Fin

Publié le par ledaoen

06/10/04

Il y a dans la passion amoureuse des pulsions mortifères plus puissantes encore, plus destructrices que dans la haine.
La tristesse, la douleur, le désespoir du paradis perdu sont les sentiments les plus douloureux qui soient.
Nous nous sommes détruits finalement, nous y sommes parvenus, nous avons creusé la plaie suintante de nos névroses au couteau de boucher jusqu'à ce que le corps se sépare en deux. Deux morceaux sans plus de vie, qui saignent à gros bouillon pour toujours ... Qui se vident de nous deux, et de notre vie, de notre passé, car oui, c'est du passé à présent, déjà.
Quand les échecs s'accumulent il faut arrêtter de croire.
Mais que faire de notre enfant ? Vivant lui, si vivant, et tellement rempli de notre vie et de notre passion passées, qui nous quittent toutes les deux.
Le voir vivre est encore plus cruel, le voir rire est un supplice, comme si déjà nous savions que nous allons massacrer ce rire, supplicier cette petite vie sur l'autel de notre désamour.
La passion est une saloperie.
C'est moi qui vous le dit.
J'en crève aujourd'hui, je suis déjà mort, et toi aussi. L'amour a fait place à la haine et à la destruction.


07/10/04


Elle a décidé de dormir dorénavant dans le salon, sur le futon, là où nous couchions nos amis lorsqu'ils s'attardaient trop ou qu'ils avaient trop bu. Les trois derniers jours elle avait dormi dehors, je ne sais où, dans sa voiture m'a-t-elle dit. Elle a besoin de temps pour s'organiser. Elle va partir, avec Heidi, dés qu'elle aura trouvé un appartement. Je pourrais la voir quand je le voudrais qu'elle a dit. Pourquoi cette précision ?
En attendant nous jouons encore, pour la petite, comme des cons, la comédie de papa et maman qui préparent ensemble le dîner après son retour du travail, nous mangeons autour de la même table tous les trois, sans un mot entre nous, les seules phrases qui sortent de notre bouche sont adressées à la petite, c'est trop nul. Heidi, qui lève ses yeux inquiets vers nous, du haut de ses deux ans, et qui réclame "un câlin tous les trois" comme nous aimions à le faire, avant, lorsque nous nous serrions les trois l'un contre l'autre dans une mêlée de caresses et de bisous. Elle le demande tout le temps à présent, elle sait, elle est triste, elle a peur. Alors l'un de nous la prend dans ses bras et va lui parler seul à seule, tenter de la rassurer, en vain.
Puis son bain, un jour elle, un jour moi, chacun son tour qui s'en occupe. Les jeux et les rires sont forcés, plus rien de naturel, comme une morbide tentative de faire survivre des émotions mortes, c'est abominable.
Et enfin le coucher, le défilé l'un après l'autre dans sa chambre pour l'adieu nocturne, alors que nous venions ensemble lui souhaiter sa belle nuit et la couvrir de câlins et d'histoires de fées toutes bleues qui viennent embrasser les petites filles la nuit lorsqu'elles dorment...
Puis le vide. Chacun se retrouve dans sa pièce, moi mon bureau, elle son salon, plus un mot, le vide, la mort, la tristesse, et le sommeil impossible à trouver, les larmes, les souvenirs, le bonheur passé.
Rien à faire.
Tout est perdu.
Même - surtout - le meilleur de nous-même.
Merde ...

08/10/04

J'ai réussi à la faire sourire hier soir, à l'effleurer aussi.

Une bonne herbe m'avait rendu plus détendu à son arrivée en fin d'après midi, j'ai fait un peu d'humour, léger, tenté un peu de charme, plus léger encore, mais désirant. La fièvre d’Heidi, sans gravité mais puissante, nous avait rapprochés dans l’inquiétude tout au long de la journée. La température était retombée ensuite et la petite s’est endormie paisiblement dans son lit. Alors j’ai tenté le dialogue avec douceur, et elle m’a répondu. Je lui ai dit que je ne voulais pas qu’elle parte mais que je l’aiderais à le faire si elle le souhaitais vraiment, je lui ai dit aussi qu’elle devrait revenir souvent me voir pour que je puisse l’embrasser, j’effleurai alors sa joue d’un baiser furtif, lui glissant au passage à l’oreille que je n’avais pas besoin d’elle pour vivre, juste de l’embrasser. Elle ne s’est pas écartée et elle a sourit, puis murmuré « tu rêves mon grand ». J’ai aimé cet instant.

Nous avons rejoint nos couches respectives avec un sourire intérieur, les draps étaient un peu moins froids, plus de sérénité pour s'endormir.


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ledaoen ...

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