mis en évidence 11 % de positifs au cannabis et 2 % aux opiacés. Et en 1997, le Dr Jean-Marc Aguenauer a dénombré 10 % d'employés occupant des postes de sécurité positifs au cannabis. « Il serait temps que l'on considère le risque cannabis comme le risque alcool. Il faudrait développer des démarches préventives et ne plus rester dans le répressif », commente pour le « Quotidien » le Dr Bernard Marc, chef du service des urgences médico-légales de Compiègne. Médecins du travail et patrons devraient pouvoir bénéficier d'actions de sensibilisation.


Des mesures à l'étude pour les postes à risque.
La question des addictions sur les lieux de travail ne laisse pas la Mildt indifférente. En témoigne la Commission conduites addictives en milieu professionnel, animée par le Pr Philippe-Jean Parquet, mise en place dans le cadre du plan 2004-2008 de lutte contre la drogue. Elle vise, entre autres, à « adapter les actions de prévention aux conditions d'emploi et de travail ». Depuis septembre, elle auditionne des responsables de service de médecine du travail (à la Poste, chez Peugeot-Citroën ou encore à la Sncf), des syndicalistes et des patrons. Sa mission est de faire des recommandations en matière de prévention et de prise en charge et d'harmoniser le Code de la santé, le Code du travail et les directives européennes sur le sujet. Elle pourrait nourrir, en outre, le Plan santé-travail du 17 février 2005, qui prévoit « une reconfiguration des pratiques de la médecine du travail ».
« Le débat, précise Michel Massacret, tourne autour des postes à risque. Si les compétences du travailleur sont altérées, cela peut engager sa propre sécurité, tout comme celles d'un tiers et de l'entreprise. » Il importe d'instaurer une certaine transparence et il revient au ministère de l'Emploi de définir quels sont les postes à risque. Un premier rapport d'étape est attendu pour la fin janvier. Puis, en mai, le Dr Didier Jayle, président de la Mildt, présentera les propositions clés de la Commission, à l'occasion du Congrès national des médecins du travail.
Pas question cependant d'imposer un dépistage à l'embauche, comme aux Etats-Unis. Le contrôle irrégulier ou inopiné, pour un premier emploi, la visite de reprise de travail ou l'examen médical annuel ou plus systématique pour des postes à risque, à l'instar de ce qui se passe à la Ratp ou dans les chemins de fer, ne devraient pas être remis en cause. « La logique à préserver est celle de l'aide et non de l'exclusion », souligne Michel Massacret, en insistant sur la nécessité de « défricher les obstacles réglementaires et les pratiques qui empêchent la prise en charge des conduites addictives au travail ». Il n'est pas exclu que la Mildt préconise un texte de loi qui permettrait d'« encadrer les tests de dépistage pour certaines professions à risque ».


Sensibiliser les jeunes au risque routier.
Pour les conducteurs d'engins à moteur, parmi lesquels les automobilistes, il reste, là encore, des progrès à faire, même si la conduite sous l'empire de stupéfiants est devenue un délit (loi du 3 février 2003). Sur 746 conducteurs, âgés de 14 ans et plus, impliqués dans un accident mortel, 14 % présentent une consommation récente de cannabis (THC) et 5 % un usage chronique, le THC-COH se fixant notamment au niveau des synapses ; ces taux s'élèvent à 21 % et 9 % respectivement lors d'accidents corporels (996 étudiés), rapporte la Société française de toxicologie analytique à travers une enquête prenant en compte 1 742 prélèvements sanguins (faisant suite à des dépistages urinaires) confiés à 12 laboratoires de référence*. Pour les accidents mortels, entre 18 et 25 ans, on retrouve le THC chez 29 % des conducteurs et le THC-COH chez 11 %. Chez les jeunes, la part du cannabis dans les accidents apparaît plus importante que celle de l'alcool, « sachant qu'ils se livrent chaque samedi-dimanche à une consommation mixte cannabis-boissons alcoolisées, dite de défonce, à caractère quasiment chronique », explique le Dr Bernard Marc. Un travail du Dr Patrick Mura publié en 2003, sur 1 150 analyses de sang chez des moins de 27 ans, montre que 15 % des conducteurs confrontés à un accident corporel sont positifs au cannabis, contre 7 % dans un groupe témoin.
A défaut de pouvoir enrayer le fléau, tout de suite et maintenant, le Dr Marc préconise de sensibiliser au risque routier les automobilistes contrôlés positifs, en particulier les jeunes, et d'intensifier les dépistages, en impliquant tous les services d'urgence et pas seulement les urgences médico-judiciaire par trop sollicitées.
Quoi qu'il en soit, c'est à l'alcool que revient la palme du plus meurtrier des produits psychoactifs au volant, puisqu'il tue onze fois plus que le cannabis (« le Quotidien » du 5 octobre).


> PHILIPPE ROY


* L'opération s'inscrit dans un dépistage routier classique comprenant la cocaïne, les morphiniques, les amphétamines et le cannabis.


Le Quotidien du Médecin du : 25/11/2005